Note de lecture parue dans le N°43
Les mains de Fatma Simon Nizard Maurice Nadeau, 184 pages |
Farid, le narrateur, vit sous la protection de vingt-quatre mains de Fatma que son père, immigré dans le Var, lui remet avant son retour en Tunisie. Farid est bachelier, fils unique et orphelin de mère. Son professeur, Mme Spinelli, joue le rôle de guide bienveillant et cest grâce à elle quil écrit. Sera-t-il écrivain ? Le roman alterne les lettres de Farid à son professeur en maison de repos, ses récits et ses conversations avec ses mères de substitution, ces femmes qui lui redonnent une mémoire : Mme Sarfati et Leïla Sfaxi, relais indispensables entre la France et la Tunisie, gardiennes de traditions précieuses et de recettes gourmandes que Simon Nizard prend plaisir à écrire (on se rappelle ses livres précédents : Le Goût des pistaches et Le Jardin des couscous, où se mêlent littérature et art culinaire). Farid a besoin de lexpression exubérante et tendre de la solidarité judéo-arabe dans lexil, comme il a besoin de la cité et des copains qui nont pas eu sa chance, et de Naïma pour laquelle, avec Luigi, il entreprend de construire une maison, sa maison. Il a appris, par les femmes, quune maison (avec ou sans citronnier) donne une âme à ses habitants. Farid aime Naïma. Il le lui dit en écrivant et en bâtissant, de ses mains, lavenir. Son père avait raison, la multiplication des talismans a multiplié les forces de Farid et lespoir que Simon Nizard réussit à communiquer à son narrateur et à son lecteur.
Leïla Sebbar