Dossier préparé par Jean-Paul Chagnollaud |
Paix et sécurité : ce
que les mots veulent dire
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Jean-Paul Chagnollaud
(professeur des Universités)
A une semaine d'intervalle, entre
fin février et début mars, deux séries d'attentats en Israël ont entraîné la mort de
plusieurs dizaines de personnes et blessé gravement des dizaines d'autres.
Ces attentats ont profondément choqué la société israélienne par
leur localisation, en plein coeur de Jérusalem et de Tel Aviv, par leur caractère
répétitif et par leur forme: attentats-suicides dans lesquels un homme se révèle assez
fanatique pour se transformer en bombe humaine.
Cette irruption de violence aveugle fût d'autant plus
éprouvante qu'elle intervint peu de temps après les élections palestiniennes qui
avaient constitué un moment assez exceptionnel puisqu'elles semblaient annoncer une
rassurante normalisation. Dans ce monde depuis si longtemps déchiré et tourmenté, un
acte, ailleurs aussi banal que des élections, prenait soudain une dimension
presqu'exemplaire.
Les Palestiniens en tiraient une profonde satisfaction, les Israéliens
un profond soulagement. Tout cela nourrissait l'espoir d'un avenir moins sombre que tout
ce qui avait été vécu jusqu'à maintenant...
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Plan Drobless (1978) |
Les colonies israéliennes en Cisjordanie
|
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Paix es-tu là?
(N°18, Eté 1996, 6 pages)
Shlomo Elbaz
(Ecrivain)
"A celle qui n'en finit pas..."
Michel Deguy
Cette paix nous fuit. Elle joue à cache-cache avec nous. Elle se joue de
nous. Jeu cruel, mortifère. "Cette paix nous tue!". Ce cri démagogique de la
droite israélienne prend tout son sens littéral. L'horreur semée par les kamikazes
version islamique semble avoir atteint son comble avec les attentats de mars 1996.
Oui, la paix nous fuit. Plus on croit s'en approcher, plus elle s'éloigne. Qu'il est loin
ce jour du 13 septembre 1993, cet instant inouï qui a vu la reconnaissance mutuelle des
deux frères ennemis, concrétisée par l'historique poignée de mains Rabin-Arafat!
L'euphorie a, hélas, cédé la place au désenchantement, au scepticisme. La paix est
véritablement en danger. Elle subit les assauts conjugués des extrémistes des deux
bords, objectivement ligués pour la saborder. Moins de trois ans après Oslo, les plus
optimistes commencent à douter.
Haydar Abdel Shafi, un
démocrate exigeant
(N°18, Eté 1996, 6 pages)
Jean-Paul Chagnollaud
(professeur des Universités)
Haydar Abdel Shafi est un des responsables politiques palestiniens
les plus respectés et les plus écoutés. C'est au moment de la conférence de Madrid où
il dirigeait le délégation palestinienne, que le monde entier fit la connaissance de ce
gentleman palestinien qui, pour l'occasion, avait choisi de porter un très britannique
chapeau melon au lieu du traditionnel keffié qu'il porte le plus souvent lorsqu'il est à
Gaza.
Sa subtilité et son humour tranquille lui avaient permis
d'engager de multiples et fructueux dialogues avec la presse internationale qui
découvrait soudain un Palestinien qui ne ressemblait guère à l'image classique qu'on
s'en faisait habituellement.
Ses talents de négociateur furent aussi très largement
appréciés et redoutés pendant les vingt-deux mois où il anima les débats à la tête
de la délégation.
Agé aujourd'hui de 75 ans, il est l'une des rares personnalités indépendantes à avoir
été élu (très facilement) au Conseil législatif palestinien. Il a même souhaité
être candidat à la présidence face au candidat officiel Ahmed Qrei alors qu'il savait
n'avoir aucune chance, mais il voulait montrer "qu'il existe d'autres voix dans le
Conseil". Cela,lui a permis de constater qu'un tiers environ des 88 membres
n'étaient pas sur la ligne dominante du Fatah. Et de fait aujourd'hui, il est une des
rares personnalités à pouvoir vraiment se faire entendre face à Yasser Arafat et son
imposante majorité.
