La France a-t-elle une politique marocaine ?
Hubert Durand
Si la France a de moins en moins une politique étrangère algérienne, si elle se fait de plus en plus discrète en attendant la fin dun conflit entre deux camps qui lui sont également hostiles, elle a au moins des "relations privilégiées" avec le Maroc. Une tradition de nos hommes politiques est, depuis longtemps, de faire, après leur nomination, leur premier voyage à létranger au Maroc. Cest ainsi que Michel Jobert fit sa première visite à létranger en 1973 au Maroc tout comme Jean-Bernard Raimond en avril 1986 juste après sa nomination. Il est vrai que le premier est né au Maroc et que le second avait été ambassadeur dans ce pays entre 1973 et 1977. Certes en 1986, Jacques Chirac visita dabord la Tunisie et lAlgérie avant daller au Maroc mais il était allé dans ce pays en voyage privé en août entre ses deux autres voyages officiels au Maghreb. Pourquoi de telles relations?
La France demeure le principal partenaire économique du
Maroc. Cette situation est la conséquence évidente de relations nouées dès le début
du siècle. Il ny a toutefois presque plus de Français qui vivent aujourdhui
dans ce pays de façon permanente. Les agriculteurs ont quitté le pays après la
marocanisation de 1973 et la plupart des petites entreprises jadis contrôlées par des
Français ont maintenant des dirigeants marocains. Quelques patrons français ont parfois
tenté, récemment, de se faire une place sur le marché marocain. Ces expériences sont
souvent malheureuses comme celle de Jean-Louis Servan-Schreiber qui acheta La Vie
économique à Marcel Herzog, mais qui se montra d'une maladresse insigne. Un autre
investisseur, Richard Rouan, vient de connaître lui aussi, récemment, les pires
difficultés. Mais les relations économiques ne sont pas seulement le fait de patrons
isolés.
Il y a aussi des relations globales caractérisées, ces dernières années, par un
déficit commercial croissant dans les échanges du Maroc avec la France. Ceci résulta,
au début, de la baisse des achats de phosphates marocains. La France est toutefois un des
piliers de la construction européenne. Or divers secteurs de léconomie marocaine
(pêche, textile et agriculture) peuvent souffrir si le Maroc naméliore pas la
qualité de ses produits ou ses formes de management et de marketing. En attendant, il lui
faut une protection pour ses exportateurs et les autorités marocaines savent
quelles peuvent compter sur le soutien des pouvoirs publics français.
Une autre raison peut justifier une politique particulière de la France envers le Maroc.
Près de 600 000 ressortissants marocains, la troisième communauté étrangère,
vivent en France dont il faut assurer la sécurité ou la dignité quand ce nest pas
la possibilité de recevoir leurs parents munis de visas. Ces visas, imposés en octobre
1986, existent toujours et il faut affronter, au fil du temps, de plus en plus de
tracasseries administratives pour les obtenir. Cest que, dit-on, il faut limiter
lémigration clandestine mais aussi contrôler les ventes darmes en direction
de lAlgérie dont une partie du flux passe par la France et la région d'Oujda. Il y
a nécessité également de surveiller les terroristes arabes qui peuvent agir en France
ou au Maroc. Se pose aussi le problème des lieux de culte pour ces Marocains de France.
Diverses autres questions existent dont les problèmes sanitaires, en particulier la
diffusion du virus West Nile devenu récemment mortel pour les animaux et les
hommes au Maroc et en Roumanie après une première manifestation en Algérie en 1994. Les
raisons objectives d'une politique particulière ne manquent donc pas.
