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Note de lecture parue dans le n°50

Histoire de l’Albanie et des Albanais

Georges Castellan

Crozon, éd. Armeline, 2002, 205 p., 25€

Après s’être penché sur la Roumanie et avant la Macédoine et la Serbie, Georges Castellan, pour cette même collection aux éditions bretonnes Armeline, a publié un petit ouvrage faisant le point sur l’histoire de l’Albanie. Mais il ne s’arrête pas à l’Albanie, pays devenu indépendant en 1912 avec Tirana comme capitale. Comment pourrait-il le faire ? En effet, comme dans tous les Balkans, mais aussi en Afrique, les apprentis géomètres politiques ont tracé les frontières avec de grandes difficultés, tant et si bien que la moitié des Albanais vivent aujourd’hui en dehors de l’Albanie (Macédoine, Kosovo, Serbie du Sud, Monténégro).
Il était d’ailleurs impossible de tracer des frontières ethniques relativement «pures», tant les populations étaient mélangées dans l’Empire ottoman. Cela serait revenu à faire un remembrement cadastral dans le cap Corse !
Les Albanais peuplent le grand ouest des Balkans, de l’Adriatique au Vardar, du Monténégro à l’Epire. Mais ils ont su franchir les mers. Au Moyen Age, ils ont peuplé des régions du sud de l’Italie et la Sicile, sans oublier le massif du Pinde, puis les îles du golfe Saronique, au large du Pirée. Tchams, Arvanites, Arnaoutes sont tous des Albanais qui ont peuplé cette Méditerranée centrale, entre mers Egée, Ionienne et Adriatique.
Plusieurs siècles plus tard, les Albanais ont repris leurs baluchons, mais pour d’autres raisons. On les retrouve aux Etats-Unis, en Italie, en Suisse, en Belgique où ils ont acquis en peu de temps une terrible réputation de dangereux mafieux.
S’il existe désormais de nombreux ouvrages sur différentes composantes de la question albanaise, surtout après la chute du stalinisme à Tirana et l’explosion de la Yougoslavie, il n’existait pas de petits ouvrages de synthèse permettant de faire le point de façon didactique sur un problème complexe qui agite encore aujourd’hui la région. Ce n’est pas un hasard si l’auteur a intitulé sa conclusion : «Demain ?».

Christophe Chiclet

 

Note de lecture parue dans le n°49

Un pays inconnu la Macédoine

Georges Castellan

Crozon, éd. Armeline, 2003, 154 p., 25€

 

La petite république de Macédoine n’a jusqu’à maintenant guère intéressé les chercheurs français. Le livre de Castellan est le deuxième du genre, d’où la justesse de ce titre Un pays inconnu. D’ailleurs l’auteur, dans son avant-propos daté de décembre 2002, écrit : «La Macédoine actuelle – le pays admis à l’ONU en 1993 – est une quasi-inconnue pour la plupart des Français. La documentation en notre langue fait cruellement défaut : un seul livre, La République de Macédoine, paru en 1998 aux Editions L’Harmattan… Il manquait donc une vue d’ensemble de l’histoire de ce pays. Histoire complexe d’un Etat très tardivement constitué à partir d’une région géographique plus que millénaire et dont l’existence même pose à la société internationale contemporaine de difficiles problèmes. La Macédoine n’a-t-elle pas donné son nom à une salade d’éléments divers ?».
Dans le petit monde de la balkanologie, Georges Castellan n’est plus à présenter. Il fut un précurseur dans ce domaine, auteur de la monumentale Histoire des Balkans éditée chez Fayard en 1991, rééditée et complétée en 1999.
Aujourd’hui à la retraite, il a décidé d’écrire un petit livre qui fait le point sur l’histoire de la Macédoine, de la préhistoire au XXIe siècle, bref une sorte de gros «Que sais-je ?», agrémenté d’une iconographie, de cartes, d’une chronologie et d’un glossaire.
En une centaine de pages, l’auteur promène le lecteur dans cette histoire complexe, mouvementée, souvent tragique : l’invasion des Slaves, l’occupation ottomane, puis le réveil des nationalités. C’est là que les choses se corsent. En effet, les Macédoniens slaves sont quasiment les derniers à se «réveiller». Leurs voisins grecs, bulgares et serbes ont déjà arraché leurs indépendances, d’où une lutte sur deux fronts, contre les Turcs pour l’indépendance de la grande Macédoine et contre les voisins qui veulent se partager le gâteau. Ces derniers rafleront la mise. Il faut donc attendre l’explosion de la Yougoslavie post-titiste pour que la petite Macédoine accède pour la première fois à l’indépendance. Mais la joie sera de courte durée. En effet, c’est désormais de l’intérieur qu’elle est à nouveau attaquée. La minorité albanaise aiguillonnée par une minorité extrémiste plonge dans le séparatisme et l’irrédentisme. Et Georges Castellan de conclure très justement : «C’est l’avenir de la Macédoine et sa survie qui se jouent sur cette question».

Christophe Chiclet