Les attentats ne pardonnent
jamais
(N°18, Eté 1996, 8 pages)
Entretien avec Yehuda Lancry
conduit à Tel Aviv par Jean-Paul Chagnollaud
Yehuda Lancry était, il y encore quelques mois, ambassadeur d'Israël à
Paris. Aujourd'hui, il assume d'importantes fonctions politiques aux côtés de David
Lévy qui, après avoir quitté le Likoud, dirige un parti politique au nom très
symbolique: Le pont. Cette formation a fait alliance avec le Likoud dans la perspective
des élections législatives de mai 1996.
Les fruits de la paix
ou du désespoir?
(N°18, Eté 1996, 6 pages)
Entretien avec Bronstein Ofer
conduit à Tel Aviv par Jean-Paul Chagnollaud
Ofer Bronstein est président du Centre international pour la paix dont le
siège est à Tel Aviv. Quelques jours après les attentats qui ont eu lieu à Jérusalem
et à Tel Aviv (les 3 et 4 mars 1996), il donne son point de vue sur la situation
politique. L'entretien s'est déroulé à l'intérieur du centre Dizengoff en face duquel
une des bombes a explosé.
Ombres et lumières sur
la paix
(N°18, Eté 1996, 12 pages)
Doris Bensimon
(universitaire, Caen et INALCO,
auteur de Israéliens-Palestiniens, La longue marche vers la paix,
1995, éd. L'Harmattan, coll. Les Cahiers de Confluences)
En cette fin du XXème siècle, la marche de l'Histoire s'est
emballée. La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, la guerre du Golfe de 1990/1991,
l'éclatement de l'Union soviétique ont des répercussions géopolitiques dans lesquelles
s'inscrit le processus de paix au Proche-Orient amorcé lors de la conférence de paix
réunie à Madrid en octobre 1991.
Dans un récent ouvrage nous avons analysé l'évolution et la lutte entre les
peuples israélien et palestinien ainsi que leur rencontre depuis la fin des années 1980.
Dans les pages qui suivent, nous essayons de mettre en perspective les avancées de ce
processus et ses difficultés.
Contrairement à notre livre qui s'inscrit dans la durée historique, cet article se
limite à la période marquée par les gouvernements de la gauche israélienne qui ont
conduit, de juin 1992 à juin 1996, les négociations avec les Palestiniens et les Etats
arabes. En quatre ans, grâce au courage de quelques dirigeants politiques et de leurs
équipes, le Proche-Orient s'est orienté vers la paix. Du chemin a été parcouru, mais
il est semé d'obstacles. Le processus de paix n'est pas encore la paix.
Le vote serein des
Palestiniens
(N°18, Eté 1996, 6 pages)
Jean-Christophe Ploquin
(journaliste)
Les élections palestiniennes du 20 janvier 1996 ont été un
succès pour Yasser Arafat. Acte patriotique, elles ont aussi symbolisé le rêve
d'indépendance des habitants de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza.
L'échiquier
politique palestinien après les élections
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Ali Jarbawi
(professeur à l' Université de Bir Zeit)
(Traduit de l'anglais par Bénédicte Muller et Jean-Paul Chagnollaud)
Les élections pour la présidence de l'Autorité nationale
palestinienne (ANP) et le Conseil législatif palestinien, ont eu une issue plutôt
satisfaisante, avec l'élection de Yasser Arafat comme président à une écrasante
majorité. C'est aussi la première fois qu'un conseil palestinien représentatif est élu
en Palestine. Cet événement a des implications politiques profondes, notamment en raison
du taux élevé de participation (+ de 70% en Cisjordanie et 80% à Gaza) malgré l'appel
de l'opposition au boycott.
Les réfugiés
palestiniens à l'épreuve du réglement de paix
(N°18, Eté 1996, 6 pages)
Bassma Kodmani-Darwish
(universitaire et Maître de recherches à l'IFRI)
Le phénomène de diaspora se généralise et devient
un thème de recherche en soi, sur un plan à la fois théorique et pratique. Ce n'est
probablement pas une coïncidence si son étude a commencé à se développer au cours des
années 80 parallèlement au débat autour du succès limité ou de l'échec relatif des
politiques d'assimilation pratiquées par un certain nombre de pays qui sont
ou ont été, à une certaine époque de leur histoire des pays de
forte immigration. Il n'est pas étranger non plus à l'engouement qui se manifeste pour
l'étude du multiculturalisme.
Souvent pourtant, il ne s'agit pas tant de l'apparition de nouvelles communautés que
d'une nouvelle appellation donnée à des communautés déjà installées dans divers pays
et d'une volonté de trouver à la situation de celles-ci une rationalité positive.
