Confluences Méditerranée                                       N°10                 Printemps 1994

 


Cités plurielles de Méditerranée

La Tunisie au miroir de sa communauté juive

  Dossiers préparés par Anissa Barrak

 


Cités plurielles de Méditerranée
Dossier préparé par Anissa Barrak

 

L'indispensable recours à l'esprit de tolérance
(N°10, Printemps 1994, 8 pages)

Anissa Barrak

Villes portuaires ouvertes par nature aux voyageurs de toute provenance. Escales d'un jour, devenues asiles pour la vie. Villes accueillantes pour ceux qui, persécutés ailleurs pour leurs différences, ont pu y trouver refuge. Villes prospères aux activités innombrables, cibles des ambitions et des fortunes les plus diverses. Telles furent les cités phares de Méditerranée, devenues plurielles au fil du temps pour avoir accueilli tant de diversité. Villes exemplaires pour avoir offert à leurs habitants, dans la multiplicité de leurs appartenances et de leurs cultures, les conditions d'une coexistence intelligente, ces cités, nées de la grande variété des cultures qui se sont développées autour de la Méditerranée, ont elles-mêmes, de par la nature de l'organisation sociale qu'elles ont générée, été la source d'une pluralité sans cesse renouvelée. Multiples, elles ont attirés les différences. Ouvertes, elles ont absorbé les arrivants. Elles se sont épanouies, aménageant leur structure urbaine en fonction de cette foule de communautés, de langues, de religions et de toutes les expressions qu'elles ont su faire naître. Elles furent le lieux de prédilection des rêveurs, des poètes, des grands voyageurs, de toutes les âmes curieuses que les horizons familiers ne pouvaient plus contenter. Cités modèles pour les universalistes en quête d'une culture sans frontière, elles représentent pour les humanistes un idéal de coexistence qui semble aujourd'hui de l'ordre du mythe, tant les manifestations des replis identitaires et des conflits entre les communautés sont violentes et ne semblent laisser aucune chance de survie à ce modèle qui, en l'absence d'une volonté politique, voit se transformer les raisons mêmes qui ont rendu possible cette coexistence harmonieuse en autant de facteurs de destruction.

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Marseille : des solidarités anciennes au brassage culturel
(N°10, Printemps 1994, 12 pages)

Emile Temime
(universitaire)

Marseille a accueilli de manière successive, à partir du XVIIe siècle, trois vagues migratoires principales: les Italiens, les Arméniens et les Africains du Nord. Malgré les spécificités socio-culturelles de chacune et l'attachement puissant de certaines de ces communautés, notamment les Arméniens, à leurs traditions, la ville a toujours su absorber les nouveaux arrivants sans heurts, en faisant montre d'une grande tolérance notamment en ce qui concerne les cultes. Mais la mosaïque marseillaise n'a jamais donné lieu à un véritable métissage. Les minorités intégrées sont restées fortement structurées autour de leurs références respectives et les difficultés que traverse aujourd'hui la conjoncture économique fait naître des exclusions qui risquent d'aggraver les antagonismes.

 

 

Sarajevo : une cité blessée à la croisée des cultures
(N°10, Printemps 1994, 4 pages)

Nicola Kovac
(ambassadeur de Bosnie-Herzégovine à Paris)

Sarajevo n'est pas une ville comme les autres. Depuis des siècles, cette ville unique a en effet conservé et enrichi, dans l'âme de ses pierres comme dans le coeur de ses habitants, une mémoire collective aussi puissante que multiforme. Cette personnalité si particulière, elle la doit à une longue histoire de plus de 2000 ans au cours de laquelle de multiples cultures ont laissé leurs limons successifs comme pour mieux féconder son sol.
Ce qui est vrai pour Sarajevo, l'est pour l'ensemble de la Bosnie Herzégovine où les vestiges de ces civilisations qui se sont imbriquées successivement, témoignent du croisement de deux types de culture: la méditerranéenne et la danubienne continentale. Ainsi, tour à tour, cette région a gardé les empreintes des invasions des Celtes (IVe siècle avant notre ère), des Romains (IIIe siècle avant notre ère) puis plus tard, au VIIe siècle, des Slaves qui s'installèrent dans la péninsule balkanique en se mêlant à la population qu'ils y avaient trouvée. Le passage d'une société tribale à un Etat organisé s'est fait très lentement chez tous les Slaves du sud: en Bosnie, c'est seulement à la fin du XIe siècle que toutes les conditions furent réunies pour la constitution d'un pouvoir étatique. A partir du XVe siècle, ce sont les invasions ottomanes et l'expansion de l'Islam qui apportèrent leurs marques orientales. Celles-ci se sont enrichies - à la même époque - de l'apport des réfugiés juifs andalous qui sont venus trouver asile dans les Balkans à la suite de leur expulsion par l'Espagne catholique.

