Note de lecture parue dans le N°45
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Histoire intérieure du FLN (1954-1962) Gilbert Meynier Fayard- novembre 2002 |
L’Algérie est sans doute le pays qui a suscité le plus grand
nombre de livres en France depuis des dizaines d’années tant ce pays est d’une
certaine manière une part de nous-mêmes. On ne compte plus les thèses, les
essais, les témoignages et les romans qui racontent l’Algérie ou plutôt
évidemment une vision particulière de ce beau pays. Une bonne partie de cette
immense production livresque est le fait d’hommes et de femmes – algériens ou
français – qui ont ressenti l’ irrésistible besoin de parler de leur expérience,
de leur «vécu» pendant la guerre de libération, qu’ils aient été, pied noir,
soldat du contingent, officier de carrière, résistant, harki ou tout simplement
enfant pris par cette terrible tourmente de la fin de l’Algérie française.
L’ouvrage de Gilbert Meynier tranche avec cette littérature – par ailleurs
indispensable et souvent bouleversante – car ce grand historien nous emmène à un
autre niveau qui est celui de l’Histoire. Ce travail, qui a demandé de
nombreuses années de recherches, repose sur une vaste érudition qui nous dévoile
à chaque page une multitude d’informations toujours remarquablement analysées et
mises en perspective.
A chaque moment, Gilbert Meynier nous rend intelligibles les multiples séquences
entrecroisées de la vie complexe et violente de ce parti qui a su, malgré
d’incessantes confrontations internes, rassembler les Algériens dans leur combat
pour l’indépendance. Il nous en dévoile les contradictions, les déchirements et
les conflits non seulement sur le plan politique et idéologique en étudiant la
diversité des sensibilités et des aspirations qui ont pu le traverser mais aussi
sur le plan humain en suivant dans le détail les trajectoires souvent tragiques
des principaux personnages qui l’ont dirigé comme de ceux qui, à des niveaux de
responsabilité plus modestes, ont risqué leur vie au nom de leurs convictions.
Après une longue réflexion centrée sur la résistance anticoloniale depuis 1830,
le livre analyse en plusieurs parties distinctes les luttes de pouvoir au sein
de l’appareil, les combats sur le terrain dans les différentes wilayas, les
sructures qui font du fln une sorte de parti-Etat et, enfin, l’ensemble de ses
relations extérieures.
Cette somme impressionnante est complétée par de très intéressantes annexes et
par une bibliographie particulièrement bien construite. Dans sa préface,
Mohammed Harbi se dit, à juste titre, persuadé que ce livre «fera date dans la
connaissance et la compréhension du FLN». On ne pourra plus désormais
s’intéresser à l’histoire de l’Algérie sans se plonger dans ce passionnant livre
de référence.
Jean-Paul Chagnollaud