Les camps et les réfugiés palestiniens immatriculés à l'UNRWA (juin 1999)
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Le retour des
Palestiniens : faux débats et vraie question
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Ramdane Babadgi
(maître de Conférences à l'Université Paris 7-Denis Diderot)
Les négociateurs des accords intérimaires
israélo-palestiniens ont visiblement misé sur la création d'une dynamique de paix
qu'engendrerait un accord sur les questions les moins controversées; ils ont, de ce fait,
laissé aux négociations finales les dossiers les plus épineux en espérant que la
dynamique ainsi créée en gommerait les aspérités.
C'est ce qui semble s'être produit du moins jusqu'aux attentats commis par la mouvement
Hamas début mars 1996. Parmi les dossiers les plus difficiles encore à traiter, figure
sans conteste la question du droit au retour des Palestiniens ou, selon une autre
formulation, la question dite des réfugiés.
Les Juifs religieux
d'Israël et le processus de paix
(N°18, Eté 1996, 12 pages)
Martine Timsit
(chercheur)
Assassinat d'Itzhak Rabin par un jeune juif prétendant agir
"au nom de Dieu"; attentats sanglants perpétrés par des kamikazes islamistes
à Jérusalem et Tel Aviv; Shimon Pérès conspué par une foule en calottes, scandant des
slogans favorables à Baruch Goldstein (responsable de la mort de vingt-neuf Palestiniens
en prière au caveau des Patriarches à Hébron) et Ygal Amir (le meurtrier d'Itzhak
Rabin): c'est bien dans le camp des religieux, juifs ou musulmans, que le processus de
paix affronte ses adversaires les plus farouches.
Tout en s'affirmant ennemis jurés, les extrémistes religieux des deux bords poursuivent
un objectif commun: l'arrêt de négociations pouvant conduire à la division de la Terre
Sainte, qui ne pourrait être soit qu'exclusivement musulmane, soit qu'exclusivement
juive.
Ils agissent ainsi en fonction d'une même logique absolutiste, rendant inacceptable
l'idée d'un compromis sur une cause proclamée "sacrée".
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L'eau au coeur des négociations
(N°18, Eté 1996, 8 pages)
Christian Chesnot
(rédacteur en chef d'Hydroplus, magazine international de l'eau
auteur de La Bataille de l'eau au Proche Orient, éditions L'Harmattan,
1993)
Ce n'est pas un hasard si Israéliens et Palestiniens ont placé la
question du partage de l'eau dans le cadre des négociations qui devraient s'ouvrir,
après les élections législatives israéliennes, sur le statut final des territoires
occupés. Placée au même rang que celle de Jérusalem, des réfugiés et des colonies
juives, la question de l'eau conditionne le développement économique et social d'Israël
mais surtout de l'entité palestinienne.
Avec des ressources hydrauliques qui diminuent un peu partout dans la
région, les négociations sur l'eau risquent d'être longues et particulièrement
compliquées, car leurs enjeux sont multiples: politique, économique, social et
environnemental.
Le bassin du Jourdain
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Les défis stratégiques de
l'après-paix
(N°18, Eté 1996, 8 pages)
Rami Khoury
(chercheur à Amman, Jordanie)
Après l'aboutissement heureux du processus de paix arabo-israélien qui
semble se dessiner pour la prochaine décade, la plupart des Etats du Proche-Orient auront
à affronter des défis stratégiques qui ont été généralement mis de côté depuis
les années 50, notamment en raison de la conjugaison de quatre facteurs: la nouveauté
des indépendances, le conflit arabo-israélien, la Guerre froide et l'émergence
d'économies dépendantes du pétrole.
A mesure que l'impact de ces quatre facteurs se dissipait, la plupart des Etats du
Proche-Orient ont repris leur évolution historique qui était plus ou moins freinée vers
les années 50, excepté le développement matériel qui était une conséquence naturelle
de la croissance démographique, à savoir la construction de logements, de routes,
d'écoles, ce qui n'a pas produit beaucoup d'espaces culturels et politiques locaux qui
permettent à une société ou à un individu de s'accomplir.
La plupart des sociétés proche-orientales ont commencé à affronter des défis
politiques, environnementaux, sociaux et économiques qui sont à la fois gigantesques
dans leur échelle et presque cruciaux dans leurs implications.