 

 

Beyrouth-Sarajevo : chronique de morts annoncés
(N°10, Printemps 1994, 9 pages)

Georges Corm
(économiste et écrivain, auteur de L'Europe et l'Orient. De la Balkanisation à la libanisation;
histoire d'une modernité inaccomplie
, La Découverte, Paris, 1989.)

Centre de civilisation universelle, productrice de systèmes religieux et juridiques, centre d'un réseau dense de relations commerciales et maritimes: telle a été la Méditerranée au gré des millénaires, avec des fortunes diverses, grâce à son réseau de villes cosmopolites, ouvertes, plurielles. Mais le sort que connaissent les dernières cités cosmopolites qui se sont épanouies dans leur pluralité jusqu'à cette fin de siècle semble sonner le glas à une forme d'organisation urbaine qui avait su aménager dans la diversité une coexistence, sinon conviviale, du moins vivable. Cette forme d'urbanité se meurt à Beyrouth comme à Sarajevo.

 

 

Alexandrie : éloge du cosmopolitisme
(N°10, Printemps 1994, 10 pages)

Paul Balta
(journaliste et écrivain)

Alexandrie d'Egypte. Cette ville a ceci de singulier que toutes ses grandes périodes -  et elles furent diverses et nombreuses -  ont été cosmopolites. Les nationalistes chauvins et les staliniens ont donné à ce mot une connotation péjorative. Pour ma part, je m'en tiendrai à la définition du Larousse: "Traversé, habité par des citoyens du monde entier; ouvert à toutes les civilisations, à toutes les coutumes". Pour caractériser l'Alexandrie antique, je paraphraserais volontiers Victor Hugo lorsqu'il écrit : "Par son cosmopolitisme, Paris est l'éblouissant et mystérieux moteur du progrès universel". Quant à la société qui a repeuplé l'Alexandrie ressuscitée par Méhémet Ali, au début du XIXe siècle, elle a été un modèle de coexistence, de tolérance et d'humanisme; elle a été dispersée par les nationalismes modernes des rives nord et sud de la Méditerranée et par l'expédition de Suez de 1956.

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"Convivance" à Grenade
(N°10, Printemps 1994, 7 pages)

Bernard Vincent
(chercheur, EHESS,
auteur de 1492, L'année admirable, Paris, Aubier, 1991)

A Grenade, jusqu'à la fin du XVe siècle, les minorités juive et chrétienne ont vécu à l'ombre d'un Islam majoritaire et dominant mais néanmoins protecteur. Cette "convivance" qui a permis aux trois communautés de vivre ensemble et a attiré à Grenade de nombreux réfugiés, cessa brutalement en 1492 avec le décret d'expulsion des juifs prononcé par les Rois catholiques, qui sera suivi, dix ans plus tard, par le décret d'expulsion des musulmans.

 

 

Alger : une société métissée au XVIIe siècle
(N°10, Printemps 1994, 10 pages)

Farid Khiari
(universitaire)

Au XVIIe siècle, Alger était avec Tunis et Tripoli, une des bases de la course barbaresque qui s'était développée en Méditerranée occidentale à partir du XVIe siècle. Trois siècles durant, les corsaires oeuvrant pour le compte des souverains turcs (qui, bien que se déclarant suzerains du pouvoir central ottoman, disposaient d'une relative autonomie) livreront une véritable guerre aux navires croisant au large de leurs côtes, battant pavillon espagnol, français, italien, hollandais. Cette pratique guerrière a procuré à ces cités une prospérité économique sans précédent et a attiré vers elles des hommes et des femmes des rivages européens de la Méditerranée. Elle a également donné lieu à l'esclavage de captifs chrétiens. Ces cités barbaresques, majoritairement musulmanes, vont connaître alors une mutation du fait de ces nouvelles populations intégrées qui vont en marquer sensiblement le tissu social et la vie quotidienne. Farid Khiari évoque ces sociétés métissées à travers l'une de ces cités barbaresques, Alger, à l'âge d'or de la Course, le XVIIe siècle.

