Israël, une nation à la recherche d'elle-même
Régine
Dhoquois-Cohen,
Bénédicte Muller et Jean-Christophe Ploquin
Quand Hamadi Essid crée Confluences en 1991, peu de temps
avant sa mort, il est plus particulièrement préoccupé par la poursuite du dialogue
israélo-palestinien. Il ne vivra pas l'immense espoir des accords d'Oslo, la tragédie de
l'assassinat de Rabin par un extrémiste juif, ni l'élection de Netanyahou, et le
triomphe de la politique de fermeture de ce dernier.
C'est cette politique que son compagnon d'écriture, Théo Klein, dénonce dans une lettre
ouverte à Nétanyahou en ces termes: "D'erreurs en démentis, vous auriez
confondu l'art de la politique avec le théâtre d'ombres. En politique
intérieure, vous auriez encouragé la marche des orthodoxes vers le rêve d'un
Etat théocratique. En politique extérieure, brisé l'élan du processus d'Oslo,
né de l'intelligence de Shimon Pères et du courage politique ditzhak
Rabin."(1)
Beaucoup de choses ont été dites pour ce cinquantième anniversaire de l'Etat d'Israël
et de la naqbah (la catastrophe) pour les Palestiniens.
Le thème général de ce numéro est celui maintes fois évoqué depuis quelques semaines
de la spécificité d'Israël, un Etat pas comme les autres: Théocratique et laïc,
démocratique mais ne respectant M' les Accords internationaux le concernant ni les droits
de l'Homme, pays fait d'une mosaïque de peuples, des Ashkénazes fondateurs aux
Yéménites, Irakiens, Maghrébins, Ethiopiens, Russes, Arabes et Bédouins .... et qui
pourtant a réussi son pari (a success story) d'exister en tant que nation unifiée
autour d'une langue et d'une culture,
Mais après cinquante ans et cinq guerres, la légitimité d'Israël est toujours à
construire régionalement et internationalement.
Ilôt isolé dans un Moyen-Orient qui recommence à le refuser après l'espoir d'Oslo, de
plus en plus rejeté par des Palestiniens lassés de s'entasser dans des bantoustans et de
se heurter au mépris ouvert du gouvernement Netanyahou et des colons, Israël donne
l'impression d'être frappé d'une forme "d'autisme" au niveau gouvernemental
certes mais aussi au sein du peuple israélien (d'après les sondages les plus récents,
Benyamin Netanyahou s'il était opposé au leader travailliste Ehud Barak remporterait des
élections anticipées). On est loin des espoirs de coopération régionale ou
euro-méditerranéenne, tels qu'ils avaient été formulés à Barcelone en 1995.
La logique de fermeture triomphe. L'attente s'installe, Une bonne partie des Israéliens
cherche une identité nouvelle, quelque part entre la référence au judaïsme et une
"Israélité" à définir. Les héros et les héroïnes du camp de la paix sont
fatigués, une partie de la diaspora s'éloigne pendant que l'autre soutient avec
véhémence la politique de Netanyahou - à tenue suicidaire? Un calme relatif, interrompu
par des cris et des fusillades s'installe sur la région. Est-ce le calme avant la
tempête?
La France semble vouloir profiter de l'impuissance américaine pour tenter de jouer les
médiateurs: c'est sans doute le sens du discours du président Jacques Chirac à Beyrouth
et de la visite attendue du Président Hafez El Assad en Juillet 98 à Paris.
Des politologues (Alain Dieckhoff, Bassma Kodmani-Darwish), des juristes (Monique
Chemillier-Gendreau, Marie-Claude Dock), des philosophes (Yirniiyahu Yovel), des
historiens (Maxime Rodinson, Tom Segev), des anthropologues (Cédric Parizot, William
Berthomière), de simples citoyens (Eytan), des nùlitantes du camp de la paix en Israël
et des droits de l'Homme en France (Danielle Storper Perez et Valérie Pouzol, Paul
Kessler et Claire Bertrand), des écrivains (Yoram Kanyuk et Salim Tamari), des
personnalités de la diaspora (Sir Yehudi Menuhin, Théo Klein, Michael Brenner, Alain
Finkielkraut et le Comité de sauvegarde des Accords d'Oslo), font état ici de leurs
interrogations plus que de leurs certitudes.
Régine Dhoquois-Cohen, Bénédicte Muller et Jean-Christophe Ploquin
Note :
1. Théo KIein: "Monsieur Nétanyahou, donnez une chance à Israël", Le
Monde, du 30 mai 1998.