Confluences Méditerranée                                                       N°25          Printemps 1998

 


La parole aux Algériens
Violence et politique en Algérie

Dossier préparé par Jean Paul Chagnollaud

 

Pour l'Algérie
(N°25,  printemps 98, 3 pages)

Jean-Paul Chagnollaud

  L'Algérie vit aujourd'hui un drame que Fellag -cet extraordinaire humouriste algérien- résume en quelques mots cinglants : "Quand les autres peuples touchent le fond, ils remontent ; nous les Algériens quand on en arrive là, on creuse."

A l'indignation que l'on ressent ici devant cette violence sauvage, erratique et sournoise, se mêlent des sentiments d'impuissance et de colère parce que rien de substantiel n'est tenté pour venir en aide au peuple algérien qui, de son côté, paraît absolument réfractaire à tout ce qui pourrait s'interpréter comme une quelconque frome d'ingérence extérieure. Comme si le moindre mot, le moindre geste, le moindre frémissement venu de France, d'Europe ou d'ailleurs n'était que la manifestation d'une inacceptable volonté d'immixtion dans les affaires intérieures du pays. Et pourtant il est nécessaire de dire notre profonde solidarité à l'égard du peuple algérien -dans toutes ses composantes- et de contribuer à ce que tout soit mis en oeuvre pour mettre un terme à cette crise.

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Les faits, à travers la presse algérienne
(N°25,  printemps 98, 10 pages)

Anissa Barrak
(journaliste)

            La chronologie des événements que nous proposons au lecteur à titre de rappel des faits, a été élaborée à partir d’une lecture de la presse algérienne d’expression arabe et française. Les articles de journalistes algériens exerçant dans la presse internationale ont également été retenus dans le corpus consulté. Des extraits de reportages effectués par les journalistes algériens sur les lieux, des commentaires et des analyses accompagnent cette chronologie. Afin de donner une idée aussi complète que possible des violences commises durant l'année 1997 et qui ont connu un pic inégalé en été, nous avons choisi de nous concentrer sur les faits bruts liés à trois massacres spécialement frappants de par l’ampleur du nombre des victimes et le degré d’horreur atteint dans les méthodes utilisées par les assassins: El-Raïs, Béni Messous et Bentalha.

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JOURNALISTE EN ALGERIE

Presse algérienne: une indépendance fragile
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Nadjia Bouzeghrane
(journaliste)

            Malgré les contraintes, les pressions et les carcans de nature administrative, législative, économique et commerciale auxquelles elle est soumise, la presse algérienne indépendante de statut privé s'avère aujourd'hui incontournable de par sa présence dans les kiosques et son audience.

 

 

Témoigner, quoi qu'il en coûte
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Nadjia Bouzeghrane
(journaliste)

Ils sont journalistes à El Watan, au Matin, à El Khabar, au Soir d'Algérie, des journaux indépendants de statut privé. Ils couvrent ce qui est communément appelé "l'information sécuritaire". Ce n'est ni un sondage ni une enquête exhaustive que nous prétendons présenter mais seulement des témoignages de journalistes confrontés quotidiennement au problème de la violence en Algérie. Ils disent comment ils travaillent, les contraintes qui sont les leurs dans la collecte de l'information, comment ils parviennent ou pas à contourner les embûches de toutes natures auxquelles ils se heurtent, les risques qu'ils prennent pour leur vie. Ils disent leurs certitudes mais aussi leurs interrogations.
Ces entretiens ont été réalisés quelques jours avant le ramadhan (janvier 1998) et les massacres des villages de la région de Relizane (ouest de l'Algérie).
Malgré les contraintes, les pressions et les carcans de nature administrative, législative, économique et commerciale auxquelles elle est soumise, la presse algérienne indépendante de statut privé s'avère aujourd'hui incontournable de par sa présence dans les kiosques et son audience.

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La liberté de la presse, voie vers la démocratie
(N°25,  printemps 98, 4 pages)

Entretien avec Maître Khaled Bourayou
conduit par Nadjia Bouzeghrane

            Depuis que la presse algérienne, et particulièrement la presse indépendante, s'intéresse à la gestion de la chose publique et aux affaires de l'Etat, elle est devenue menaçante pour le pouvoir exécutif. Maître Khaled Bourayou est l'avocat-conseil de plusieurs journaux et journalistes de la presse indépendante. Il est, de ce fait, au coeur de leurs démêlés avec la justice, car c'est le droit pénal qui est appliqué aux journalistes, traités comme de vulgaires délinquants.

