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Note de lecture parue dans le n°50
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Histoire de l’Albanie et des Albanais |
Après s’être penché sur la Roumanie et avant la Macédoine et
la Serbie, Georges Castellan, pour cette même collection aux éditions bretonnes
Armeline, a publié un petit ouvrage faisant le point sur l’histoire de
l’Albanie. Mais il ne s’arrête pas à l’Albanie, pays devenu indépendant en 1912
avec Tirana comme capitale. Comment pourrait-il le faire ? En effet, comme dans
tous les Balkans, mais aussi en Afrique, les apprentis géomètres politiques ont
tracé les frontières avec de grandes difficultés, tant et si bien que la moitié
des Albanais vivent aujourd’hui en dehors de l’Albanie (Macédoine, Kosovo,
Serbie du Sud, Monténégro).
Il était d’ailleurs impossible de tracer des frontières ethniques relativement
«pures», tant les populations étaient mélangées dans l’Empire ottoman. Cela
serait revenu à faire un remembrement cadastral dans le cap Corse !
Les Albanais peuplent le grand ouest des Balkans, de l’Adriatique au Vardar, du
Monténégro à l’Epire. Mais ils ont su franchir les mers. Au Moyen Age, ils ont
peuplé des régions du sud de l’Italie et la Sicile, sans oublier le massif du
Pinde, puis les îles du golfe Saronique, au large du Pirée. Tchams, Arvanites,
Arnaoutes sont tous des Albanais qui ont peuplé cette Méditerranée centrale,
entre mers Egée, Ionienne et Adriatique.
Plusieurs siècles plus tard, les Albanais ont repris leurs baluchons, mais pour
d’autres raisons. On les retrouve aux Etats-Unis, en Italie, en Suisse, en
Belgique où ils ont acquis en peu de temps une terrible réputation de dangereux
mafieux.
S’il existe désormais de nombreux ouvrages sur différentes composantes de la
question albanaise, surtout après la chute du stalinisme à Tirana et l’explosion
de la Yougoslavie, il n’existait pas de petits ouvrages de synthèse permettant
de faire le point de façon didactique sur un problème complexe qui agite encore
aujourd’hui la région. Ce n’est pas un hasard si l’auteur a intitulé sa
conclusion : «Demain ?».
Christophe Chiclet
Note de lecture parue dans le n°49
Un pays inconnu la Macédoine Georges Castellan Crozon, éd. Armeline, 2003, 154 p., 25€ |
La petite république de Macédoine n’a jusqu’à maintenant
guère intéressé les chercheurs français. Le livre de Castellan est le deuxième
du genre, d’où la justesse de ce titre Un pays inconnu. D’ailleurs l’auteur,
dans son avant-propos daté de décembre 2002, écrit : «La Macédoine actuelle – le
pays admis à l’ONU en 1993 – est une quasi-inconnue pour la plupart des
Français. La documentation en notre langue fait cruellement défaut : un seul
livre, La République de Macédoine, paru en 1998 aux Editions L’Harmattan… Il
manquait donc une vue d’ensemble de l’histoire de ce pays. Histoire complexe
d’un Etat très tardivement constitué à partir d’une région géographique plus que
millénaire et dont l’existence même pose à la société internationale
contemporaine de difficiles problèmes. La Macédoine n’a-t-elle pas donné son nom
à une salade d’éléments divers ?».
Dans le petit monde de la balkanologie, Georges Castellan n’est plus à
présenter. Il fut un précurseur dans ce domaine, auteur de la monumentale
Histoire des Balkans éditée chez Fayard en 1991, rééditée et complétée en 1999.
Aujourd’hui à la retraite, il a décidé d’écrire un petit livre qui fait le point
sur l’histoire de la Macédoine, de la préhistoire au XXIe siècle,
bref une sorte de gros «Que sais-je ?», agrémenté d’une iconographie, de cartes,
d’une chronologie et d’un glossaire.
En une centaine de pages, l’auteur promène le lecteur dans cette histoire
complexe, mouvementée, souvent tragique : l’invasion des Slaves, l’occupation
ottomane, puis le réveil des nationalités. C’est là que les choses se corsent.
En effet, les Macédoniens slaves sont quasiment les derniers à se «réveiller».
Leurs voisins grecs, bulgares et serbes ont déjà arraché leurs indépendances,
d’où une lutte sur deux fronts, contre les Turcs pour l’indépendance de la
grande Macédoine et contre les voisins qui veulent se partager le gâteau. Ces
derniers rafleront la mise. Il faut donc attendre l’explosion de la Yougoslavie
post-titiste pour que la petite Macédoine accède pour la première fois à
l’indépendance. Mais la joie sera de courte durée. En effet, c’est désormais de
l’intérieur qu’elle est à nouveau attaquée. La minorité albanaise aiguillonnée
par une minorité extrémiste plonge dans le séparatisme et l’irrédentisme. Et
Georges Castellan de conclure très justement : «C’est l’avenir de la Macédoine
et sa survie qui se jouent sur cette question».
Christophe Chiclet