Confluences Méditerranée                                          N°2            Hiver 1991-92

 


La sécurité en Méditerranée

Dossier préparé par Bernard Ravenel

 

Hommage à Hamadi Essid
(fondateur de Confluences Méditerranée)


Arabe avant tout
(n°2, Hiver 1991-92, 3 pages)

Hala Kodmani
(attachée de presse au Bureau de la Ligue des Etats arabes à Paris)

Rien ne pourrait mieux contenir toutes les dimensions de cet homme que ce qualificatif "intelligent". Mais pour lui qui méprisait tant la banalité et toujours cherchait à l'éviter, je regrette un peu la banalité du terme. Intelligent, il l'était immensément, drôlement, étonnamment... "Être intelligent, écrit Léautaud, c'est comprendre, c'est entendre. Ce n'est pas seulement comprendre les idées, les choses, les faits qui rentrent dans votre tempérament, dans vos habitudes d'esprit... c'est comprendre également les idées, les choses, les faits qui  vous sont différents, contraires, et les plus divers... Être intelligent, c'est après connaître exactement sa propre façon de sentir et de penser, pouvoir encore se prêter à toutes les autres."

 

 

Reconnaître en l'Autre sa propre image
(n°2, Hiver 1991-92, 3 pages)

Théo Klein
(avocat et ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France)

Lorsqu'en janvier 1988, j'ai été opposé à Hamadi Essid dans le duel de Jean-Claude Bourret, je ne savais que deux choses de lui : qu'il était le représentant de la Ligue arabe en France, ce qui, un mois à peine après le déclenchement de l'Intifada, conduisait quelques amis à me déconseiller cet affrontement ; mais aussi qu'il était un homme charmant et mesuré, ce qui avait, justement, incité Jean-Maris, Lefèvre à suggérer ce duel.

 

 

Son départ laisse sur nos cœurs un amas de cendres...
(n°2, Hiver 1991-92, 3 pages)

Mahmoud Darwish
(poète)

Hamadi Essid est passé dans notre vie, plus rapide et plus éblouissant que l'éclat du bonheur. La flamme qu'il a allumée en nous ne s'est éteinte qu'en apparence et son départ brutal laisse sur nos cœurs un amas de cendres, alourdissant davantage notre cœur d'Arabe, déjà lourd, en cette époque qui ne s'est avérée prodigue qu'en ce qui blesse et ce qui tue. Il représentait ce qu'il y a de plus intime en nous, il était l'amitié, le dialogue avec notre propre identité, autant de valeurs que nous subtilisions aux cendres et au vent.

 

 

"Je vais vous dire, en tout franchise"
(n°2, Hiver 1991-92, 8 pages)

Hamadi Essid

Le 3 avril 1991, Hamadi Essid était l'invité de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. Cette audition, peu après la guerre du Golfe, a été l'occasion pour l'ambassadeur délégué permanent de Tunisie auprès de l'Unesco, ancien représentant de la Ligue arabe à Paris, qui voulait être avant le porte-parole des Arabes, de s'exprimer en toute liberté sur de nombreux sujets, en répondant aux questions des sénateurs.
Extraits.

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La sécurité en Méditerranée

 

Mer commune, sécurité commune
(n°2, Hiver 1991-92, 14 pages)

Bernard Ravenel
(professeur à Paris et auteur de Méditerranée : Le Nord contre le Sud ?, Ed. L'Harmattan, 1990)

Évoquer le passé le plus ancien comme l'actualité la plus immédiate en Méditerranée provoque presque spontanément une représentation d'insécurité. Pour un Français, pour un Européen, la Méditerranée c'est d'abord un espace d'affrontement séculaire avec le monde arabo-musulman, c'est le terrorisme, c'est aussi la poudrière balkanique, la mafia sicilienne et ses multiples ramifications européennes.
Plus grave encore, la paix en Méditerranée c'est la pax romana d'hier, la pax americana d'aujourd'hui, comme si la paix dans notre mer intérieure ne pouvait être que le fruit de la contrainte d'une puissance ; comme si en Méditerranée, il ne pouvait y avoir de paix qu'impériale et comme si, par eux-mêmes, les Méditerranéens étaient de moins en moins capables de paix.

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Vers un nouveau concept de sécurité
(n°2, Hiver 1991-92, 18 pages)

Marc Bonnefous
(ambassadeur de France)

Dans le cadre des mesures de désarmement et de confiance concernant l'Europe, ne faut-il pas souligner la spécificité de la Méditerranée occidentale en allant jusqu'à associer les riverains du Sud, et notamment l'UMA, aux négociations ?
La sécurité passe aussi, il ne faut pas l'oublier, par la lutte contre la pollution, un plus juste partage des richesse et une plus grande solidarité entre le Nord et le Sud.

