Note de lecture parue dans le N°39
A
contre-courant : Jean Sprecher Editions Bouchene, Paris 2000, 197 pages |
La population européenne de lAlgérie coloniale nétait pas constituée
uniquement dindividus réactionnaires et bornés. Une petite minorité se
singularisait en sexprimant à «contre-courant». Louvrage de Jean Sprecher
décrit les prises de conscience et les actes dun groupe détudiants qui,
sils nont pas eu une grande influence sur les événements, se sont
manifestés quand ils lont pu et de manière suffisamment courageuse pour sortir du
drame algérien «la tête haute».
Dans un premier temps, lauteur rappelle, entre autres, comment il était clair pour
qui voulait bien sen apercevoir quune coalition dintérêts locaux
faisait la loi sur place. Celle-ci faisait en sorte que les «Français dorigine
algérienne» demeurent des citoyens de seconde zone, et cet état des choses avait
toujours été entériné par le pouvoir politique métropolitain.
Dans une seconde étape, Jean Sprecher, étudiant à Alger pendant la guerre, expose ses
prises de positions et actions au sein dun groupe de jeunes «libéraux et
progressistes» dans un «Comité Etudiant dAction Laïque et Démocratique». Il en
retrace litinéraire jusquà la fin des événements en particulier ceux de
lexode tragique dune communauté, imposé par la bêtise sanguinaire de
loas. Le triste exploit de cette organisation fascisante qui manipulait ou
terrorisait la communauté dorigine européenne a consisté à interdire tout avenir
commun en Algérie.
Avec le recul, et connaissant les problèmes de lAlgérie des années 1990-2000, on
est amené à reconsidérer le cours quaurait pu prendre lHistoire, si une
proportion bien plus importante dEuropéens dorigine avait pu demeurer sur
cette terre. Un des autres étudiants qui intervient dans lannexe de louvrage,
Antoine Blanca, avoue avoir rêvé dune nouvelle Andalousie où auraient cohabité
de manière fructueuse plusieurs communautés, plusieurs cultures, plusieurs religions,
rappelant que lAndalousie du Moyen Age était la région la plus riche
dEurope. Cest ce modèle de société pluriculturelle que lon souhaite
à la Méditerranée du XXIe siècle, chaque fois que lon intervient dans les
colonnes de Confluences Méditerranées.
Pierre Grou