On pourrait donc sattendre à ce que la France ait une politique étrangère claire
concernant ce pays. Que signifierait cela ? Une politique extérieure marocaine, cela
voudrait dire d'abord quun petit groupe de spécialistes, à partir de chiffres de
la Banque mondiale recoupés sans cesse par les diverses enquêtes faites au Maroc,
déterminerait les objectifs politiques, économiques et sociaux souhaitables pour ce pays
à lhorizon dune trentaine dannées, par exemple aider à dissocier les
variations du P.I.B. marocain du cycle des pluies, consolider les classes moyennes et
créer une véritable société civile, développer également des institutions
démocratiques, etc. Ces propositions seraient ensuite discutées, de manière
contradictoire, au Parlement et votées. Des moyens seraient ensuite affectés pour une
action sur le long terme avec des contrôles réguliers des résultats obtenus. Seuls
seraient aidés, parmi les projets proposés par les autorités marocaines, souveraines
dans leur pays, les projets qui paraîtraient réellement utiles et rentables. Les actions
des pays partenaires ou concurrents seraient observées en permanence afin dobtenir,
si possible, une cohérence de laction collective, sinon une limitation des
décisions dont les conséquences pourraient paraître, par les pollutions possibles ou
une maîtrise insuffisante du nucléaire résultant de l'absence d'une culture de la
sécurité, dangereuses ou négatives.
la place de cela, que constate-t-on ? Le Quai dOrsay a bien une cellule,
remarquable, danalystes, mais elle ne produit pas son information. Elle consulte, de
manière contradictoire, et produit des synthèses dont se servent les décideurs. Ceci
signifie quelle nest pas capable de faire, sur ses ordinateurs, des
simulations des effets dinvestissements sur 10 ou 15 ans ou de cartographier les
phénomènes sociaux ou économiques en cours. Cela nest pas très grave tant que
lUniversité française disposera de spécialistes de bon niveau mais cette
population dexperts vieillit très vite, sa moyenne dâge est de plus de
cinquante ans aujourdhui, et elle nest plus remplacée.
Ensuite on observe, dune part, que le Parlement nest jamais consulté sur les
choix possibles de la politique marocaine de la France, et dautre part, ce qui est
plus grave, que le ministère des Affaires étrangères joue un rôle secondaire dans
lélaboration de cette politique. Il doit, tant bien que mal, la mettre en
uvre selon les directives, parfois inattendues, venues de lElysée. Et cela
avec des moyens chichement mesurés, et décidés annuellement, qui interdisent tout
engagement dans le long terme. Les commissions administratives franco-marocaines et les
réunions intergouvernementales franco-marocaines, créées en 1981, et qui auraient dû
se réunir tous les ans selon la déclaration de Roland Dumas davril 1985, sont
devenues des fantômes quand elles nont pas disparu.
Le Maroc est très sensible à son image
Donc cest le Président de la République qui
décide des grandes lignes. Depuis trente ans, la politique marocaine de la France
résulte des négociations quont en tête à tête les deux chefs dEtat. Et
selon une logique qui est marocaine et non française. On peut sexpliquer sur ce
point. Si possible, bien avant lélection, les futurs responsables français sont
invités au Maroc et font lobjet dune campagne de charme selon les pratiques
habituelles du clientélisme méditerranéen. Aussitôt élus, ils deviennent et cela
quelle que soit leur couleur politique, qui na rigoureusement aucune importance, le
" copain " personnel du chef de lEtat marocain. Au gouvernement
marocain, au cabinet royal, aux diplomates, aux administrations marocaines ou à leurs
clients de prendre en charge le personnel français subalterne. Or la politique inverse
n'existe pas de la part des autorités françaises. Celles-ci n'investissent pas vingt ou
trente ans à l'avance sur les futurs décideurs marocains. Bien sûr, ces investissements
initiaux ne sont pas toujours payés de retour. Le roi Hassan II a ainsi offert un voyage
privé à Danielle Mitterrand qui a ensuite pris position en faveur du Polisario et qui
fut donc traitée par le Roi Hassan II " dépouse morganatique du
Président Mitterrand ".
Sont bien sûr reçus tous les hommes politique en exercice, comme René Monory en
novembre 1996, mais il est préférable de les inviter avant quils exercent une
charge, comme ce fut le cas de Le Pen reçu dès décembre 1990, mais aussi après
quils laient exercée ou alors quils ont dautres charges comme
Pierre Mauroy, reçu par le Roi en avril 1997 en tant que Président de
lInternationale socialiste, groupe qui permet de maintenir des liens, par exemple,
avec le principal parti israélien d'opposition. Toujours en avril 1997, des membres
français du Conseil économique et social sont invités, pour la cinquième fois, par le
Conseil National de la Jeunesse et de lAvenir à Rabat pour un colloque sur " lentreprise
dans la perspective de la zone de libre-échange: : limage croisée dans le
partenariat Maroc-France ". De telles invitations, qui sont le prix à payer
du clientélisme, ne cessent jamais.