 

 

CSCM : un projet pour la paix
(n°2, Hiver 1991-92, 9 pages)

Pascal Fenaud et Eric Remacle
(chercheurs au Groupe de réflexion sur la paix (GRIP) à Bruxelles)

Les situations de crise suscitent fréquemment des propositions politiques novatrices destinées à répondre aux accélérations de l'Histoire. Ce fut le cas en 1989 et 1990 après la chute du mur de Berlin. Ce pourrait également l'être après la guerre du Golfe qui se révéla être avant tout, pour reprendre les termes de Sami Naïr, une défaite de la Méditerranée. Au-delà des tragédies et des bouleversements politiques qu'égrène l'actualité, un projet s'est en effet fait jour qui pourrait représenter à long terme une dynamique aussi riche que s'avère l'être le processus pan-européen, pour le vieux continent : celui d'une Conférence  pour la Sécurité et la Coopération en Méditerranée et au Moyen-Orient (CSCM). Nous en retracerons ici brièvement l'histoire, évoquerons les conditions politiques nécessaires à sa réalisation et tracerons quelques pistes sur ses potentialités.

 

 

Espagne : une redécouverte de la Méditerranée
(n°2, Hiver 1991-92, 7 pages)

Esther Barbé
(professeur de relations internationales et directrice du Centre d'Etudes sur paix et le développement de l'Université autonome de Barcelone)

L'accélération historique que nous vivons depuis la chute du mur de Berlin, en novembre 1989, ne laisse guère le temps pour réfléchir sur les transformations que connaît le système international en général et les systèmes régionaux - comme celui de la Méditerranée - en particulier. L'époque des après-guerres (d'abord ce fut la guerre froide et ensuite la guerre très chaude dans les sables du désert) que nous vîmes, a amené les politiques extérieures des pays occidentaux à réagir. Dans le cas espagnol, la réaction face aux transformations du système international, a donné lieu à une nouveauté importante : la méditerranéisation du discours international de la diplomatie espagnole. Nous essaierons d'aborder les principales transformations de la politique espagnole en Méditerranée comme conséquence de l'effondrement du système bipolaire en Europe et de l'impact de la guerre du Golfe dans les pays du Maghreb.

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Yougoslavie : un modèle de déstabilisation
(n°2, Hiver 1991-92, 5 pages)

Bernard Dreano
(responsable du Comité français de l'Assemblée européenne des citoyens)

A Vukovar, l'Europe vit un mauvais cauchemar où se mêlent l'écho du coup de feu qui, en 1941 à Sarajevo, mit le feu à la planète et le sentiment que l'affrontement serbo-croate actuel n'est que le prélude à un avenir beaucoup plus catastrophique.
Pendant ce temps là, dans un autre point chaud de la région, à quelques encablures des côtes dalmates, on parle timidement de paix. Un espoir à peine esquissé par une poignée de main israélo-palestinienne à Madrid. Une apparence de calme à Beyrouth.
Beyrouth justement, concentré vivant de la Méditerranée orientale, ravagé par une guerre civile qui fait presque aujourd'hui figure de prototype. Ne parle-t-on pas de "libanisation" des républiques et provinces yougoslaves ?

 

 

Grèce : volonté de détente et perspectives de turbulences
(n°2, Hiver 1991-92, 8 pages)

Kalliope Joséphidès
(vice-présidente de l'Institut Europe-Chypre-Méditerranée de Nicosie)

Entre l'Europe et l'Asie, le monde chrétien et le monde musulman, la Grèce de l'après-guerre froide est située au cœur d'un "arc de crise" formé par les Balkans, la mer Égée et Chypre, et plus exposée que ses partenaires de la Communauté européenne. D'où la nécessité d'assurer une transition vers de nouveaux équilibres.

 

 

Turquie : Rumeli et Anadolu Hisar
(n°2, Hiver 1991-92, 11 pages)

Jean-Marie Demaldent
(maître de conférences à Paris X)

Les idées simplistes sur la Turquie sont monnaie courante en Europe. Les coups d'Etat militaires répétés (1960, 1971, 1980) dans ce pays qui possède la deuxième armée de l'Otan, la sinistre réputation des prisons de Diyarbakir, l'occupation armée du Nord de Chypre, la non-reconnaissance du génocide arménien se combinent, dans l'imaginaire, avec "Midnight express", le cinéma de Yilmaz Güney, le souvenir du "massacre de Chio" ânonné à l'école et l'horreur des "bachi-bouzouks" ravivée par les injures du capitaine Haddock.