 

 

Cités à la dérive ?
(N°10, Printemps 1994, 5 pages)

Thierry Fabre
(chercheur)

C’est en Méditerranée qu’a pris forme le modèle de la cité-Etat. C’est là que l’art de vivre ensemble a été façonné par la vie des hommes, faisant de la cité une véritable matrice de civilisation. Si la Méditerranée a un peu de génie, il lui vient sans doute de là, de sa multiplicité constitutive.

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La Tunisie au miroir de sa communauté juive
Dossier préparé par Anissa Barrak

 

Introduction
(N°10, Printemps 1994, 1 pages)

Sous la direction de Abdelbaki Hermassi
(sociologue et Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO)

Le 24 mai 1993, un colloque organisé à l'initiative de la Délégation de Tunisie auprès de l'Unesco, a réuni des intellectuels et des artistes tunisiens, juifs et musulmans. Il s'agit de la première rencontre institutionnalisée entre les deux communautés, depuis l'indépendance. Les actes de ce colloque sont ici reproduits.

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Famille juive de Tunis

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Juive de Djara

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Intérieur d'une synagogue

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Une relation particulière
(N°10, Printemps 1994, 5 pages)

Abdelbaki Hermassi
(sociologue et Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO)

Entre la Tunisie et les juifs tunisiens, il y a une relation très particulière qui fait qu'on ne finit pas de s'interroger. Comment se fait-il que, dans ce siècle où les tragédies humaines ont bouleversé les rapports entre communautés, la Tunisie a su garder un cœur relativement indemne des ravages de l'intolérance, un esprit naturellement réfractaire aux instincts de cruauté ?

 

 

Juif, Tunisien et Français
(N°10, Printemps 1994, 6 pages)

Albert Memmi
(écrivain, auteur de nombreux romans et essais, dont le dernier paru est
A contre courants, Edition du Nouvel Objet, 1993)

J'ai déjà raconté comment, arrivant à Paris, il y a bien longtemps, j'ai rendu visite à un vieil écrivain, français-israélite, comme on disait alors. Lui ayant fait part de ma perplexité devant ma triple appartenance: Juif, Tunisien et Français, après m'avoir écouté, il me répondit :
Eh bien, gardez tout, soyez tout cela à la fois. "
Mon interlocuteur, je dois le préciser, était surtout un homme de devoir, plus que de revendications (il avait perdu un fils, engagé volontaire dans les forces françaises, ce qu'il supporta avec dignité).
Je pense n'avoir jamais failli à ce triple programme.
Ce ne fut pas toujours facile à vivre, ni même à expliquer.

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Ben Dhyâf et les juifs tunisiens
(N°10, Printemps 1994, 8 pages)

Mohamed-Hédi Chérif
(universitaire)

Comment et dans quelles circonstances le régime beylical au pouvoir en Tunisie a-t-il décidé, vers le milieu du XIXe siècle, de doter le pays d'une Charte des Droits puis quatre années plus tard, d'une Constitution? Ces textes ont bouleversé le statut réservé jusque-là aux minorités non-musulmanes. Un vent moderniste avait certes soufflé sur Tunis comme alors sur Istanbul, mais un homme joua dans les milieux du pouvoir tunisien de l'époque un rôle clé: Ahmad Ibn Abi Dhiyâf, dit Ben Dhyâf.

 

 

Espaces publics, espaces communautaires aux XIXe et XXe siècles
(N°10, Printemps 1994, 13 pages)

Lucette Valensi
(chercheur,  co-directeur de la revue Annales, Economie, Sociétés, Civilisations, auteur de nombreux ouvrages
dont le dernier paru est Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois rois, Editions du Seuil, 1992)

Quelle place le juif occupait-il dans l'espace social tunisien? Quelles étaient les relations qu'il entretenait avec les autres composantes de la société: ses compatriotes de la majorité musulmane et les autres membres des minorités confessionnelles ou nationales présentes en Tunisie durant les XIXe et XXe siècles, jusqu'à l'Indépendance? Lucette Valensi traite ce sujet en différenciant les trois périodes qui ont marqué le statut du juif en Tunisie: avant 1857 date de la promulgation du Pacte Fondamental, la période coloniale et enfin la période nationaliste.