Dautre part, le Maroc est très sensible à son image. Il lance donc régulièrement
des opérations de relations publiques en France, en direction des professions,
journalistes ou patrons, par le biais de Mehdi Qotbi, le président du Cercle
damitié franco-marocaine créé en 1992, et en direction de la population globale
par de grandes opérations comme la prochaine Année du Maroc qui remplacera Le
Temps du Maroc supprimée pour cause de publication intempestive de Notre ami le
Roi de Gilles Perrault. La Fondation Maroc a très clairement pour objectif de créer
un réseau de " marocophiles " à létranger. Voilà pour
l'image que consolident les rencontres sportives, tout particulièrement dans le domaine
du golf.
Mais il faut aussi que le Maroc se défende contre ses accusateurs. Ainsi les Marocains
ont proposé à Christine Clerc décrire un livre contre Jean-Christophe Mitterrand
en utilisant Alain Carrière des éditions Stock. Le Roi du Maroc a porté plainte contre
le directeur du journal Le Monde, journal qui avait rapporté des accusations de
lObservatoire Géopolitique des Drogues selon lequel des proches du Roi couvriraient
la production et la vente de la drogue. Jadis, on sétonnait quun Etat
républicain comme la France puisse aider une monarchie despotique pratiquant la torture
et la disparition dhommes. Et peu importe que le Président français soit de droite
ou de gauche comme le soulignait Mohamed Souhaili dans son livre Le Roi et la Rose,
Hassan II et Mitterrand, des rapports équivoques, publié aux éditions
LHarmattan. Le soutien économique au Maroc n'a jamais été remis en question comme
si le respect des droits de l'homme n'avait soudain plus aucune valeur. Aujourdhui,
le Maroc doit se défendre dêtre devenu un narco-Etat qui tirerait, selon ses
accusateurs, le quart de ses revenus de la vente de drogue. La diplomatie française,
même si elle favorise les opérations de publicité des autorités marocaines, nest
pas toujours à laise en face de ces faits.
En mars 1997, une opération plus réduite, le Printemps du Maroc a été lancée
à Bordeaux parce que M. Juppé, le maire de cette ville, était aussi le Premier ministre
de la France. Investissement aujourd'hui sans doute inutile dont la seule retombée sera
peut-être le transfert du système Gertrude de contrôle de la circulation urbaine
de Bordeaux dans le centre ville de Casablanca, ville jumelée avec Bordeaux depuis 1988.
Mais le Maroc disposait des informaticiens capables de créer un tel système. Il
sagit donc dun prétexte. Car le but immédiat fut de faire passer un message
politique sur la démocratisation en cours au Maroc et la symbiose de toutes les
sensibilités politiques marocaines autour du Roi, mission dévolue à Abdelmoughit
Slimani. Le long terme, en réalité, nintéresse personne, car qui vérifiera, dans
dix ans, les fruits de la coopération des Bordelais dans les projets de la technopôle de
Nouasser, du métro de Casablanca, de lassainissement ou de la distribution de
leau ? Limpertinent qui ferait une telle vérification risquerait
davoir des surprises. On peut donc dire que globalement, ce double système de
création et de maintien du clientélisme est efficace.
Il ny a pas un diplomate, pas un homme politique français qui ne se soit pas
félicité de " lexcellence des relations bilatérales ", de la
" clarté " ou de la " loyauté " des rapports
franco-marocains. Les discours creux qui exaltent " lamitié très
profonde " des deux pays ou leurs volontés de stabilité et de paix ne se
comptent plus. Ils sont dailleurs parfaitement interchangeables. Mais il faut savoir
les décrypter. Certains sont sincères, dautres ne le sont pas.
