Note de lecture parue dans le N°45
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Athènes. Georges Prévélakis Paris, L’Harmattan, coll. "Métropoles 2000", 150 pages |
Athènes, ville mythique. Des millions de touristes s’y
précipitent chaque année sur les traces de Périclès et de Socrate. Mises à part
quelques vieilles pierres, ils n’y trouvent que pollution, anarchie des
transports et des services sous un soleil de plomb, avec les chauffeurs de taxi
les plus voleurs d’Europe. Entre ces deux images, il existe une capitale avec
ses multiples facettes.
Professeur de géopolitique à l’Université Paris 1 Sorbonne, Georges
Prévélakis nous avait déjà habitués à des ouvrages iconoclastes de qualité sur
la Grèce et les Balkans. Esprit libre, il n’a jamais hésité à aller à
contre-courant des idées reçues, voire de la pensée unique. Cette fois, il
publie un nouvel essai brillant, en revenant à ses premières amours. En effet,
l’homme est urbaniste et architecte de formation.
Contrairement à la plupart des habitants d’Athènes, l’auteur, Athénien
d’origine, aime sa ville et finit par la faire aimer au détour de neuf
chapitres, divisés en trois parties : la crise urbaine ; centre et périphérie ;
réinventer Athènes.
Qui aurait parié une drachme sur Athènes en 1832. C’était une bourgade habitée
par quelques milliers de bergers albanophones, avec un ancien petit poste
militaire ottoman sans aucune fonction géostratégique. A l’époque, le cœur de
l’hellénisme battait à Constantinople, Smyrne, Salonique, voire Venise,
Bucarest, Jasi, Trébizonde, ou encore Nauplie, Ermoupolis. Mais le nom antique
d’Athènes a forcé sa destinée. La nouvelle Grèce indépendante avait besoin de
repères antiques pour gommer les «souillures» ottomanes, arabes, franques,
albanaises, slaves. Les ingénieurs bavarois ont créé et construit le style
néo-classique qui façonne encore aujourd’hui le centre d’Athènes, comme le baron
Haussmann à Paris, un peu plus tard. Jusqu’après la Seconde Guerre mondiale,
Athènes est restée une jolie petite capitale, avec un climat bon pour les
asthmatiques et les tuberculeux. Après la guerre civile (1946-49),
l’urbanisation illégale de la ville a permis un contrôle politique des nouveaux
arrivants. Ces derniers venaient de la province et avaient été «contaminés» par
l’idéologie progressiste des partisans communistes antifascistes.
Georges Prévélakis explique bien comment l’urbanisation a permis de
contrôler cette population potentiellement dangereuse. Une fois assimilée, elle
n’a plus voulu ou pu renverser le pouvoir. Bien au contraire, la dictature des
colonels (1967-74) a accentué le phénomène de construction et d’enrichissement
immobilier. Les Athéniens de souche ont quitté le centre-ville pour les
banlieues plus aérées. C’est alors que les problèmes de transport sont devenus
quasiment insolubles.
Arrivés au pouvoir en 1981, les socialistes ont annoncé qu’ils allaient
décongestionner la ville et la rendre plus humaine. Mais d’après l’auteur ils
n’ont rien fait, clientélisme urbain oblige. Les grands travaux, en grande
partie financés par Bruxelles, ont pris du retard. Le nouveau métro date de 2000
et l’aéroport de Spata ne sera ouvert qu’en 2002. Bref, Athènes reste une
pétaudière qui, d’après Georges Prévélakis, doit faire face à d’incessantes
attaques de la périphérie qui veut détruire la capitale. Pourtant, cette
confrontation n’est pas aussi simple et le couple centre-périphérie ne peut pas
vivre l’un sans l’autre. L’auteur conclut sur le rôle régional que peut avoir
cette mégalopole de quatre millions d’habitants, la ville la plus peuplée de la
région appartenant à l’Union européenne.
Christophe Chiclet