Note de lecture parue dans le N°42
LIndigène aux semelles de vent Nina Hayat éditions Tirésias, 2001, 161 pages |
À travers le portrait de son père, Mohamed Belhalfaoui, «Indigène algérien musulman non naturalisé français» (iamnnf), Nina Hayat écrit le portrait dune certaine Algérie, depuis la naissance de son père dans le Village Nègre de Sidi-Bel-Abbès, dans une famille de lettrés en 1913, jusquà sa mort en 1993, Algérie coloniale dont il est, comme dautres hommes de sa génération, le produit. Élève doué de lécole française et de lécole coranique puis de la médersa, parfait bilingue, épris de liberté et de justice, il sera militant nationaliste et rayé de lÉducation nationale pour son combat. Malgré les tourments de la guerre de libération, les incarcérations, lexil en Allemagne de lEst, jamais il ne renoncera à ses passions. Outre lenseignement du français et de larabe, son goût pour le théâtre ne se démentira pas. Il traduit des pièces de Molière et de Brecht en arabe (Don Juan est joué à lopéra dAlger), il recueille des contes et des chants populaires. Il publie Poésie arabe maghrébine dexpression populaire en 1973 (les Éditions Tirésias le rééditeront bientôt). Ses enfants suivent ses traces et Nina Hayat, en particulier, qui rend à son père et à lAlgérie un hommage chaleureux et généreux.
Leïla Sebbar