Confluences Méditerranée                                   N°48                   Hiver 2003-2004

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Introduction :

La Méditerranée des discriminations ethniques

 Régine Dhoquois-Cohen et Olfa Lamloum

 Nombreuses ont été en France depuis 1997, année européenne contre le racisme, les recherches et les livraisons de revues spécialisées ou non, consacrées à la question des discriminations. En abordant aujourd’hui ce thème Confluences n’ambitionne pas l’innovation. Son objectif est davantage d’offrir à ses lecteurs les contributions des meilleurs spécialistes en la matière.

Evoquer les discriminations imposait d’abord la délimitation de leur champ. Nous avons ainsi préféré nous soustraire à l’actualité (foulard islamique) et décidé de ne pas traiter des discriminations liées au genre (gender), à l’état de santé (handicap) ou à l’appartenance syndicale ou politique. Le dossier se focalise donc sur les discriminations raciales et ethniques. Il se compose de quatre parties. La première s’intéresse à la notion de discrimination et à sa «preuve statistique». Par discrimination, comme l’explicite la juriste Danielle Lochack, on désigne tout comportement actif d’un acteur (institutionnel ou individuel) qui discrimine. Il s’agit ainsi d’une distinction ou d’une différence de traitement sanctionnée juridiquement. Or, comme ne manque pas de le signaler D. Lochak, l’appréhension juridique des discriminations diffère selon les outils juridiques mobilisés. À la difficulté de cerner les discriminations s’ajoute la difficulté de construire les catégories décrivant leurs victimes. Le démographe Patrick Simon traite dans sa contribution des difficultés de l’appareil d’observation statistique en France pour saisir le phénomène, ce qui rend problématique l’objectivation des discriminations et l’évaluation de leur ampleur.
La deuxième partie du dossier traite de certains lieux des discriminations en France. Mouna Viprey aborde les discriminations sur le marché du travail qui se manifestent par la fragilité et la vulnérabilité de la main-d’œuvre étrangère et/ou issue de l’immigration. La contribution de Jean-Michel Belorgey analyse certaines caractéristiques des politiques sociales en France qui suggèrent la discrimination et évoque des faits qui témoignent de son accroissement. Valérie Amiraux explicite les difficultés à saisir le phénomène des discriminations religieuses et évoque les inégalités de traitement entre religions sur le plan du culte et de la pratique religieuse. Enfin l’article d’Adda Bekkouche montre comment les discriminations ne font pas défaut dans le champ politique. Pourtant malgré cet état des lieux alarmant, il demeure difficile pour l’autorité judiciaire de sanctionner les discriminations en France en raison à la fois de leur nature et de la difficulté de la preuve, comme l’explique la Secrétaire générale du Syndicat de la magistrature dans un entretien.
On ne pouvait parler des discriminations en France sans évoquer les résistances aux discriminations, émanant de collectifs et groupes de travail qui font face à cette forme d’injustice. La troisième partie du dossier leur est consacrée.
Revue sur la Méditerranée, Confluences se devait d’élargir l’angle vers l’espace européen et la rive sud de la Méditerranée. La quatrième partie du dossier y est consacrée. La construction européenne a certes consolidé les droits des «citoyens européens» mais a eu pour corollaire d’approfondir les discriminations à l’égard des 14 millions de ressortissants de pays tiers. Aussi comme le montre la contribution d’Antoine Math et d’Adeline Toullier à propos de protection sociale des étrangers, au sein de l’Union européenne le chemin vers l’égalité des droits semble escarpé.
Le sociologue Salvatore Palidda analyse l’aggravation des discriminations en Italie sous le coup des politiques libérales, ainsi qu’aux Etats-Unis avec les néo-conservateurs. L'article d'Ana Maria Lopez porte sur la politique migratoire et la discrimination en Espagne ; il insiste sur l'impréparation de l'Espagne à l'immigration. Ramdane Babadji, analyse les instruments juridiques internationaux contre la discrimination ainsi que les rapports établis par le Comité de Genève sur les discriminations dans les Etats de la Ligue arabe. Il consacre une note spéciale au cas des discriminations contre les Noirs en Lybie, exemplaire quand on connaît le sort des Noirs dans un certain nombre de pays arabes. La contribution de J.-P Dacheux s’attaque à une des formes les plus violentes de discriminations dans l’espace européen celle qui prend pour cible les Roms. Son analyse montre comment les «gens du voyage» sont victimes d’une discrimination davantage politique qu’économique.
Mais au-delà de la discrimination il y a la violence et l’arbitraire. Sangatte a été leur scène européenne, prolongeant sur notre sol les discriminations que subissaient ses réfugiés kurdes, irakiens et autres dans leurs propres pays. Aussi derrière des discriminations se profile l’exclusion. La contribution finale signée par Régine Dhoquois-Cohen en esquisse les termes.
Bien entendu, ce dossier est loin d’être complet : logement ou éducation n’y figurent pas, d’autres collectifs et associations fort légitimes n’ont pas été présentés… Mais nous pensons qu’il y a déjà là de quoi fonder un diagnostic sur l’état d’une question que les sociétés méditerranéennes ont décidément bien du mal à aborder de front.

Régine Dhoquois-Cohen et Olfa Lamloum

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