Lefficacité du clientélisme
Cette pratique de clientélisme est en tous cas
efficace. Tout dabord, grâce à cette action continue, le Maroc dispose dun
lobby actif en France. Des médecins, des enseignants, des hommes politiques, regroupés
pour certains dans le Groupe damitié franco-marocain présidé par le sénateur
Paulette Brisepierre, peuvent relayer les demandes marocaines. Et, par exemple, il suffit
quun journaliste du Monde, Jean-Pierre Tuquoi, attaque le Maroc le 5 mars
1997, en déclarant que le dernier tiers de la Chambre des représentants a été
indirectement désigné par le gouvernement marocain, pour quil reçoive des
protestations non de Marocains de France ou du Maroc mais dun Français, le
professeur Michel Rousset de Grenoble, ce qui est plus efficace. Mais qui mesure
objectivement la différence entre l'idéal juridique et les faits ?
En conséquence de tout ce qui vient d'être dit, en dehors des pays du
" champ ", le Maroc est le pays le plus aidé. Certes depuis 1993, le
Maroc na plus daide à la balance des paiements pour réduire son déficit
extérieur. Mais il dispose dune importante aide aux projets. Le Maroc a aussi
bénéficié dun rééchelonnement de sa dette puis dune remise dun
milliard de francs de dettes, remise imitée ensuite par lEspagne. Cette somme
devrait servir en partie à financer le développement des régions nord. Le seul
problème est quun projet analogue d'aide aux régions rifaines, le projet Derro,
avait existé il y a trente ans. Des sommes très importantes furent injectées dans la
région. Il ny eut aucun développement économique. En revanche, les surfaces où
étaient cultivées la drogue ont plus que doublé. Il serait donc sans doute utile
dimposer des contrôles pour éviter un quadruplement de ces surfaces dans les
années à venir. Et on peut être dautant plus inquiet que les investissements
financés par conversion de la dette extérieure se montent déjà à 120 millions de
dirhams en janvier 1997, soit 23 % du total des investissements. Le solde de cette
somme servira pour aider les investissements des entreprises françaises.
On note, par ailleurs, que la CFD (Caisse Française de Développement) a donné sa
garantie à un prêt de 1,5 milliard de francs sur le marché international pour le compte
du Maroc. Cette caisse, qui a une agence au Maroc depuis 1992, en collaboration avec la
Proparco, aide 70 pays et le Maroc en est, globalement, le premier bénéficiaire depuis
1992. Il a reçu 850 millions en 1996 (2,6 milliards depuis 1992). Ces aides sont
concentrées sur quelques secteurs-clés, tout dabord le développement rural avec
ladduction deau potable dans les communes rurales (programme de 96 millions
octroyé en juillet 1995 et programme Pager de 1996), la distribution délectricité
dans ces mêmes communes (programme PERG de 220 millions), le refinancement de la Caisse
nationale de Crédit agricole (CNCA) par trois crédits de 335 millions dont 255 pour le
refinancement de prêts, le financement des irrigations (782 millions accordés au PNI,
Programme National dIrrigation) et les opérations dassainissement.
La CFD a accordé 350 millions pour le verger agrumicole de 10 000 ha del-Guerdane
(une question naïve: qui est propriétaire de cette terre?). Ladduction deau
dans quatre centres urbains est également financée par la CFD D'autres financements
seraient possibles si lélectricité était, après les régies de distribution, en
partie privatisée.
La Proparco est la filiale de la CFD chargée du secteur privé. Elle finance des projets
très variés caractérisés par des critères de rentabilité interne, de création de
valeur ajoutée, demplois, suscitant des partenariats avec la France ou des
transferts de techniques. La Proparco a investi 632,9 millions, surtout dans
lagro-alimentaire, en particulier la production maraîchère sous serre, le textile,
le secteur minier et lindustrie mécanique de haute précision. Ces prêts sont
accordés pour 20 ans avec un différé de 7 ans et un taux dintérêt de 3%. Il
sagit daugmenter les revenus des classes moyennes en milieu rural pour rendre
solvables des populations déshéritées, de légitimer lÉtat également.