 

 

Journaliste: profession à risques
(N°25,  printemps 98, 5 pages)

Entretien avec Brahim Brahimi
conduit par Nadjia Bouzeghrane

              Brahim Brahimi est professeur à l'Université d'Alger. Il enseigne depuis 26 ans le Droit de l'information, les théories de la communication et les droits de l'homme à l'Institut de la Communication. Docteur d'Etat en Sciences politiques de l'Université de Paris II, il a écrit plusieurs articles dans des ouvrages collectifs, dont ceux parus dans un numéro spécial des Temps modernes (Algérie; espoirs et réalité, 1982); L'Algérie et la modernité (Codestria, Dakar 1989) et dans deux ouvrages collectifs sur les médias au Maghreb aux éditions Cérès de Tunis en 1984 et 1989. Il publie cette année un ouvrage sur Le pouvoir, la presse et les droits de l'homme en Algérie.

 

 

Si loin, si proche…
(N°25,  printemps 98, 7 pages)

Entretien avec Arezki Metref
conduit par Bernard Ravenel

            Face à cette sorte de "conspiration qui réunit, dans la même aversion, le pouvoir et l'intégrisme", difficile est la position de celui qui est à la fois observateur et acteur, en l'occurrence, journaliste algérien en France.

 

 

Avoir 20 ans en Algérie
(N°25,  printemps 98, 5 pages)

Nacer Lamine
(journaliste)

 Entre deux temps, entre deux guerres, entre deux jeunesses, qu'est devenue l'Algérie?
Un pays difficile à reconnaître, par ses propres citoyens, où des centaines de milliers d'armes sont distribuées à des jeunes qui n'auront connu que la violence et la guerre.

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 LES POINTS DE VUS DES ACTEURS POLITIQUES

 

Alger : retour sur images
(N°25,  printemps 98, 7 pages)

Paul Balta
(journaliste et écrivain)

            L'auteur, fin connaisseur de l'Algérie où il fut correspondant du journal Le Monde pendant plusieurs années, donne ici ses impressions sur la situation actuelle telle qu'on peut la saisir sur place au travers d'une série de rencontres approfondies avec de multiples interlocuteurs dont les principaux responsables politiques du pays.

 

 

Notre peuple contre le terrorisme
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Entretien avec Ahmed Ouyahia
conduit par Paul Balta

            Le terrorisme est encore capable de faire très mal mais il est laminé. Je sais que cela suscite la dérision mais je crois toujours à la thèse du terrorisme résiduel. Le terrorisme, en tant que facteur de déstabilisation, est terminé. Il ne menace plus l'Etat. Le nombre de groupes d'autodéfense augmente, les citoyens réclament des armes. C'est une mutation fondamentale". C'est ce que nous a déclaré M. Ahmed Ouyahia, Premier ministre, au cours d'un entretien à bâtons rompus de près de deux heures.

 

 

 L'intégrisme, une contre-culture en Algérie
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Entretiens avec Bachir Boumaaza, Ahmed Attaf et Abdelkader Tafar par Paul Balta

            Les entretiens que j'ai eus avec Bachir Boumaaza, président du Conseil de la Nation, Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Tafar, ministre-conseiller à la présidence de la République, ont recoupé sur la plupart des thèmes les déclarations du Premier ministre. Néanmoins, les réponses de mes interlocuteurs comportaient des nuances sur certains points (la question du Sahara occidental, par exemple) ou étaient plus précises sur d'autres selon la personnalité, la fonction et l'itinéraire de chacun. Le ministre de l'Intérieur avait demandé à ne pas être cité et le ministre de la Communication et de la Culture avait organisé un déjeuner avec des confrères qui a donné lieu à un libre échange d'idées suivi de la visite d'une exposition de peintres contemporains.

 

 

Aucune force ne pourra, à elle seule, remédier à la situation
(N°25,  printemps 98, 4 pages)

Entretien avec Abderrazak Makri
conduit par Jean-Christophe Ploquin

            Président du groupe parlementaire du Mouvement de la société de la paix (l’ex-Hamas), Abderrazak Makri reproche à l’ex-Front islamique du salut (Fis) d’avoir mis la revendication islamiste "à portée du premier venu", en 1990-91. Virulent contre les Gia, il taxe en outre le pouvoir algérien d’incompétence et explique que son mouvement participe au jeu électoral car il a le sens des responsabilités. Il espère que la population aura appris à porter un regard beaucoup plus "responsable" sur les discours qu’on lui propose.

