Note de lecture parue dans le N°44
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Chypre. L’Unficyp Philippe Achilléas Paris, éd. Montchrestien, 2000, 203 p. |
Du Liban à la Bosnie, du Cambodge au Rwanda, les Casques
bleus sont partout, parfois pour des missions de courte durée, parfois pour plus
longtemps. C’est à Chypre que leur mission dure depuis le plus longtemps. Ils
sont installés dans cette île de Méditerranée depuis 1964, sans grand succès.
Il s’agit visiblement de la réécriture d’une thèse soutenue en 1999, à
l’Université française de Paris 1, et pour une fois d’une bonne thèse, surtout
sur un sujet aussi peu connu. L’auteur retrace la genèse des événements qui ont
conduit le Conseil de Sécurité des Nations Unies à fonder en mars 1964 l’Unficyp
: United Nations Force Peace Keeping in Cyprus. Ensuite, il raconte par le
détail l’histoire de ce mandat des Casques bleus dans la période troublée de
1964 à nos jours et en particulier en 1974 lorsque l’armée turque a envahi le
nord de l’île dont elle occupe toujours 37% du territoire.
L’île est à 80% grecque et à 20% turque, sous domination britannique de 1878 à
1960. En 1955, les Grecs commencent la lutte anticolonialiste, souhaitant leur
rattachement à la mère patrie grecque. Comme en Palestine et en Inde, les
Anglais vont diviser pour régner. Ils montent la minorité turque contre la
majorité grecque, entraînant dès 1958 les premiers massacres
intercommunautaires. Face au mouvement mondial de décolonisation, Londres quitte
l’île d’Aphrodite en 1960, léguant une indépendance non désirée. Il laisse aussi
une constitution inapplicable. Ce qui devait arriver arriva. En décembre 1963
les deux communautés s’affrontent violemment. Les Chypriotes turcs décident de
s’auto-enclaver et importent des armes de Turquie.
C’est en mars 1964 que les Casques bleus débarquent à Chypre pour s’interposer
entre les deux communautés, gelant ainsi le conflit. Mais dix ans plus tard, une
nouvelle tragédie éclate. Les fascistes grecs tentent de renverser l’archevêque-président
Makarios. Ankara se saisit du prétexte pour envahir l’île. Les Casques bleus
présents ne peuvent s’y opposer. Des Scandinaves sont tués, mais des Canadiens
empêchent les Turcs de prendre l’aéroport de Nicosie. Après 1974, la Turquie
pratique l’épuration ethnique, chassant tous les Grecs du nord de l’île.
L’Unficyp doit gérer ce nouveau problème. Elle se positionne donc sur une ligne
dite «verte» ou «Attila», déchirant l’île d’est en ouest. Elle évite que la
situation ne se dégrade et organise les très rares contacts entre les deux
parties de l’île. L’auteur explique parfaitement tout cela. En revanche on peut
lui reprocher de ne pas être assez critique envers ces Casques bleus car, en fin
de compte, à quoi ont-ils servi ? En 1964, ils ne règlent pas le problème. Ils
protègent les enclaves turques au lieu d’essayer de les dissoudre. Ce faisant,
ils ne font qu’aggraver le problème. En juillet 1974, ils sont incapables de
s’opposer militairement à l’armée turque. En prenant en partie en charge les
échanges de populations, ils se font complices involontairement de l’épuration
ethnique. Par ailleurs, c’est l’Unficyp qui est le principal obstacle au travail
des journalistes, soi-disant pour raison de sécurité. Il est aussi avéré que
certains Casques bleus qui passent d’une zone à l’autre en profitent pour faire
du trafic d’informations et d’œuvres d’art.
Bref, il y a beaucoup de gâchis dans les mandats des Casques bleus. On se
souvient de l’attitude des Casques bleus hollandais en Bosnie lors de la prise
de Srebrenica en Bosnie. Chypre n’échappe donc pas à la règle, à moins que ce ne
soit la politique générale de régulation des conflits par l’onu qui doive être
remise en cause.
Christophe Chiclet