Confluences Méditerranée                                       N°19                 Automne 1996

 


Passions Franco-Algériennes

Dossier préparé par Saïda Rahal-Sidhoum et Bernard Ravenel

 

Mémoire, histoire et politique
(N°19, Automne 1996,  3 pages)

Bernard Ravenel

"Les rapports franco-algériens se sont noués dans la vilence, l'imposition d'un système colonial, et par une guerre de sept ans qui a permis l'accession de l'Algérie à l'indépendance. Voilà pourquoi, trente ans après, le temps n'a pas pu apaiser les passions."
C'est ainsi que Benjamin Stora entame la conclusion de son travail d'historien consacré à la guerre d'Algérie, La gangrène et l'oubli.
Tant il est vrai que la France et l'Algérie comme Etats, comme gouvernements, comme sociétés ne parviennent toujours pas à établir des relations fondées sur une histoire assumée. Tant la tension passionnelle due à une colonisation spécifique, longue et marquée par la violence rend difficile jusqu'à présent toute approche sereine.

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Au cœur des passions
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Saïda Rahal-Sidhoum
(chercheur)

    "Je ne suis pas maître de mon cœur plus qu'il n'est possible.
Plus qu'il ne faut, comme en rêve s'élargit le délire poétique
la boule de mon cœur est devenue énorme, masse d'amour masse de haine
."
Maïakovski

   La passion du latin passio, passionis (souffrance, affection, maladie) se définit comme une émotion puissante qui domine la raison. Le dictionnaire de la langue française nous dit que c'est un état affectif dont l'individu n'est pas le maître, que cette tendance affective, dominante et durable, en arrive à dominer toute la vie morale et intellectuelle du sujet.

Peut-on définir autrement nombre de relations franco-algérienne? Le plus caractéristique de ces relations est peut-être la place qui est réservée au passé commun: occulté de l'histoire écrite, il infiltre l'intellect comme l'affect pour gauchir le présent. Nulle action de part et d'autre de la Méditerranée ne semble y échapper: que des Français, moines ou non, soient assassinés en Algérie, c'est inadmissible au même titre que sont inadmissibles les morts d'Algériens. Ce n'est pas plus indicible. Ce n'est pas la première fois que des Français résidant à l'étranger sont victimes des événements en cours; mais c'est bien la première fois que des ministres de la République en exercice, que des chefs de partis politiques, des représentants religieux manifestent dans la rue, ce qui habituellement est le lot des sans-pouvoirs. Ils ont des moyens bien plus efficaces d'exprimer leur condamnation de cet acte; ce rassemblement est une action d'autant plus symbolique que le Front National venait de scander dans les rues parisiennes sa haine des Algériens — les Arabes disent-ils — son dégoût de l'Islam. Voici une des sources de la passion, le prétexte de se haïr: l'Islam.

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FRANCE-ALGERIE

Assumer l'histoire commune
(N°19, Automne 1996,  12 pages)

Jean-Robert Henry
(directeur de recherches à l’Iremam, Aix-en-Provence)

     Mai 1996: l’assassinat, après deux mois d’espoirs, des sept trappistes français consomme en apparence la rupture des derniers liens hors du commun caractérisant la relation franco-algérienne. Après les autres meurtres visant la communauté chrétienne d’Algérie, il confirme que le dialogue religieux, même réduit à une cohabitation muette, n’est plus, dans cette seconde guerre d’Algérie, l’espace préservé qu’il avait été constamment durant la première. Comme le répètent avec insistance les responsables français, il n’y aurait plus pour les derniers résidents français en Algérie — dont la présence n’est pas indispensable —qu’à partir au plus vite, c’est-à-dire à opter, de façon très concrète, entre la valise et le cercueil, réalisant ainsi le scénario catastrophe de 1962, que la mise en œuvre de la coopération avait réussi à dépasser. Aujourd’hui, il ne paraît plus y avoir de futur commun à espérer et de page nouvelle à ouvrir; la relation entre les deux pays et les deux sociétés semble en revenir aux temps barbaresques, refoulant aux oubliettes près de deux siècles d’histoire et le mythe colonial — et en partie post-colonial — d’un destin lié franco-algérien.

Mais cet événement peut aussi être lu sous un autre éclairage, comme étant, au contraire, le signe du maintien d’une relation exceptionnelle entre les deux sociétés.