 

 

La lumière et les ténèbres
(N°25,  printemps 98, 10 pages)

Entretien avec Hachemi Chérif
conduit par Nadjia Bouzeghrane

            Pour le leader du parti Et-Tahaddi (ex-PAGS, communiste), qui a soutenu l'interruption du processus électoral de janvier 1992, il faut rompre de manière radicale avec l'intégrisme comme il faut en finir avec les tares du système de pouvoir qui a trop longtemps prévalu en Algérie. Aujourd’hui, il prône la mise en place d’un large front de combat contre le terrorisme intégriste et la constitution"d'un véritable gouvernement de large alliance républicaine et démocratique pour engager les véritables réformes capables de sortir le pays de la crise".

 

 

Face au terrorisme, l'alternative patriotique et républicaine
(N°25,  printemps 98, 5 pages)

Entretien avec Réda Malek
conduit par Rabeh Sebaa

            Pour Réda Malek, ancien Premier ministre, président-fondateur de l'Alliance nationale pour la République (Anr), "même sous couvert de guerre sainte, il est difficile pour un peuple, dont la libération est récente, de remettre en cause son propre Etat quelles qu'en soient les faiblesses et les déviations. Le terrorisme intégriste s'est heurté à cette aporie. L'une des racines de sa virulence réside dans son obstination à forcer les réalités. N'ayant pas réussi à arracher l'adhésion populaire, il s'est efforcé de la compenser par un redoublement de violence toujours plus acharné ainsi que le montrent les derniers massacres collectifs."

 

 

La politique d'éradication a échoué
(N°25,  printemps 98, 10 pages)

Entretien avec Hocine Aït Ahmed
conduit par Jean-Paul Chagnollaud et Bernard Ravenel

            En établissant l'état d'urgence, en supprimant les libertés d'information et d'expression, en instrumentalisant la violence, en accordant un excès de privilèges à une nomenklatura inculte, en détruisant l'agriculture — ce qui a entraîné le déracinement, la misère et la création de bidonvilles, terreau de l'extrémisme —, le régime a fait de l'Algérie un ghetto, ouvrant la voie à l'engrenage des règlements de compte, au cycle des vengeances et à la floraison de groupes incontrôlés.

 

 

A qui profite l'escalade dans l'horreur?
(N°25,  printemps 98, 7 pages)

Entretien avec Abdelkrim Ghemati
conduit par Jean-Paul Chagnollaud et Bernard Ravenel

            Qui a intérêt à cette escalade dans l'horreur? Par qui sont soutenus ceux qui n'ont qu'une obsession: tuer et mener la guerre jusqu'à l'infini? Pour Abdelkrim Ghemati, vice-président de l'instance exécutive du Fis à l'étranger, des complicités existent pour ternir l'image islamiste, faire durer le climat de violence et protéger les privilèges et les intérêts de quelques-uns.

 

 

REFLEXIONS SUR LA VIOLENCE

 

Fragments de douleur
(N°25,  printemps 98, 4 pages)

Chérifa Bouatta
(universitaire)

            S'il était possible à l'individu de s'accorder une pause où il s'arrêterait de penser, de s'agiter, de se déplacer, de travailler, pour se transformer en observateur extérieur de sa propre réalité, il constaterait que les petits enfants vont toujours à l'école, que les gens vont toujours au marché, que les hôpitaux fonctionnent, que toutes les Algériennes ne portent pas le hijab, que certaines jeunes filles sont habillées à la mode, que l'on peut encore se marier en grande pompe et bien d'autres choses encore. Ceci pour dire la "normalité" de la réalité. Mais, tout de suite, cette normalité interpelle l'observateur postulé, car; il existe des faits polémiques qui s'opposent à la normalité.

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D'une guerre à l'autre, le redéploiement de la violence entre soi
(N°25,  printemps 98, 15 pages)

Omar Carlier
(universitaire)

            Guerre d'indépendance, hier, guerre civile, aujourd'hui, ou plus exactement guerre contre les civils, on est évidemment tenté de faire le rapport entre deux modalités et deux moments de la violence entre soi, deux séquences d'exacerbation de la contrainte par les corps et sur les corps. Les médias se livrent sans réserve à ce type d'exercice. Les social scientists aussi, sans bien mesurer les différenciels de société et d'époque, ni maîtriser l'écart entre l'analogie et l'homologie, la répétition et la reformulation, le mimétisme et la démarcation.

