Géopolitique des mouvements islamistes en Méditerranée Dossier préparé par Jean-Paul Chagnollaud |
Introduction
(N°12, Automne 1994)
Jean-Paul Chagnollaud
(professeur des universités)
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Le fait islamique : "Vers un nouvel espace d'intelligibilité"
Montée et déclin du mouvement islamiste en Tunisie
(N°12, Automne 1994)
Abdelbaki Hermassi
(universitaire)
L'islamisme tunisien est un mouvement d'une vingtaine d'années d'existence. Marginal dans les années 70, il a connu une montée vertigineuse dans les années 80 au point de devenir, après le parti au pouvoir, la seconde force politique du pays. Mais personne ne s'attendait à ce qu'un succès aussi spectaculaire puisse le ramener, comme par effet de balancier, à revenir dans le début des années 90, à la périphérie. Personne ne s'attendait à ce que le mouvement puisse se liquéfier avec autant de facilité.
Les tendances de l'islamisme
en Algérie
(N°12, Automne 1994)
Mohamed Tozy
(universitaire)
L'islamisme algérien se singularise par rapport aux mouvements maghrébins à plus d'un titre: la brièveté de son histoire; l'immédiateté du passage au politique; l'absence d'une filiation doctrinale précise qui permette de le rattacher à des courants spécifiques; la capacité à opérer des syncrétismes insolites entre plusieurs familles d'idées (références à Bennabi, Ibn Badis, Hassan Al Banna_); la rareté d'une production doctrinale autochtone de qualité; la relative faiblesse de la culture religieuse des adeptes (ce qui laisse le sentiment quand on est sur les lieux de culte d'une certaine absence de sérénité ou de religiosité sereine); le fait qu'il soit plus qu'ailleurs le produit direct de la politique de l'Etat depuis l'indépendance. (La précédente édition de Confluences Méditerranée, N°11 Eté 1994, est consacrée à l'ensemble de la situation algérienne, sous le titre "Comprendre l'Algérie").
NB: La version arabe de ce texte a été déjà publiée par la Revue Afaq.
Algérie : les groupes
islamistes armés
(N°12, Automne 1994)
Aïssa Khelladi
(journaliste)
Le GIA (Groupe islamiste armé) s'est formé après l'annulation des élections législatives et la dissolution du Front islamique du salut en 1992. Constitué, à l'origine, par des membres du FIS, passés dans la clandestinité, et d'anciens combattants du maquis en Afghanistan qui ont acquis les techniques de la guerilla dans les rangs de la résistance afghane contre l'armée soviétique, le GIA - à qui sont imputés la plupart des assassinats d'intellectuels algériens et d'étrangers - est considéré comme le mouvement armé islamiste le plus important en Algérie. Mais il n'est pas le seul. Le FIS a créé, il y a quelques mois, sa propre branche armée: l'Armée islamique du salut (AIS), marquant ainsi les divergences qui se manifestent entre ces deux pôles de la mouvance islamiste.
Etat, légitimité religieuse et contestation islamiste au Maroc
(N°12, Automne 1994)
Abderrahim Lamchichi
(universitaire)
Au Maroc - comme dans d'autres pays du Maghreb et du Proche-Orient - l'arrivée massive sur le marché du travail de jeunes diplômés sans qualification et sans réelles perspectives d'avenir, réduits au chômage et à la marginalisation sociale, constitue le terrain privilégié de l'agitation islamiste. Toutefois, en raison du contrôle étroit, par la monarchie, du champ religieux, en raison d'une relative ouverture politique en direction d'une opposition limitée dans ses possibilités de critique mais qui canalise les mécontentements populaires, en raison de la référence constante du pouvoir à la tradition dynastique et à une version ouverte de l'islam, en raison de la tolérance à l'égard du renouveau confrérique et des pratiques religieuses populaires extrêmement variées et d'un jeu makhzénien complexe et subtile qui mêle référence à la tradition et à la modernité, intégration sélective et usure des opposants. Pour toutes ces raisons, la contestation islamiste ne semble pas (pour le moment) inquiéter le régime.
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Libye : Khadafi,
l'islam et les islamistes
(N°12, Automne 1994)
Moncef Djaziri
(universitaire)
A l'instar des autres systèmes politiques du Maghreb, et selon des formes spécifiques, l'islam a toujours occupé une place centrale dans le système politique libyen et ceci dès la création de ce pays. C'est en effet en tant qu'idéologie et moyen symbolique de légitimation du pouvoir politique que l'islam, en tant que système de valeurs, a rempli des fonctions politiques, bien avant l'accession de Kadhafi au pouvoir en 1969.
La résistible ascension du courant islamiste en Egypte
(N°12, Automne 1994)
Hala Mustafa
(universitaire)
Le mouvement islamiste est apparu comme une force importante sur
la scène politique dans le contexte de la transition démocratique qu'a opérée le
régime égyptien au cours des deux dernières décennies. La montée en puissance de ce
courant et la stagnation des partis ou des forces politiques
"démocratiques" - peut être imputée à un certain nombre de facteurs:
- la nature de la culture politique dominante dans la société et la prévalance de la
tradition et des critères religieux, tant pour ce qui concerne les comportements
individuels que les conduites collectives; cette réalité culturelle fait du facteur
religieux l'un des principaux fondements de la légitimité dans la société;
- la culture politique est encore faiblement différenciée et apparaît plus proche de
l'unanimisme culturel caractéristique des organisations et des idéologies
"populistes". En d'autres termes, cette culture est encore loin de respecter les
valeurs individuelles et le pluralisme sur lesquels se fonde la culture politique moderne
des régimes démocratiques.
