Note de lecture parue dans le N°45
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Les deux Jean, Dominique Le Boucher Chèvre-feuille étoilé, Montpellier 2002, Barzakh, Alger 2002, 94 p. |
Dominique Le Boucher, après sa belle étude
originale et profonde, Jean Pélégri l’Algérien ou le scribe du caillou (publiée
aux éditions Marsa, 2000), publie un échange de lettres et de poèmes entre deux
écrivains français, nés en Algérie, amoureux de leur pays natal, des Algériens,
qui se revendiquent tels, l’un et l’autre (1962-1973). On peut lire, en même
temps que les textes imprimés, les manuscrits sur papier à lettre, cartes
postales, papier de fortune dactylographié maladroitement. Le parti pris rend
plus proche, plus charnelle, l’amitié des deux Jean profondément attachés à la
terre algérienne, aux Algériens, pleins de ferveur et d’espoir dans une Algérie
libre. Sénac écrit «ce que j’ai vu en arrivant dans ma patrie ce sont les yeux.
La Révolution a donné un regard à ce peuple». Pélégri, avec son magnifique roman
Le Maboul, donne une voix à ce peuple qui est le sien. En 1962, Pélégri écrit à
Sénac: «Vous nous avez rendu quelques mots habitables. Nous en ferons notre
demeure». Mais avant l’Algérie libre, c’est la violence. Sénac, le 15 mars 1962,
écrit à Pélégri : «À la radio, l’ignoble nouvelle : ils ont assassiné notre
frère Feraoun! Cet homme était juste, un mainteneur de liens. Comme nous nous
sentons impuissants et démunis !»
En 1963, Pélégri écrit à son ami «J’ai besoin aussi de revoir l’Algérie… C’est
l’Algérie qui m’a fait – et qui me fera». Jean Sénac qui s’est battu pour une
Algérie heureuse est assassiné à Alger le 30 août 1973. Par testament, Jean
Sénac Yahia El Wahrani avait demandé à être enterré dans un cimetière musulman.
Son vœu n’a pas été exaucé. Jean de Maisonseul parlait dans une lettre à Jean
Pélégri d’une plaque de terre cuite pour la tombe de Jean Sénac, exécutée par le
peintre Denis Martinez. Il faudrait demander à Martinez si la plaque existe, ou
à Jean Pélégri.
Leïla Sebbar