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Un enjeu essentiel : la démocratie
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Entretien avec Noureddine Saadi
conduit par Nadjia Bouzeghrane

            Universitaire et écrivain, Noureddine Saadi a longtemps milité en Algérie au sein d'organisations syndicales et d'associations, notamment le Comité algérien contre la torture dont il fut le cofondateur. Auteur de plusieurs essais dont Femmes et loi en Algérie (Le Fennec, 1991), Normes, sexualité, reproduction (en collaboration avec Marouf, L'Harmattan, 1997) et d'un roman, Dieu le fit (Albin Michel), qui a obtenu le prix Kateb Yacine en 1996, Noureddine Saadi est actuellement maître de conférences à l'Université d'Artois où il enseigne le droit constitutionnel et la science politique, après avoir été professeur à l'Université d'Alger.

 

 

Pourquoi Mohammed Boudiaf a-t-il été assassiné?
(N°25,  printemps 98, 7 pages)

Mahfoud Bennoune
(universitaire)

            Abattu à Annaba le 29 juin 1992, alors qu'il prononçait un discours, Mohammed Boudiaf n'acheva pas de délivrer son message. Les commanditaires du crime ont ainsi empêché ce vétéran d'accomplir sa dernière mission, dont l'objectif était l'élimination des "maffias", la neutralisation des intégristes, la démocratisation du "système" et la sauvegarde de l'Algérie. Bien que la commission d'enquête officielle ait conclu que "le président Boudiaf fut victime d'un complot politique", le tribunal optera pour "l'acte isolé". A qui aura profité l'assassinat?

 

 

Une exigence: la transparence
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Entretien avec Mohammed Harbi
conduit par Régine Dhoquois-Cohen et Bernard Ravenel

        Mohammed Harbi, un des historiens de l'Agérie contemporaine les plus écoutés, donne ici son analyse de la violence dont les principaux ingrédients sont, selon lui, l'autoritarisme, le blocage politique et la répression.

 

 

Repossession identitaire
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Entretien avec Benjamin Stora
conduit par Bernard Ravenel

On ne peut pas comprendre le drame de l’Algérie d’aujourd’hui sans prendre en compte toute cette repossession identitaire qui se fait dans le sang et dans une sorte de chaos idéologique. Il en est d'ailleurs ainsi de toutes les grandes nations qui se redéfinissent au moment des ruptures de l’histoire.

 

 

Information biaisée et démocratie en devenir
(N°25,  printemps 98, 9 pages)

Entretien avec Lahouari Addi
conduit par Bernard Ravenel

            L'armée n'a pas réussi à atteindre ses objectifs et cet échec est d'autant plus important que la violence s'est encore intensifiée. La seule véritable issue à cette crise profonde serait de réunir une Conférence nationale regroupant tous les courants politiques et idéologiques de la société.

 

 

La violence bloque toute évolution
(N°25,  printemps 98, 9 pages)

Entretien avec Ghazi Hidouci
conduit par Bernard Ravenel et Anissa Barrak

               Ancien ministre du gouvernement algérien de 1989 à 1991, l'auteur cherche à démêler la complexité des réseaux de violences qui sévissent aujourd'hui en Algérie et insiste sur les dangers d'une situation qui conduit au délitement de l'Etat.

 

 

Violences multiples
(N°25,  printemps 98, 8 pages)

Smaïl Goumeziane
(universitaire, ancien ministre algérien du commerce)

            L’Algérie est de nouveau le théâtre de violences inouïes. Chaque jour, l’actualité est chargée d’informations sordides et tragiques, une façon de continuer d’écrire avec le sang de ses enfants une histoire, longue et riche, mais le plus souvent marquée du sceau de l’horreur.

            Depuis l’origine, cette terre maghrébine semble frappée de la malédiction des dieux dont elle a tour à tour épousé les rites, — fût-ce à la suite des nombreuses invasions auxquelles elle a dû faire face—, pour s’installer durablement dans un islam populaire enrichi de la tradition, protecteur, tolérant et solidaire, celui, disent les Algériens, de nos ancêtres.

