Note de lecture parue dans le N°45
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Les femmes dans l’ombre du jour, Noria Boukhobz L’Hydre éditions, 2002 |
Noria Boukhobza est ethnologue, née en Auvergne dans une
famille algérienne immigrée. Elle occupe une position particulière, à la fois
privilégiée et délicate ; elle est «fille du dehors» et elle appartient à ces
familles qu’elle observe, analyse pour comprendre et faire comprendre les
mécanismes de la transmission dans l’exil, «dégager aussi bien la cohérence que
les impasses» d’une culture qui cherche à se perpétuer.
C’est ainsi qu’elle a pris le parti d’une sorte de fiction ethnologique, en
racontant une famille (qui ressemble à la sienne et à bien d’autres, en France)
venue s’établir en Auvergne, près des usines Michelin dans les années 50-60. Le
lecteur suit aisément l’histoire de chacun des membres de la famille à travers
le «destin» des filles et fils. La mère, chef de la maison, va s’employer
quotidiennement à développer des stratégies matrimoniales subtiles, pour tenter,
à travers de multiples rites perpétués en terre étrangère, de privilégier «le
mariage préférentiel et endogame», d’où les allers-retours permanents entre la
France et l’Algérie pour le cousin, la cousine… Les cinq filles recevront une
éducation traditionnelle sans faille «éduquer une fille, c’est comme mâcher du
fer» après le fils préféré, l’aîné, il y aura : Sakina, «la gardienne des
secrets de sa mère» ; Worda, «la cuisinière du père» ; Nalissa, «la fille du
dehors» (peut-être l’auteur de ce livre) ; Zoulika, «la têtue» ; Malika, «la
fille de son père». Assurer la virginité des filles, encourager la virilité des
fils, garder les uns et les autres liés à la «Maison-mère», la mère a tout
tenté, mais ses filles n’ont pas satisfait ses désirs de mariage selon la
coutume, elles n’ont pas choisi les conjoints dans le groupe d’origine (même si
l’un des maris s’est converti à l’islam) ; le seul triomphe de la mère : elle a
marié l’un de ses fils avec une cousine d’Algérie. Le mariage, pierre angulaire
du pouvoir des mères dans la maison, la famille, commence à échapper à ces mères
en exil, dont les enfants naissent en France et adoptent les codes de conduite
et de vie de «l’Occident », mais cela ne conduit pas à une rupture radicale, le
lien familial reste encore très fort.
Leïla Sebbar