Note de lecture parue dans le n°49
L’amazigh : les défis d’une renaissance Dossier coordonné par Ahmed Boukous "Prologues, revue maghrébine du livre", n° 27-28, Eté/automne 2003, Casablanca |
Ce numéro de la revue marocaine Prologues traite d’une
réalité qui a été longtemps discriminée et apporte une lueur d’espoir. Rappelons
brièvement l’arrière-plan historique et politique qui éclaire l’intérêt de cette
étude portant sur la langue amazighe.
L’historien Ibn Khaldoun (1332-1406), auteur de l’Histoire des Berbères (Ed.
Paul Geuthner), a repris le terme barbari par lequel les Romains désignaient les
habitants de la vaste contrée allant de l’oasis de Siwa, en Egypte, aux îles
Canaries, et qui y vivaient depuis la plus haute antiquité, alors qu’eux-mêmes
s’appellent les Imazighen (sing. Amazigh), les «hommes libres». Leur langue,
l’amazigh ou le tamazigh, est restée de tradition orale jusqu’au siècle dernier.
Ils comptent des hommes célèbres tels Massinissa, Jugurtha, Juba. A la suite de
la conquête arabe au VIIe siècle, ils se sont progressivement
islamisés et arabisés, mais sous ses différentes formes l’amazigh demeure de nos
jours la langue de plus d’un tiers de la population en Algérie et au Maroc. A la
suite des indépendances, les différents régimes avaient proclamé l’arabe langue
nationale et avaient occulté et même combattu la culture berbère.
Sous la pression sociale, le roi Hassan II avait fait des concessions et, depuis
2001, sous Mohamed VI, l’amazigh bénéficie d’une reconnaissance institutionnelle
avec la création de l’ircam, l’Institut Royal de la culture amazighe. Quant au
président Bouteflika, il a reconnu le berbère comme deuxième langue nationale au
printemps 2002. Néanmoins, depuis longtemps, les linguistes travaillaient sur la
normalisation de la phonie et du lexique et sur la codification de la graphie.
Le numéro coordonné par Ahmed Boukous comprend un riche dossier qui décrit les
évolutions, une série de débats et des comptes rendus d’ouvrages. Dans son
éditorial, il précise qu’ils «illustrent une approche qui mobilise les
ressources offertes par les sciences humaines modernes pour accomplir un travail
de fond sur une importante part de notre patrimoine culturel. Ils voudraient
donner une idée des problèmes, difficultés et dilemmes qu’affrontent ceux qui
entreprennent de donner à l’amazighe sa forme de langue moderne susceptible
d’usages nouveaux, ayant, outre son enracinement dans la mémoire orale, un
avenir dans les réalités de notre temps». Les différents contributeurs montrent
avec pertinence les défis et les enjeux de cette renaissance.
Paul Balta