 

 

Parcours d'une communauté
(N°10, Printemps 199, 7 pages)

Annie Goldmann
(chercheur,  auteur de nombreux ouvrages dont Les filles de Mardochée, Editions Denoël, Paris 1979
et Le judaïsme au féminin, en collaboration avec Janine Gdalia, Editions Balland, Paris 1989
)

L'évolution du statut social et juridique des Juifs en Tunisie s'est accompagnée d'une mutation culturelle qui s'est progressivement opérée au contact de la culture occidentale dès la fin du XIXe siècle, avec l'instauration du protectorat français et la présence de plus en plus importante de communautés européennes dans les principales agglomérations urbaines. L'accès de certaines catégories de la communauté juive à la modernité s'est faite à travers une occidentalisation qui s'est opérée à mesure qu'elles se défaisaient de leur culture multi-séculaire.

 

 

Diaspora juive de la Tunisie nouvelle
(N°10, Printemps 1994, 10 pages)

Lucienne Saada
(chercheur au CNRS, expert traducteur Juré auprès du Tribunal de Première instance de Paris et de la Cour d'Appel,
elle a recueilli et annoté La Geste Hilalienne, version de Bou Thadi, publiée aux Editions Gallimard, 1985
)

Pour un chercheur en sociolinguistique, la Tunisie est visible, en partie, à travers ses intellectuels (ceux qu'il rencontre à l'étranger et ceux qu'il croise sur le terrain) et tout ce qu'ils impriment à leur société par des voies diverses dont les canaux secrets de la communication: mutisme, réaction de défense mais quelques fois aussi double langage. Dès lors, comment chercher pour voir, par transparence, l'élite tunisienne tout en gardant la tête froide? Et où découvrir les replis voilés où loge la qualité des relations entre musulmans et non-musulmans ? Ce sera l'objet de cet article, espérons-le nuancé, nécessairement épineux, mais qui, on le verra, ouvre aussi sur des éléments très positifs, du genre à bouter toutes les malveillances.

 

 

La déchirure
(N°10, Printemps 1994, 5 pages)

Béatrice Slama
(universitaire)

Les Tunisiens des générations de l'après-indépendance évoluant au sein d'une société aujourd'hui culturellement et confessionnellement uniforme, ignorent qu'il y a à peine quelque trente années, être tunisien n'était pas forcément synonyme d'arabe et musulman. Béatrice Slama rappelle, à travers son propre parcours, ce que fut la Tunisie plurielle, décrit l'appartenance des communautés minoritaires à la Tunisie profonde et montre en quoi il est fondamental, pour la jeunesse tunisienne, de redécouvrir la diversité de son pays, cette autre dimension d'elle-même.

 

 

La communauté juive de Djerba, Secrets d'une pérennité
(N°10, Printemps 1994, 3 pages)

Gabriel Qabla
(président de l'Amicale des Juifs de Djerba et président de la Fédération des Associations de Juifs Tunisiens en France)

En créant en 1986 à Paris l'Amicale des Juifs de Djerba, Dr. Gabriel Qabla voulait mettre à la disposition des membres de sa communauté qui venaient alors d'immigrer massivement en France, une structure qui leur permette de garder un lien entre eux. Mais il a tenu à ce que cette structure soit aussi un moyen de maintenir le dialogue avec leur pays d'origine. Il expose ici les secrets de la pérennité de cette communauté qui est l'une des plus anciennes communautés juives au monde.

 

 

La communauté juive dans le cinéma tunisien
(N°10, Printemps 1994, 5 pages)

Férid Boughedir
(cinéaste, auteur notamment de Halfaouine, l'enfant des terrasses, long métrage de fiction, 1988)

Dans son film autobiographique Les jasmins de la Véranda, Serge Moati a fixé, à l'occasion de son retour dans son pays natal, les réminiscences de sa mémoire d'enfant, lorsqu'il vivait encore à Tunis. Dans L'Homme de cendres de Nouri Bouzid, une longue séquence chargée d'émotion traduit la relation privilégiée qu'entretenait un jeune Tunisien avec son vieil ami et maître artisan de confession juive. Le commentaire que le cinéaste Férid Boughedir a développé à la suite de la projection de ces deux films a été l'occasion d'exprimer ce qu'a représenté, pour de nombreux Tunisiens musulmans, la perte de cette dimension d'eux-mêmes qu'était la communauté juive de Tunisie.