 

 

ISLAM-EUROPE

Une répulsion et une fascination séculaires
(N°19, Automne 1996,  8 pages)

Brahim Younessi
(journaliste, proche du FIS)

    La relation de l'islam avec l'Europe n'est ni nouvelle ni récente. Elle remonte à fort longtemps. Un siècle à peine après la naissance de la religion musulmane en Arabie, le monde de l'Islam remplace partout le puissant empire de Byzance et contrôle tout le pourtour méditerranéen.

 

 

Femmes dans la tourmente coloniale
(N°19, Automne 1996,  14 pages)

Naïma Kitouni-Dahmani
(universitaire algérienne)

     "Gagner les musulmanes à la civilisation française pour assurer sa pérennité" ou "les tenir hors du champ de l'invasion coloniale pour préserver l'être algérien": deux stratégies au cœur d'un conflit sanglant où le corps et l'âme des femmes impriment au cours de l'histoire son mouvement.

 

 

France-Algérie, la passion toujours...
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Georges Morin
(universitaire)

    Régulièrement, depuis l'indépendance de l'Algérie, les responsables français relancent, à grand renfort de séminaires et de notes savantes, la question de savoir comment normaliser enfin les relations franco-algériennes "trop souvent marquées par la passion". C'est bien l'excès qui semble, en effet, amplifier en permanence les sentiments profonds ou les réactions épidermiques qui font la trame de nos relations.

 

 

L'Algérie et la langue française : l'altérité partagée
(N°19, Automne 1996,  10 pages)

Rabeh Sebaa
(universitaire à l'université d’Oran)

    Trop souvent réduite aux intentions ou aux prétentions des pouvoirs politiques successifs en Algérie, la question de la place de la langue française dans la société algérienne, réapparaît alternativement en se re-chargeant de contenus, de significations ou de symboles en fonction des conjonctures, des intérêts ou des enjeux.

 

 

Islam, arabisation et francophonie :
une interface possible à l'interrogation "Algérie-France-Islam"?
(N°19, Automne 1996,  8 pages)

Ahmed Moatassime
(chercheur au CNRS/IEDES à l'université Paris I)

    Quel rapport y a-t-il en fait entre Islam et arabisation dans le monde arabo-islamique? Quel en est la dimension maghrébine et son rapport à la francophonie? Enfin y a-t-il une "exception algérienne"? Telles sont les questions auxquelles Ahmed Moatassime tente de répondre, avant de s'interroger sur l'interface possible.

 

 

Le mariage avec les étrangères en Algérie à la fin des années 70
(N°19, Automne 1996,  8 pages)

Gilbert Meynier
(professeur d’histoire contemporaine à l’université de Nancy II)

    "Le mariage avec des étrangères est un phénomène pathologique de notre société actuelle, c'est une innovation blâmable (bid'a) qui est devenue un signe distinctif de l'homme moderne"
Ce texte de Z. Wanisi de janvier 1978 est un exemple représentatif de cette littérature normative produite par un "intellectuel" fondamentaliste sur le mariage des musulmans avec des non-musulmanes tiré de la revue officielle Al-Asala à la fin de l'époque Boumediène. Il est caractéristique de la culture de l'"authenticité" qui fleurit à cette époque, encouragée par le pouvoir.

 

 

Les enfants de l'immigration : Etrangers deux rives?
(N°19, Automne 1996,  12 pages)

Entretien avec Hamida Bensalia

     Hamida Bensalia est née en France en 1961 de parents algériens. Son père est arrivé en France en 1945, à la fin de la guerre, à l'âge de dix-huit ans; sa mère en 1957, à l'âge de trente-cinq ans, avec deux enfants déjà nés. Comme des milliers d'enfants d'immigrés nés en France, Hamida a vécu son enfance entre ses deux cultures: l'algérienne dans l'espace privé, la française dans l'espace public. Deux mondes qui se côtoyaient en s'ignorant, mais son monde à elle était celui de tous les adolescents de son âge: celui des études, des rêves, des joies, des amitiés…
Hamida connaîtra une première déchirure à l'âge de 16 ans lorsqu'elle part vivre en Algérie aux côtés de son époux. Treize ans après, une deuxième déchirure: à son retour en France, elle est rejetée par le pays qu'elle croyait être le sien. Est-elle algérienne ou Française? Elle raconte sa quête d'elle-même à travers un parcours chargé de difficultés et de souffrances.