Ethique et stratégie des islamistes au Liban et en Palestine
(N°12, Automne 1994)
Dalal Bizri
(sociologue)
Interpréter la volonté première, ou l'objectif déclaré des
islamistes arabes est une tâche aisée: qu'ils soient sunnites ou chiites, ils visent la
"réislamisation" des champs public et privé, et légitiment cet objectif par
une action politique se référant aux textes sacrés de l'islam. Toutefois, ni cet
objectif ni son action adjuvante ne gardent la limpidité qu'ils offrent au premier
regard: car plus l'objet islamiste s'approche, plus il parît complexe.
S'il est vrai que ces mouvements se réclament de la même lignée référentielle de
l'interprétation du sacré, de nombreuses ambiguïtés ne cessent pourtant d'exposer tout
observateur attentif à des inquiétudes... Car, abstraction faite du contentieux
sunnite/chiite qui déjà crée au sein de l'islamisme une brèche, les registres de
distanciation à l'intérieur de l'islamisme sont multiples: d'abord entre mouvements
islamistes revendiquant la même légitimation sacrée; ensuite, entre cette légitimation
et les moyens et méthodes adoptés pour l'incarner; et enfin, il existe une
"personnalité" - forte ou faible - des mouvements islamistes de chaque pays
arabe: personnalité marquée par le caractère du pays, ses structures sociales,
l'entité politique à l'intérieur de laquelle le mouvement est né, sa culture, etc.
Intégrisme ou ésotérisme : la fin d'un régime en Syrie ?
(N°12, Automne 1994)
Hassan Karim
(pseudonyme)
Les mouvements islamistes en Syrie ont fait l'objet d'une répression impitoyable en particulier depuis le début des années 80, de la part d'un pouvoir d'Etat entièrement dominé par la communauté alaouite, qui constitue une minorité de la population syrienne, et est, de surcroît, considérée comme issue d'un courant hérétique de l'islam. C'est cette situation singulière qui fait la spécificité du courant islamiste dans ce pays, animé à la fois par la volonté d'instaurer un Etat islamiste et par l'opposition à un pouvoir confisqué par cette minorité.
Tremblement
de terre politique en Turquie
(N°12, Automne 1994)
Jean-Christophe Ploquin
(journaliste)
En s'emparant, lors des élections municipales du 27 mars dernier, des deux plus grandes villes du pays, Istanbul et Ankara, le Refah Partisi (Parti du Bien-être, islamiste) a réussi un coup d'éclat au-delà de ses espérances. Sur les bords du Bosphore, alors que les sondages ne le plaçaient qu'en troisième ou quatrième position, il s'est imposé dans dix-sept des trente-trois mairies d'arrondissements.
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Recherche ennemi désespérément
Les musulmans en
Europe : vers quel modèle d'intégration ?
(N°12, Automne 1994)
Robert Bistolfi
(fonctionnaire à la Communauté Européenne)
En cette fin de siècle, l'effondrement des idéologies séculières de la libération laisse les hommes désemparés, en quête de sens collectif. Tous les grands systèmes sont en crise. A l'Est, sur les décombres du millénarisme communiste, des sociétés déstructurées sont à la recherche de nouvelles raisons de vivre ensemble, et leur démarche redonne souvent vie aux plus vieux mythes fondateurs du groupe. Au Sud immédiat, les espoirs qui avaient accompagné les luttes anti-coloniales, avec les grands élans mobilisateurs du panarabisme et du pan-africanisme, ont laissé la place, dans leur brutale retombée, à des désespérances sociales où s'alimentent tous les extrémismes. A l'Ouest du continent, enfin, le triomphe d'un capitalisme sans rivages met à mal les anciens compromis: les "acquis sociaux" que les social-démocraties avaient su négocier sont progressivement remis en cause, les exclusions croissent, et l'idée même de progrès, d'un progrès dépendant de l'ingéniosité et de la volonté des hommes, cette idée qui avait été confortée par les succès économiques des "trente glorieuses" en est profondément dévalorisée.
Algérie :
l'Etat de droit face au pouvoir ou le mythe interdit
(N°12, Automne 1994)
Al-Hadi Chalabi
(chercheur au GRASC à l'Université d'Oran
auteur de L'Algérie et l'Etat de droit, Ed. Arcantère, Paris, 1989)
L'analyse des multiples aspects de la crise profonde que traverse l'Algérie a fait l'objet de la précédente édition de Confluences Méditerranée ("Comprendre l'Algérie", N°11, Eté 1994). El-Hadi Chalabi poursuit ici cette analyse par une réflexion sur l'Etat de droit face au pouvoir.
| Confluences culturelles |
Espace taurin, espace
méditerranéen
(N°12, Automne 1994)