Dautres accords de coopération économiques existent, en particulier pour les
experts comptables ou pour informatiser la nouvelle Bourse de Casablanca grâce au
logiciel NSC de la Société des Bourses Françaises. Le but est, dune part,
dinciter les entreprises privées à chercher leur financement sur le marché
boursier et non plus dans le cadre familial et dautre part, de rassurer les
investisseurs marocains ou étrangers. Laugmentation de la capitalisation boursière
(30 milliards en 1995, 45,8 en 1996) est lobjectif recherché.
La politique française ne se limite pas à cette action économique. Elle a aussi une
politique culturelle, par ses lycées, ses enseignants, les étudiants marocains en
France, lAlliance franco-marocaine ou les Instituts culturels français établis au
Maroc, dont le plus récent créé à Agadir. Un plan Innovation 47 collèges a
été lancé. Un programme Courants est proposé aux professionnels de la culture
et se déroule à Dijon. La France recueille aussi les opposants marocains réprimés, de
la famille Oufkir en exil à lhumoriste Bziz qui ne peut plus se produire au Maroc
mais qui continue à donner des spectacles en France.
Tout cela est impressionnant. Or que dit aujourdhui le Président de la
République ? Il vient de faire paradoxalement un constat déchec de la
politique de la France lorsquil a dit, tout récemment, quaprès avoir abattu
un mur à lEst, il faudrait construire un pont vers le Sud. Ce qui signifie
quun gouffre commence à séparer Français et Maghrébins. Driss Basri, le ministre
marocain de lIntérieur, a déclaré, le 12 avril 1997, que si la France maintenait
les obstacles actuels pour délivrer des visas, les relations économiques et culturelles
franco-marocaines allaient en pâtir. Elles en pâtissent déjà car de moins en moins
détudiants marocains viennent faire leurs études en France pour cette raison
justement. Limage des fonctionnaires français des consulats chargés de mener une
guerre dusure se dégrade très rapidement, ces personnes étant qualifiées de
nouveaux colons chargés dhumilier les Marocains, accusation reprise même par des
hommes daffaires, des universitaires ou par les futurs cadres du Maroc.
Dautre part, les relations diplomatiques sétabliront à lavenir de
moins en moins entre la France et le Maroc mais entre lEurope et ses Etats associés
dont le Maroc, ce qui changera beaucoup de choses. Le Maroc réalise les deux tiers de ses
échanges avec lUnion européenne et il sera son partenaire dans le cadre dun
accord de libre-échange en 2002. Il est possible quil ny ait plus, par la
suite, dambassades ou de centres culturels de chaque pays européen au Maroc mais
des institutions communes pour lensemble de ces pays. La mondialisation et la
construction européenne pourraient mettre fin à un siècle de relations privilégiées. " Je
ne dirais pas que cest la France qui sest éloignée de nous, mais en
sintégrant à lEurope, elle abdiquait, volontairement, un certain nombre de
ses prérogatives " dira Hassan II en 1995.
Des facteurs objectifs vont donc perturber, dans un avenir proche, les relations
franco-marocaines mais il ne faut pas oublier que les facteurs subjectifs jouent aussi
leur rôle. Hassan II, personnage central au sommet dun système clientéliste, à
la fois fascine et irrite. Son image est contradictoire. Cela vient, bien évidemment,
chez ceux qui le jugent de la méconnaissance des arcanes de la politique marocaine. Car
on ne juge, dans un sens ou un autre, que ce quon ne comprend pas. Cest cela
qui fait que les relations franco-marocaines sont presque toujours superficielles. Une
politique étrangère aux moyens économiques très importants ne produit que très peu
d'échanges profonds et vrais. En conséquence, ce qui prédomine dans la perception du
Maroc, c'est, hélas, une lecture sécuritaire qui trahit des angoisses et un manque de
confiance. Un audit moral des relations diplomatiques, dans les deux sens, risquerait
d'être dévastateur.
Hubert Durand est le pseudonyme dun spécialiste européen des relations franco-marocaines.