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La convention relative aux enfants franco-algériens :
au-delà des mots, des représentations
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Saïda Rahal-Sidhoum
(chercheur)

     "Probablement parce qu'il s'enracine dans le passé colonial, mais aussi en raison de sa contiguïté avec les problèmes d'immigration/émigration, le mixte franco-algérien, tel que les conventions ont tenté de le formuler se révèle à la fois fragile et ambigu." 
Il en est ainsi de l'accord relatif à la garde et à la libre circulation transfrontière des enfants issus de couples franco-algériens séparés.
Souvenons-nous du contexte de son émergence. Une affaire dite "des mères d'Alger" est publiquement posée dans les années 80. En 1984 est prévu un "bateau pour Alger" sur lequel doivent embarquer des Françaises, des Algériennes, des Françaises d'origine algérienne dont les enfants sont retenus par leurs pères en Algérie refusant selon le cas d'accepter le droit de visite ou de remettre l'enfant à la mère résidant en France et qui en a la garde. Bien que cette action vise essentiellement à faire pression sur les autorités algériennes, quelques Algériennes militant en Algérie pour la cause des femmes, sont prêtes à les accueillir et à soutenir ces passagères particulières. Les "mères d'Alger" n'embarquèrent pas. Elles furent en vain attendues à Alger. Ce sont des militantes féministes parisiennes, notamment de l'association "SOS enfants enlevés" qui prirent le leadership du mouvement.

 

 

Disparition de deux hybrides culturels
(Jean Amrouche et Moulour Ferraoun)
(N°19, Automne 1996,  12 pages)

Claude Liauzu
(professeur à l’université de Paris VII)

     Entreprendre une comparaison entre Jean Amrouche et Mouloud Feraoun, deux hybrides culturels produits par les métissages franco-algériens, n’aurait pas grand sens, tant leurs personnalités et leurs œuvres sont différentes. Tout distingue ces deux "hommes frontières", le premier écartelé, écorché vif par sa double appartenance, l’autre ne vivant pas comme un drame, au contraire, son métissage culturel. Au lyrisme des chants désespérés de l’un répond le réalisme ethnologique des descriptions de l’Algérie, au tragique de Amrouche l’ironie voltairienne de Feraoun.

 

 

Mon Désorient
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Danièle Maoudj
(écrivain)

    "A l'heure où j'écris ces lignes, je ressasse de moins en moins les hasards de la fureur de l'Histoire. Plus tranquille avec moi-même sans avoir toutefois perdu ma capacité de m'insurger, je comprends mieux les clameurs simplificatrices des autres." Ainsi débute ce témoignage de Danièle Maoudj, issue d'un métissage franco-algérien et qui vit en Corse où elle anime le festival de cinéma méditerranéen de Bastia.

 

 

"J'ai quitté Chebab..."
(N°19, Automne 1996,  4 pages)

Michèle Zémor

    Michèle Zemor  a quitté l'Algérie sans déchirement alors que cette guerre n'était pas terminée. Son projet principal vers dix-sept ans était d'aller vivre à Paris pour être "libre". Elle est actuellement Conseillère régionale de l'Ile-de-France.
"Ma famille vivait en Algérie bien avant la colonisation, ils n'étaient pas des colons. De par mon père, je suis d'origine juive berbère, de par ma mère, je descends des juifs d'Espagne qui ont fui au moment de l'Inquisition, ceux-ci avaient une haute idée de leur origine, de leur culture."

 

 

Une passion si présente
(N°19, Automne 1996,  4 pages)

Marie-Christine Aulas-Faure

    Ancienne Députée au Parlement Européen (Groupe des Verts) Marie-Christine Aulas est née en Algérie dont elle est demeurée imprégnée, comme en témoigne cette évocation de sa propre histoire avec l'Algérie.

 

 

Mon voile d'en France
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Emmanuelle Ruhard
(étudiante en maîtrise d'Histoire et présidente de l'association Annadi, le Club des amis du monde arabe de Bordeaux III)

    La violence s'est déversée en Algérie comme une vague. Des deux côtés de la Méditerranée, on a dressé les barricades. Encore une guerre sourde par-dessus la mer et l'histoire. Encore une guerre sans nom, là-bas, ici, entre nous; une pierre jetée sur un édifice de drames. Comme leurs aînés, les jeunes en France reçoivent en plein cœur les échos déchirés d'outre-mer. Ils réactivent des histoires lointaines dont ils ne furent pas les témoins directs. Ils retentissent jusqu'au coin de leur rue, jusqu'au fond des cours de leur lycée, ils éclatent au sein de leur propre famille et de leur ville.