Je vais aborder les principales questions stratégiques en cause dans l'après-processus
de paix au Proche-Orient, c'est-à-dire dans les Etats arabes et en Israël, encore que
les mêmes particularités s'appliquent à deux autres acteurs régionaux importants:
l'Iran et la Turquie.
La politique américaine
au Proche-Orient
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Roger Heacock
(professeur d'Histoire à l'Université de Bir Zeit, Palestine)
S'il existe un lieu commun concernant la région proche-orientale, c'est que les Etats-Unis soutiennent Israël. Cette vérité est encore plus criante durant les années Clinton. Ce dernier n'a jamais cessé d'affirmer son attachement tout particulier à Israël, en tant qu'Etat et en tant que peuple. Cet attachement est encore plus apparent en ce qui concerne l'équipe travailliste de Pérès, et, avant lui, de Rabin.
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Israël, futur
gendarme nucléaire au Proche-Orient ?
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Bernard Ravenel
(historien)
En ne signant pas le Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP) à
l'issue de la Conférence qui s'est achevée à New York le 12 mai 1995 et qui était
consacrée à la révision et à la prorogation du TNP, Israël, seul Etat non membre du
TNP à avoir construit une force nucléaire dotée d'un nombre consistant de têtes
devenant de fait la sixième puissance nucléaire mondiale derrière les cinq membres du
Conseil de Sécurité pose le double problème de l'avenir de son rôle
stratégique et de celui de la prolifération nucléaire dans la zone la plus sensible du
monde.
Des développements potentiellement critiques sont en effet possibles
dans cette région, soit sous forme d'augmentation du potentiel nucléaire d'un Etat
crypto-nucléaire ou Etat "de seuil" (Israël), soit par la constitution de
nouveaux Etats nucléaires (Irak, Iran).
Israël, la Syrie
et le Liban
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Joseph Maila
(universitaire, Faculté catholique de Paris)
Au fur et à mesure que se prolonge la négociation au Proche-Orient, le
processus de paix israélo-arabe apparaît différencié, évolutif, contraint de
s'adapter à tous les cas de figure bilatéraux. Le cadre juridique global, mis en place
par la Conférence de Madrid le 30 octobre 1991, reste un socle pour des trajectoires
spécifiques. Il pose les principes du règlement politique du contentieux israélo-arabe,
à savoir les résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité, dont la formule dérivée:
"la paix contre les territoires", dessine l'horizon de la négociation et fixe
les termes de l'échange générateur de paix.
Toutefois, la généralité des propositions de principe doit être
modulée aux conditions réelles de la négociation, en particulier au rôle spécifique
des États-Unis et à la conception israélienne de la solution du problème
israélo-arabe, si l'on veut véritablement prendre la mesure des changements induits par
l'ouverture des pourparlers de paix.
L'adieu aux armes
(N°18, Eté 1996, 8 pages)
Christophe Chiclet
( journaliste)
De la fin des années soixante au milieu des années
quatre-vingt, le marxisme-léninisme lié au nationalisme arabe et au mouvement de
libération de la Palestine a donné naissance à une génération d'adeptes de la lutte
armée et du terrorisme. La plupart des groupes ayant recours à la violence sont
composés de militants moyen-orientaux.
Ce mode de combat a déteint sur d'autres groupes et attiré des
éléments venus d'autres pays. Les Arméniens de l'Asala et le groupe Carlos
représentent bien la force de l'attirance du terrorisme moyen-oriental. Avec la
disparition du marxisme-léninisme, la fin du bloc de l'Est et le processus de paix en
Méditerranée orientale, l'heure est aux adieux aux armes pour cette génération.
Si les Palestiniens militarisés ont la possibilité de se reconvertir
dans la construction de leur pays, le sort de l'Asala et du groupe Carlos est pathétique,
frisant parfois le ridicule.
"Ces gens-là ne sont pas
comme nous..."
(N°18, Eté 1996, 8 pages)
Une nouvelle de Régine Dhoquois-Cohen
(universitaire, Paris VII)
Afif débarqua à Paris en provenance de Stockholm à 10 h du
matin. Il était fatigué. Il venait de participer en tant que membre de la délégation
palestinienne à une semaine de négociations,grotesques à Montréal, avec des
Israéliens,qui refusaient de faire un pas sur les problèmes de l'eau en Palestine; puis
il avait passé deux jours en Suède à traîner de meeting en meeting et à jouer son
rôle "d'interlocuteur palestinien privilégié de la communauté juive."
