Note de lecture parue dans le N°45
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Abdelaziz Bouteflika : le choix de la paix
David Gakunzi L’Harmatttan, Paris, 178 pages, 2003 |
Qui n’a pas vécu en Algérie juste après l’indépendance n’a
pas connu la douceur de vivre. Il était merveilleux de voir ce vieux pays se
métamorphoser en jeune nation, dépasser les conflits anciens et récents, y
compris sa terrible guerre d’indépendance, se réconcilier avec l’ancien
colonisateur, représenté par le général de Gaulle, plus populaire en Algérie
qu’en France, tout en étant à juste titre jaloux de sa dignité retrouvée. Toue
une jeunesse rêvait d’autogestion et de socialisme. Les présents chantaient, pas
les lendemains.
Les problèmes étaient énormes sur fond de misère populaire, de sous-emploi,
d’analphabétisme, de contradictions parfois antagonistes entre traditions et
modernisations. Un gigantesque problème était gravement sous-estimé, celui de
l’explosion démographique. La charte d’Alger en 1964 stipulait que l’Algérie est
une nation, que l’arabe est sa langue et que l’islam est sa religion. Mais
comment éviter que le patriotisme ne se transforme en nationalisme hostile à des
ouvertures nécessaires, ouvrant immédiatement la voie à des conflits dangereux
dès l’époque, avec le Maroc notamment ? Que faire des langues berbères,
principalement le kabyle, de la langue française, synonyme de progrès pour
beaucoup d’Algériens, constituant pour une minorité un patrimoine déjà cultivé ?
Certes l’islam de l’époque n’était pas dans son ensemble intégriste. Le grand
Kateb Yacine pouvait se moquer impunément des Frères musulmans qu’il appelait
frères monuments. Les religions juive et chrétienne étaient respectées. Le
professeur Mandouze, spécialiste du grand Berbère, saint Augustin, jouait un
rôle éminent dans la refondation de l’université d’Alger.
La guerre d’indépendance avait été conduite par le fln, non sans difficultés
dont toutes n’étaient pas dues à la répression coloniale. Le fln s’était
transformé en parti unique, ce que beaucoup acceptaient comme une phase
nécessaire, certes au détriment de la diversité et de la complexité algériennes,
mais en garantissant l’unité du jeune Etat nationalitaire, c’est-à-dire
bâtisseur de nation. Derrière le fln le principal du pouvoir se trouvait dans
l’Armée de libération nationale, l’aln. Le cerveau de l’aln était le groupe
d’Oujda, constitué pendant la guerre d’indépendance dans cette localité
frontalière dont le président Bouteflika est natif. Tout jeune encore il intégra
cette équipe pour devenir le plus jeune des ministres des Affaires étrangères en
1963 avant même l’arrivée au pouvoir suprême de son mentor, Boumediène.
Qui a le pouvoir en Algérie ? Est-ce ce qui reste, quarante après, du groupe
d’Oujda et de son esprit militaire ou le président légal depuis 1999, Abdelaziz
Bouteflika, qui a montré des signes d’ouverture envers le fait berbère, y
compris dans un hommage à saint Augustin, envers le monde francophone, avant
même l’accueil triomphal au président de la République française?
Le président Bouteflika apparaît comme un homme de dialogue et d’ouverture. Il a
probablement fait le choix de la paix comme le pense son biographe, David
Gakunzi. La personnalité du président de la république algérienne est si peu
connue que ce petit livre, volontairement rapide, est utile. Précédé par une
préface éclairante de Paul Balta, il évoque clairement les principales étapes de
la carrière d’Abdelaziz Bouteflika, le jeune moudjahid, le jeune ministre très
diplomate, la traversée du désert pendant plus de 20 ans, l’accession au pouvoir
dans une Algérie chaotique et incertaine dont, face à la puissance occulte de
certains militaires, face à beaucoup d’exclusions et de divisions, le président
Bouteflika n’est pas la dernière chance, mais l’une apparemment des plus
sérieuses.
Guy Dhoquois