Note de lecture parue dans le N°43

Jean Amrouche, l’éternel exilé,

choix de textes (1939-1950)

AWAL, IBIS Press, 130 pages

Tassadit Yacine réunit dans ce recueil des textes de Jean Amrouche, difficilement accessibles. On retrouvera l’intelligence et la sensibilité du poète et de l’intellectuel, «l’éternel exilé» amoureux de la France et de l’Algérie. La figure de Jugurtha, symbole du «génie africain», lui permet d’actualiser le héros antique, en lui proposant de sortir de l’âge théologique et de l’âge de la magie pour apprendre à faire usage de la science et favoriser l’invention et la création, en somme s’échapper de la tribu, accéder à la modernité sans perdre les bienfaits de la communauté, la voix des poètes, les chants des femmes et des mères. Ne pas perdre «l’esprit d’enfance de la poésie», écouter les «donneurs de joie», croire au miracle de la poésie. Amrouche n’hésite pas à fustiger la faiblesse des poètes nord-africains de langue française.
On peut aussi lire ses entretiens tunisiens publiés dans le journal d’A. Camus, Combat.
La famille Amrouche, naturalisée et christianisée en Algérie au début du 20e siècle, a dû s’exiler en Tunisie, où Jean a longtemps vécu. Il interroge des intellectuels et des syndicalistes tunisiens (en 1947) qui revendiquent la possibilité de se gouverner eux-mêmes. On sent à travers ses questions sur la crise tunisienne son intérêt pour la prochaine lutte de libération de l’Algérie.

Leïla Sebba