Il sentit une,nouvelle douleur dans son dos. Il ne rajeunissait pas. Il
faisait chaud dans cette ville. Il espérait que quelqu'un l'attendrait à l'aéroport.
Tout cela avait été très mal organisé. Il devait parler encore et toujours de la
paix,entre Israéliens et,Palestiniens, mais il n'avait aucune indication ni sur ses
interlocuteurs, ni sur le lieu ni même sur le thème exact de cette rencontre...
Actuel |
L'immigration en Europe
: le filet dérivant
(N°18, Eté 1996, 10 pages)
Paul Oriol
(auteur de Météques ou citoyens, Syros, 1985
Les immigrés devant les urnes, Ciemi-L'Harmattan, 1992)
La fermeture des frontières est, depuis les années 70, la
caractéristique essentielle de la politique des différents pays européens. Dans le
même temps, l'Union européenne veut instituer un espace européen sans frontière. Cela
conduit à l'élaboration en commun d'une politique "des frontières
extérieures" dont le but est d'assurer un filet protecteur face à l'immigration, de
tenir éloignés les ressortissants des pays tiers.
En France, cette politique a été préconisée en premier par
l'extrême droite ("Halte à l'immigration sauvage") et reste sous son
influence. Son inefficacité quant au but proclamé et la surenchère à laquelle elle est
soumise amènent, périodiquement, de nouvelles mesures toujours plus répressives qui
mettent en question des droits considérés jusqu'ici comme fondamentaux: en 1993, la
France a accueilli 27 564 demandeurs d'asile bien moins que la Suède (37 581) ou les Pays
Bas (35 399), quelques uns de plus que la Belgique (26 883) tandis que l'Allemagne en
recevait 322 599 . Et il serait indécent de donner, en comparaison, le nombre de
réfugiés dans certains pays du tiers monde.
Jordanie : la démocratie en recul
(N°18, Eté 1996, 12 pages)
Louis-Jean Duclos
(chercheur , CERI-FNSP, Paris)
La Jordanie reste un enfant chéri de l'Occident. On ne
saurait que s'en réjouir, comme d'une présomption de bonne conduite. C'est aussi, à
défaut d'arguments plus matériels, l'assurance d'une sollicitude financière
particulière qu'on ne saurait refuser à la légère à aucun pays en développement.
On crédite aussi la monarchie jordanienne d'un attachement plus que
cinquantenaire aux valeurs de la démocratie parlementaire. C'est pourquoi les diplomaties
alignées à l'Ouest se sont réjouies qu'une longue parenthèse non-démocratique,
remontant en fait à 1957, année de l'interdiction de tous les partis, aggravée en 1967
par la proclamation de l'état de siège consécutive à,la guerre de 1967, allait, en
1989, prendre fin.
De fait une nouvelle expérience politique aux aspects
incontestablement démocratiques se développe jusqu'en 1992. Un certain retour aux
manipulations autoritaires semble à nouveau de mise.
Turquie : le pouvoir échappe aux
islamistes
(N°18, Eté 1996, 2 pages)
Jean-Christophe Ploquin
(journaliste)
Les islamistes sont finalement restés dans l'opposition au parlement
d'Ankara. Trois mois de tractations mouvementées n'ont pas permis au Refah partisi (Parti
de la prospérité), la formation islamiste turque, d'entrer au gouvernement pour la
première fois de son histoire. Necmettin Erbakan, son populaire président, y a pourtant
cru, l'espace d'une semaine, à la mi-février.
Un projet d'alliance avec le Parti de la mère patrie (Anap), l'une des
deux formations de la droite classique, ne semblait plus buter que sur la répartition de
deux ministères. Mais le leader de l'Anap, Mesut Yilmaz, a finalement renversé la vapeur
et préféré un accord avec Tansu Ciller, Premier ministre sortante et leader du Parti de
la juste voie (Dyp), le second parti conservateur turc.
L'imbroglio s'était noué le 24 décembre lors d'élections
législatives anticipées. Le Refah partisi est arrivé en tête, pour la première fois
de son histoire , avec 21,3% des voix et 158 sièges sur 550. L'Anap suivait avec
19,7% des suffrages et 133 députés, puis le DYP (19,2%, 135 sièges) et les deux
principaux partis sociaux-démocrates: le Parti de la gauche démocratique de Bülent
Ecevit (14,6%, 75 députés) et le Parti républicain du peuple de Deniz Baykal (10,7%, 49
députés).