Confluences Méditerranée                                   N°11                     Eté 1994

Comprendre l'Algérie

Bernard Ravenel

 

A différents niveaux de la société et des institutions françaises, nombreux sont ceux qui pressentent que l'Algérie est destinée à redevenir un grave problème politique intérieur.
Dans une certaine mesure, elle n'a jamais cessé de l'être. Cependant la profondeur du drame qui se noue en ce moment en Algérie aura des répercussions considérables à la fois en Afrique (du Maroc à l'Egypte, mais aussi en Afrique noire) et dans toute l'Europe du Sud.
Or la perception française de l'Algérie — comme le regard algérien de la France — présente une grande spécificité et contraint à des exigences particulières de rigueur dans l'analyse si l'on veut mieux mesurer les enjeux.
Nous avons choisi pour l'essentiel de donner la parole à des Algériens estimés à divers titres de la part de leurs concitoyens, par leur passé, leurs analyses, leur intégrité. Les différentes contributions ainsi présentées témoignent de la complexité exceptionnelle de la "transition" actuellement traversée par l'Algérie.

Même s'il n'est pas possible de synthétiser un débat qui par lui-même est ample, articulé, tendu, nous avons cherché à sélectionner une série de thèmes qui peuvent donner une idée des données de la confrontation en cours.
1. Ce dossier s'ouvre sur un poème en prose écrit par Edgard Pisani, suivi par une réflexion sur le poids du passé proposée par Gilles Manceron que complète une analyse de l'enseignement actuel de l'histoire en Algérie par Hassan Remaoun.
2. La crise multiforme du modèle de développement algérien qui avait été pendant des décennies, par les performances — réelles ou potentielles — qu'on lui attribuait une sorte de paradigme pour le Tiers-Monde, nécessitait une approche actualisée. Tel est l'objet des contributions de Smaïl Goumeziane et de Gustave Massiah.
3. Plus globalement, au-delà des risques d'un économisme naïf, c'est à l'étude de la crise globale de la nation algérienne qu'il faut procéder. Sami Naïr propose ses réponses.
4. La question de l'islamisme, trop souvent traitée de manière superficielle, univoque, "journalistique", oblige à une approche multilatérale combinant le civilisationnel, le politique et l'anthropolo-gique. Tel est le sens de l'ensemble des contributions de Mohamed Harbi et de Youcef Nacib, outre celle de Sami Naïr.
5. Ensuite, nous avons regroupé les thèmes qui aujourd'hui sont l'objet d'une mobilisation politique et/ou sociale et culturelle: la question de la démocratie, la question berbère et la question féminine. Parce que nous considérons que c'est à partir de ces trois leviers que se bâtira une Algérie nouvelle, tolérante et démocratique. Ce sont les contributions de Abderrahim Lamchichi, de Salem Chaker et de Saïda Rahal-Sidhoum.
6. Enfin après les témoignages de Français particulièrement impliqués dans l'histoire de l'Algérie — l'ambassadeur Jean Audibert et le journaliste Paul Balta — nous avons choisi de conclure par un article hautement significatif sur les conditions de sortie de l'impasse littéralement tragique dans laquelle se trouve l'Algérie.µ
Ces textes que nous présentons avec l'inévitable partialité d'approche que tout choix comporte, nous paraissent illustrer de manière assez complète les grands termes du débat actuel, et ce d'autant plus que ces textes comportent le plus souvent une dimension critique.

Bernard Ravenel