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Logique de la violence politique
(N°25,  printemps 98, 9 pages)

Ahmed Rouadjia
(chercheur)

            Qui massacre et pourquoi? La réponse n'est pas aussi simple que veulent le faire croire les "démocrates" algériens. Les islamistes tuent, bien sûr. Mais ils ont des cibles et ne tuent jamais à l'aveuglette. Les enquêtes que j'ai effectuées en Algérie entre 1991 et 1992, complétées par des entretiens avec des jeunes en fuite en Tunisie en 1994 et des renseignements recueillis auprès des Algériens (jeunes, policiers et militaires) demandeurs d'asile en France entre 1995 et 1997 témoignent de la responsabilité de l'Etat dans la prolifération des groupes armés.

 

 

Les femmes au cœur des violences
(N°25,  printemps 98, 7 pages)

Entretien avec Fériel Lalami-Fatès
conduit par Régine Dhoquois-Cohen

            Quand on aura l'indépendance... Quand la révolution socialiste sera accomplie… Quand on sera en paix..." La question de l'égalité des femmes est toujours reléguée au second plan. Victimes de violences physiques et morales au sein de la famille, victimes de discriminations sur le plan légal, maintenues en dépendance, cibles de tortures barbares au cours des massacres, enlevées pour des mariages de jouissance, les femmes disent non, s'organisent et luttent.

 

 

L'intégrisme viole les consciences
(N°25,  printemps 98, 4 pages)

Entretien avec Doria Chérifati-Merabtine
conduit par Nadjia Bouzeghrane

            En ces temps où des forces obscures et rétrogrades vont jusqu'à réduire des femmes en esclavage en les considérant comme un butin, lutter pour la reconnaissance de la "femme" comme un sujet de droit devient un combat de société.

 

 

Désacraliser le droit musulman
(N°25,  printemps 98, 4 pages)

Entretien avec Soheib Bencheikh
conduit par Jean-Christophe Ploquin

            Fils de l’ancien recteur de la Grande mosquée de Paris, Abbas Bencheikh el-Hocine, et issu d’une grande famille de religieux algériens, le grand mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, dénonce la barbarie des massacres commis en Algérie et estime que c’est l’islamisme, et non l’islam, qui pâtit de l’horreur suscitée dans l’opinion algérienne et internationale par les agissements des Gia. Il souligne toutefois l’urgence de réformer le droit musulman, que les Gia utilisent pour justifier leurs actes et qui est le reflet d’une époque révolue, le Moyen Age.

 

 

Le salut par l'obéissance
(N°25,  printemps 98, 8 pages)

Entretien avec Hocine Fsian
conduit par Rabeh Sebaa

            Psychologue clinicien à l'Université d'Oran, Hocine Fsian a choisi parmi les questions qui lui ont été soumises de répondre à celles qui sont en relation avec les dimensions psychopathologiques de la violence en Algérie. Pour lui, ce ne sont pas l'écartèlement, les contradictions ou les divisions qui expliqueraient les causes profondes de la violence humaine, c'est plutôt la perception de clivages vécus comme dangereux, qui provoque la haine et la destruction. Ce sont des ressentiments subis qui vont non seulement, donner naissance à la haine, mais orienter la division, la pervertir et lui donner ainsi une autre direction, un autre sens, une monstrueuse tournure. Ce n'est donc pas le clivage qui importe, mais la signification qu'on lui surimprime.

 

 

Un système de pensée unique
(N°25,  printemps 98, 5 pages)

Entretien avec Waciny Laaredj
conduit par Nadjia Bouzeghrane

            Waciny Laaredj est professeur de Littérature arabe à la Faculté centrale d'Alger et à l'Université de ParisVIII. Romancier d'expression arabe, il est l'auteur de La gardienne des ombres et de Le miroir aveugle traduits en français, de Fleurs d'amandier, Le drame de la 1007ème nuit, La maîtresse des lieux. Son dernier roman Mémoire d'eau doit être édité en français, en italien et en espagnol dans la série Mémoires méditerranéennes.

