Note de lecture parue dans le N°42
La mer blanche du milieu Elisabeth Higonnet-Dugua Racine, Séguier, 2001, 245 pages |
La famille dHélène vit en Algérie depuis cent trente-deux ans. Arrive lindépendance, en 1962 ; cest «lexode». Le récit sorganise à partir dun aller-retour: Algérie/France, Évreux plus précisément, de 1963 à 1980, Lyon 1962, Aix-en-Provence, 1997 (Hélène et ses enfants font le voyage de Boston jusquà la Provence). Le grand-père, qui parlait arabe, détruit son établi à coups de hache, avant de quitter sa maison, sa ville, son pays. Le lecteur, en même temps que la jeune Hélène vit entre les airs de lopéra italien, la méfiance des voisins menacés par loas (les Français dAlgérie ne doivent pas quitter le pays), lamitié du docteur Saïd, un militant nationaliste, la peur des bombes et des attentats Elle ne comprend pas les recommandations de linstitutrice de Bône : «Surtout, faites bien attention à ne pas parler avec laccent dAlgérie Je ne veux pas que lon se moque de vous». On entend lhistoire de Marcelle : son mari assassiné par le fln, elle-même emprisonnée, battue, violée en octobre 1962, par des Algériens en uniforme. Libérée (elle ne saura jamais pourquoi) par un officier algérien, elle retrouve ses enfants à Paris, où elle na plus à «craindre les bombes». Hélène découvre en France quelle est «pied-noir» qualificatif effrayant, infamant «Je suis française : double trahison, car il faut affirmer que lon nest pas arabe. Cest Zohra que je trahis». Zohra, lamie algérienne quelle préfère à Béatrice, lamie de France. Hélène a trouvé un pays tiers, lAmérique.
Leïla Sebbar