 

 

La guerre d'Algérie : Bilan d'un engagement
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Entretien avec Pierre Vidal-Naquet
(professeur d’université)

    Pierre Vidal-Naquet, historien français engagé pleinement contre la guerre menée par la France en Algérie, analyse avec recul son engagement d'alors  ainsi que le rôle du FNL, la montée actuelle de l'islamisme en Algérie, l'image que se font les Français de ce pays, celle des Harkis...

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Les lettrés et les politiques algériens et la France :
les étapes d'un regard
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Hassan Remaoun
(enseignant-chercheur à l'Université d'Oran et au CRASC)

     A travers les écrits de lettrés et de politiques algériens, une évocation des relations tour à tour pacifiques et conflictuelles.

 

 

Mémoire et histoire de la guerre d’Algérie,
de part et d'autre de la Méditerranée
(N°19, Automne 1996,  12 pages)

Guy Pervillé
(historien et  maître de Conférences à l'Université Bordeaux III)

    Un tiers de siècle après la fin de la guerre d'Algérie, on peut se demander si elle fait partie de l’histoire de la France, ou même si elle a jamais eu lieu. En Algérie, tout au contraire, celle-ci semble avoir recommencé, à moins qu’elle n’ait jamais cessé. D’un côté de la Méditerranée, une absence de mémoire collective, une volonté officielle d’amnésie. De l’autre, une hyper-commémoration obsessionnelle, allant jusqu’à la résurgence du passé dans l’actualité. Ces deux situations opposées sont l’une et l’autre (bien qu’inégalement) défavorables à l’élaboration d’un savoir historique sur cette guerre cruelle. Et pourtant, dans les deux pays, le recours à l’histoire est de plus en plus nécessaire pour aider à en guérir les séquelles et pour éviter d’en répéter les malheurs.

 

 

La France peut-elle penser son rapport avec l'Algérie ?
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Lucile Provost
(auteur de La seconde guerre d'algérie. Le quiproquo franco-algérien, Flammarion)

    La guerre civile qui dure en Algérie depuis 1992 a révélé les difficultés de la France à définir une politique algérienne. Ce n'est pourtant pas un phénomème nouveau. Dès l'indépendance de l'Algérie en 1962, la France y a associénon-ingérence et distance affichées à une importante présence humaine et économique. Le fossé entre le discours et les faits a d'emblée été fondamental.

 

 

Mémoire et histoire

 

Un "modèle" de nettoyage ethnique :
le génocide des Arméniens
(N°19, Automne 1996,  8 pages)

Claude Mutafian
(maître de conférence à l'université Paris XIII)

    La Première Guerre mondiale offrait un cadre rêvé. Le pouvoir dans l'Empire ottoman était alors aux mains d'un triumvirat Jeune Turc, formé des ministres de la marine, Djemal, de la guerre, Enver et de l'intérieur, Talaat. L'instrument qu'ils allaient utiliser pour réaliser le projet de liquidation des Arméniens était tout prêt: l' "Organisation spéciale", formée de repris de justice fraichement libérés des geôles turques. Le plan était savamment élaboré, présenté comme une "déportation" destinée à éloigner "provisoirement" la population arménienne des zones proches du front, afin d'éviter toute collusion avec l'ennemi russe. Après quelques hésitations, les Jeunes Turcs étaient en effet entrés en guerre aux côtés des puissances centrales.
Les soldats arméniens furent désarmés début 1915, après que le parti Tachnag ait refusé la proposition ottomane de soulever contre le régime tsariste la population arménienne de Russie.

 

 

Actuel

 

Perceptions de l'Islam en Espagne
(N°19, Automne 1996,  14 pages)

Gema Martin-Muñoz
(professeur de sociologie du Monde arabe à l'Université Autonome de Madrid)

    Existe-t-il une question islamique en Espagne? ou autrement dit, le fait islamique est-il, de nos jours en Espagne, une réalité suffisamment forte pour éveiller des sensibilités et des courants d'opinion publique? Cette interrogation comporte deux niveaux de réponse selon que nous nous plaçons dans le domaine du réel ou de l'imaginaire: en effet l'écart est tout à fait considérable en fonction de l'un ou l'autre cas. Ainsi, même si l'incidence du fait islamique en Espagne devrait être peu importante compte tenu de la taille de la communauté musulmane; l'attachement à la figure du "Maure" tel qu'il existe dans la mémoire collective des Espagnols, ainsi que le grand impact psychologique des deux phénomènes actuels, à savoir l'immigration maghrébine et l'islamisme, donnent à la question islamique en Espagne une dimension "imaginaire" qui dépasse largement la réalité des chiffres.

