Note de lecture parue dans le N°40
Une
drôle de justice : Sylvie Thénault La Découverte, Paris, 2001, 347 pages, 150 F |
La publication de la belle thèse de Sylvie Thénault tombe à pic en ce temps de
remue-ménage dont la guerre dAlgérie est lobjet. Avec la tranquille
assurance des vrais savants, recoupant une foule de documents inédits implacables et
dinterviews de témoins, cette jeune historienne montre comment, dans une guerre
cruelle que le pouvoir français refusait de considérer comme telle, les combattants
algériens furent traités en criminels par une justice qui accepta de jouer le jeu de
lordre militaire colonial dans son paroxysme. A lexception de quelques
magistrats dont le procureur général Reliquet à Alger, limogé par Michel Debré
en 1958, lappareil judiciaire français accepta sans grands états
dâme, quand ce ne fut pas avec complaisance, son effacement et se rendit coupable
dun déni de justice permanent.
On comprend que, dans ces conditions, la torture fut érigée en système et que
limpunité ait été conférée à tous les soldats français quoi quils
fissent. A vrai dire, dénis de justice et tortures furent le bouquet final dune
période coloniale où régnèrent en permanence la discrimination et le non-droit. Sur
198 condamnés à mort guillotinés pendant la guerre dAlgérie, il ny eut
quun Français, le militant communiste Fernand Iveton.
La période gaullienne de la guerre, à la fois paracheva la mainmise militaire sur la
justice en Algérie par la création, début 1960, du procureur militaire, et à la fois
traita plus humainement les combattants algériens. Cela moins grâce à un garde de
sceaux Michel Debré quà un autre Edmond Michelet ,
même si les efforts de ce dernier furent loin dêtre tous couronnés de succès.
Les Européens condamnés le furent pour rébellion contre lEtat ; jamais pour actes
de tortures. Ce fut finalement par la liquidation de la guerre que la Vè République
laissa espérer en lavènement dune justice en Algérie. Que cette espérance
nait pas vraiment été tenue dans lAlgérie indépendante est une autre
histoire.
Gilbert Meynier