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Une relation exemplaire
(N°10, Printemps 1994, 4 pages)

Pierre Lellouche
(député et Conseiller auprès du Maire de Paris)

La Tunisie, les juifs de Tunisie, la République française: beaucoup portent en eux, tout comme moi, ces trois protagonistes d'une histoire humaine extraordinaire. Une histoire aussi douloureuse et poignante - et elle le fut pour beaucoup -, qu'elle est exemplaire pour nous tous, Juifs et Arabes, Français et Tunisiens et, au-delà, pour bien d'autres peuples dans le monde en convulsion dans lequel nous vivons.

 

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Les juifs de Tunisie, quelques repères historiques
(N°10, Printemps 1994, 6 pages)

Extraits d'ouvrages de Paul Sebag

Au cours du colloque La Tunisie au miroir de sa communauté juive, un hommage a été rendu à Paul Sebag qui a consacré son oeuvre à l'étude de l'histoire et de la société tunisiennes. Ses deux principaux ouvrages sont Tunis au XVIIe siècle et Histoire des juifs de Tunisie, des origines à nos jours - dont nous publions ci-après des extraits qui permettent de retrouver les principaux repères historiques nécessaires à la compréhension des relations qu'entretient aujourd'hui la Tunisie avec sa communauté juive.

 

 

Confluences culturelles

 

Rencontre avec Irina Ionesco : baroque et cosmopolite
(N°10, Printemps 1994, 1 page)

Anissa Barrak

Irina Ionesco est une artiste aux dons et aux expressions multiples. Danseuse, puis peintre, aujourd'hui photographe ; elle a toujours été poète. La poésie est dans son essence même ; c'est elle qui lui insuffle cette liberté extrême, mêlée de fantaisie, qui fuse de son être autant que de ses photographies et qui a notamment donné lieu à ses Immortelles, femmes surgies du noir, sans contours ni repères. Les Immortelles vous regardent à partir de leur propre monde, celui de l'imaginaire porté en Irina Ionesco. Ici, l'Orient est présent, dans chaque signe et en toute expression, ainsi qu'une universalité que procurent sans doute la féminité des personnages et le baroque des compositions. La détermination qui perce à travers le regard des Immortelles - ce sont elles qui vous fixent - contraste avec le monde ethéré et irréel dans lequel elles évoluent, à l'instar de la personnalité d'Irina Ionesco qui s'était forgée, encore enfant, une représentation du monde à travers un regard d'une sensibilité hors normes, et à travers une cité presqu'irréelle - Constanza - dont la diversité ethnique et confessionnelle faisait vivre, côte à côte, un Orient prospère et généreux et un Occident aventurier et curieux.

Portrait d'Irina Ionesco

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Mon désir d'Orient
(N°10, Printemps 1994, 2 pages)

Irina Ionesco

à ma fille Eva, inspiratrice et modèle

J'ai passé mon enfance en Roumanie, dans une ville semi-ottomane, du nom de Constanza, ville portuaire située au bord de la mer Noire. Je dois à cette ville assurément toute mon inspiration. C'est cette ville baroque, sauvage et folle qui m'a appris à regarder; cette ville où minarets et églises orthodoxes se côtoient, cette tour de Babel où ethnies et cultes multiples se mélangent. Il y avait les Roumains, dont on était pas sûr qu'ils fussent réellement roumains car une grande partie parlait le turc, et puis les Macédoniens, les Gitans, les Tziganes et tous les Juifs errants.

Photo extraite de Les immortelles

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L'introduction du café en France au XVIIe siècle
(N°10, Printemps 1994, 10 pages)

Hélène Desmet-Grégoire
(chercheur au CNRS, auteur de Le Divan magique: l'Orient turc en France au XVIIIe siècle
à paraître aux Editions L'Harmattan, 1994)

C'est un produit inconnu, originaire des pays arabes, qui fit son apparition en France au XVIIe siècle. Sans doute convient-il de le considérer comme appartenant à l'ensemble identifié, dès cette époque, des boissons chaudes exotiques, non alcoolisées (chocolat, café, thé) qui transforma le paysage alimentaire des sociétés européennes. Néanmoins le café joua en France un rôle particulier: suivre les phases de son introduction et de sa diffusion permet de saisir quels furent les agents de cette innovation alimentaire, le processus d'adoption et d'adaptation de la boisson et les significations propres à cet aliment dont la consommation s'inscrivit dans un système de communication où le souvenir du milieu originel resta vivace.

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