 

 

TEMOIGNAGE
"J’en veux à mourir à ceux qui sont responsables"
(N°25,  printemps 98, 5 pages)

Entretien avec le capitaine Haroun
conduit par Jean-Paul Chagnollaud

Nous avons rencontré le capitaine Haroun à Londres où il s’est réfugié après avoir servi pendant 14 ans dans la Sécurité militaire algérienne et décidé de déserter. Depuis quelque temps, il a décidé de s’exprimer un peu dans la presse et notamment dans l’Observer, pour dire ce qu’il sait du rôle des services spéciaux dans les événements actuels qui déchirent l’Algérie. Ces articles nous ont intéressé car ils permettaient d’avoir une idée — même très approximative — de tout ce qui se trame dans l’ombre et qui conduit souvent à des actions importantes qui pèsent sur le déroulement et l’interprétation de ces événements. Bien entendu, ce type de déclarations est sujet à caution: rien ne prouve qu’il y ait une part de vérité dans les propos d’un homme qui a déserté et vit désormais dans une semi-clandestinité. Mais en même temps, personne ne peut sérieusement croire que les services spéciaux pourraient rester inertes dans une telle situation. Ce n’est pas parce qu’on ignore tout de leurs activités, par définition secrètes, qu’ils ne font rien. Pendant la guerre d’Algérie, les historiens ont montré l’importance du rôle joué par les services spéciaux de l’armée française pour déstabiliser l’adversaire en l’infiltrant, en le manipulant, en le piégeant ou en lui fournissant une multitude d’informations tronquées ou encore en lui faisant endosser des actions qui n’étaient pas les siennes. Les responsables politiques algériens que nous avons rencontrés ont d’ailleurs souvent insisté sur l’importance du rôle de la Sécurité militaire algérienne et aussi sur sa grande efficacité parce qu’elle est formée de gens très compétents.
Nous avons donc décidé de nous entretenir directement avec le capitaine Haroun qui nous livre ici son témoignage. Chacun l’appréciera comme il l’entend.

Vous pouvez lire la totalité de ce entretien en double-cliquant ici

 

 

Confluences culturelles

 

En compagnie de Shakespeare
(N°25,  printemps 98, 6 pages)

Abdelkader Farrah
(scénographe)

       A l'aube du troisième millénaire, le répertoire dramatique qui a résisté aux rides du temps traite d'un nombre considérable de situations. Souvent, elles semblent se répéter d'une manière monotone, implacable, indépendamment des latitudes et des systèmes de gouvernements.

            Durant 45 ans, j'ai scénographié les œuvres d'une centaine d'auteurs et de compositeurs, classiques ou contemporains. Cette activité professionnelle en a étayé une autre, celle de l'enseignement de la scénographie, en France, en Grande Bretagne, au Canada, aux Etats-Unis et en Corée du Sud. Durant ma prime adolescence, mon père m'a souvent répété la fameuse phrase du prophète de l'islam: "Sollicite le savoir, même en Chine", cette phrase encourage l'information sur les différences et les analogies entre les peuples et les cultures. Elle permet de se poser toutes les questions concernant l'homme: comment il a vécu, pensé, exprimé, construit, détruit, subi ou fait subir, prié, toléré, persécuté.

 

 

La ville moite
(N°25,  printemps 98, 2 pages)

Une nouvelle de Rabeh Sebaa

 Il sortait souvent, un livre à la main et plein d'horizons dans le regard. Il descendait chaque matin les douze étages de l'immeuble, colonne de béton gris où se situe le trois pièces familial, courbant l'échine sous le poinds de toutes les révoltes et de toutes les décrépitudes, pour aller à l'assaut des mots qu'il poursuivait comme un chasseur de papillons, émerveillé à chaque prise par les couleurs chatoyantes de chacun d'eux. Il les exhibait ensuite avec une fierté mêlée de délectation, en disant, le sourire en coin, que c'était sa dernière moisson de couleurs. Et que ces mots étaient la plus belle rosée des plus beaux matins du monde. Qui ne cessent de se lever.

 

 

31, rue de l'Aigle (Extraits)
(N°25,  printemps 98, 4 pages)

Abdelkader Djemaî
(
31, rue de l'Aigle, Editions Michalon, 1998)

   J'ai été chargé de rédiger le rapport sur R.D. Pour d'évidentes raisons de sécurité, on ne s'étonnera pas que les protagonistes du récit qui va suivre soient désignés par des sobriquets ou de fausses initiales.

Ce rapport sera comme les autres : précis, clair, efficace. Rien ne sera négligé, chaque détail aura son importance, chaque mot sera pesé. J'aime le travail bien fait. Cela est devenu une manie chez moi, une seconde nature.