Note de lecture parue dans le N°37
Kosovo,
Une guerre de gauche ? Editions Golias, 224 pages, 98F |
Kosovo, Une guerre de gauche ? Sous ce titre justement provocateur, Bernard
Ravenel tente de sortir du dilemme dans lequel nous avons été plongés au moment de la
guerre du Kosovo : laisser faire Milosevic contre les Kosovars ou soutenir la guerre de
l'otan contre la Serbie. Il est évident que ce dilemme fut difficile pour beaucoup d'
hommes et de femmes de gauche tant il est vrai "que dans les deux cas on perd une
partie de son humanité".
Dans ce livre courageux et stimulant, Bernard Ravenel s'efforce de trouver les moyens d'un
dépassement de cette alternative piégée. Sa quête est difficile car sa source se
trouve dans une conception de la politique qui me paraît toujours plus invoquée que
pratiquée et qui ne relève pas seulement d'une "crise de la politique".
Ainsi, par exemple, son analyse très lucide des errements de l'Europe en cette période
décisive que furent les années 1991-1992 montre bien à quel point les velléités de
médiation européenne ont rapidement fait long feu pour se terminer en une véritable
"capitulation politique" face aux Etats-Unis. C'est tout le problème
d'une Union européenne ( à 15 et demain à 20, à 25 ou à 30...) qui se montre
structurellement incapable de peser sur des enjeux pourtant vitaux pour elle-même. Dans
cette perspective, il est à craindre que d'autres drames liés à ce "déficit
de la politique" que déplore l'auteur ne nous attendent et sans doute d'abord
au Proche-Orient où l'ue semble ne rien avoir appris de ses échecs passés et continue
d'y symboliser le degré zéro de la politique.
Bien dautres thèmes importants sont abordés avec la même conviction (la question
de la démocratie dans son rapport au nationalisme, en particulier) et font de ce livre un
moment de réflexion particulièrement précieux.
Jean-Paul Chagnollaud