 

 

La Macédoine dans la tourmente balkanique
(N°19, Automne 1996,  6 pages)

Entretien avec Kiro Gligorov

    Kiro Gligorov est le premier président de la République indépendante de Macédoine. Né à Stip en 1917, il a fait toute sa carrière politique à Belgrade dans le sérail titiste. Elu président de la République de Macédoine par le parlement en 1991, il a été réélu au suffrage universel en 1994. Le 3 octobre 1995, il a failli périr dans un terrible attentat. Il répond ici aux questions de Christophe Chiclet sur la situation en Macédoine face au contexte mouvant des Balkans.

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Michel Raptis : révolution et Méditerranée
(N°19, Automne 1996, 6  pages)

Christophe Chiclet
(journaliste)

    Michalis Raptis, plus connu sous le pseudonyme de Pablo, fut un des derniers révolutionnaires professionnels. Trotskyste hétérodoxe, globe-trotter de l'agitation, ce militant fait penser à un homme du siècle passé par son côté conspiratif, mais en réalité il fut un pionnier de la modernisation d'une certaine gauche. Pablo fut un des premiers à théoriser l'autogestion mais aussi à s'ouvrir sur le nouveau mouvement social: femmes, minorités sexuelles, prisonniers... Il restera marqué par la Méditerranée qui reste inséparable de son œuvre et de ses pensées. La Grèce et l'Algérie seront ses deux grands amours. Michalis Raptis est décédé le 17 février 1996 à Athènes. Portrait.

 

 

Confluences culturelles

 

La littérature maghrébine de langue française
à l'épreuve du temps
(N°19, Automne 1996,  4 pages)

Yamina Mokaddem
(sémiologue, chargée de mission au Centre culturel algérien à Paris)

    On relève souvent, à juste titre, que le mot "cri" s'inscrit au centre du verbe "écrire", et par là-même, à la naissance de l'acte d'écriture.
Toute écriture, et a fortiori l'écriture maghrébine de langue française qui nous intéresse ici particulièrement, est, en effet, tension. Tension entre deux univers culturellement différents, tension entre deux histoires pourtant intimement liées, tension entre deux langues, l'une maternelle et du "dedans", l'autre, langue du colonisateur et donc langue du "dehors", pour reprendre les expressions d'Assia Djebar.
Cette littérature qui est née, rappelons-le, dans un contexte bien précis, celui de la colonisation et des mouvements de libération nationale, ne cesse aujourd'hui, surtout pour ce qui est de l'Algérie et des écritures de femmes en particulier, de se déployer, occupant une place non négligeable dans l'espace des littératures nationales voire internationales, malgré les perspectives peu encourageantes que de nombreux critiques et idéologues avaient dessinées dès l'accession des pays du Maghreb à leur indépendance.

 

 

Au frère bien-aimé
(N°19, Automne 1996,  9 pages)

Une nouvelle inédite de Leïla Sebbar

    Leïla Sebbar est née en Algérie, d'un père algérien et d'une mère française, tous deux instituteurs. C'est à Aix-en-Provence puis à Paris, où elle vit aujourd'hui, qu'elle poursuit des études supérieures de lettres. Elle centre son travail de recherche sur les représentations du " bon nègre " dans la littérature coloniale du XVIIIè siècle et sur l'éducation des filles au XIXè siècle.
Leïla Sebbar est l'auteur de nombreux essais, nouvelles et romans. Ses livres mettent en scène les croisements d'amour et de violence des rives nord et sud de la Méditerranée, Orient/Occident, Maghreb/France.
Elle notamment publié: On tue les petites filles (Stock, Paris, 1978, épuisé); Le pédophile et la maman (Stock, Paris 1980); Le silence des rives (Stock, Paris, 1993, Prix Kateb Yacine); La jeune fille au balcon, nouvelles (Seuil, 1996); Nouvelles de la guerre d'Algérie, trente ans après, Nouvelles (Le Monde éditions, Paris 1992); Algérie, textes et dessins inédits pour l'Algérie (Le Fennec, Casablanca, 1995).

        "Au bord de la mer, un village de la côte ouest, dans un pays de la Méditerranée. Deux femmes voilées marchent sur le sable. L'une est grande, l'autre petite. On les appelle La grande et La petite."