 

La fin des stratégies nationales dans le monde arabe
(n°2, Hiver 1991-92, 11 pages)

Burhan Ghalioun
(professeur de sociologie politique à Paris III,
auteur de Le malaise arabe, l'Etat contre la nation, Ed. La Découverte, 1991)

La nature des menaces a changé, de militaires elles sont devenues économiques, politiques, démographiques et sociales. De nouvelles stratégies sont à élaborer pour faire face à ces nouvelles menaces.

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Israël : l'obsession de la sécurité
(n°2, Hiver 1991-92, 10 pages)

Entretiens avec le Général Yeoshua Saguy et le Général Ouri Or
Conduits par Marie-Claude Slick

Marie-Claude Slick a rencontré à Jérusalem les généraux Yeoshua Saguy, expert militaire du Likoud et Ouri Or, expert militaire du Parti travailliste, pour leur demander comment ils voyaient les principes fondamentaux de la sécurité d'Israël.

 

 

Palestine : pas de sécurité sans paix
(n°2, Hiver 1991-92, 4 pages)

Entretien avec Ilan Halévi
Conduit par Bernard Ravenel

Pour Ilan Halévi, représentant de l'OLP auprès de l'Internationale socialiste, "la véritable sécurité n'existe qu'en l'absence de conflit et par le règlement des problèmes grâce à une politique de coopération, fondée sur la réciprocité et l'équilibre des intérêts". Il développe, en réponse aux questions de Bernard Ravenel, la conception de la sécurité pour les Palestiniens.

 

 

Maroc : avis de tempête
(n°2, Hiver 1991-92, 9 pages)

Jean-François Clément
(professeur à Nancy, auteur de plusieurs études sur la Maroc)

Après les changements intervenus à l'Est, l'attention des pays de la rive nord de la Méditerranée, occidentale, jusque là havre de paix, se tourne vers les menaces potentielles que peuvent représenter les pays de la rive sud. Les disparités économiques et démographiques entre les deux rives, les migrations, un développement possible de l'intégrisme peuvent représenter autant de bombes à retardement. Prévoir ces risques devra être un des objectifs majeurs des responsables européens et maghrébins.

 

 

Le conflit israélo-palestinien après Madrid

 

Il nous faut vivre ensemble
(n°2, Hiver 1991-92, 8 pages)

Entretiens avec Yossi Beilin et Ibrahim Dakkak
conduits par Alain Renon

Deux personnalités politiques, l'une israélienne et l'autre palestinienne, favorables au dialogue, évoquent avec Alain Renon, journaliste à RMC, l'avenir de la Palestine après la conférence de Madrid et la perspective de création d'un État palestinien aux côtés d'Israël plus de 44 ans après le plan de partage des Nations unies... Ensemble, elles réfléchissent aux conditions de la nécessaire cohabitation entre les deux peuples.
Yossi Beilin est membre du Parti travailliste israélien, député à la Knesset et conseiller de Shimon Pérès.
Ibrahim Dakkak qui vit à Jérusalem est membre de l'Institut d'Etudes Palestiniennes et fut l'un des "cerveaux" du Comité de coordination nationale dans les années 1970. Il est également membre du Comité directeur de l'Université de Bir Zeit.

 

 

L'enseignement palestinien en danger
(n°2, Hiver 1991-92, 11 pages)

Paul Kessler
(directeur de recherches au CNRS et président du Centre de coopération avec l'Université de Bir Zeit)

Quiconque s'intéresse de près à l'éducation palestinienne est d'abord frappé par l'importance considérable que les Palestiniens, dans leur ensemble, attachent à cette activité. Il y a toujours chez eux un grand respect pour l'éducation ; mais surtout depuis la désastre national subi en 1948, puis à nouveau en 1967, le peuple palestinien a compris que c'est dans l'éducation que résident ses chances de préserver son identité et son héritage culturel, en même temps que d'acquérir la force nécessaire pour retrouver un jour sa liberté. L'éducation est donc devenue inséparable du sentiment patriotique. Paul Kessler expose ici d'abord la situation dans les écoles puis dans les universités en Cisjordanie et à Gaza.

 

 

Moscou-Tel Aviv : espoir et nostalgie
(n°2, Hiver 1991-92, 7 pages)

Marina Solotkina
(professeur de sociologie économique à l'Université hébraïque de Jérusalem)

Ce ne sont pas des raisons économiques ni l'antisémitisme qui régnerait en Union soviétique, mais plutôt la fragilité de la situation politique qui a amené Marina Solotkina et sa famille à émigrer en Israël, il y a quelques mois. Elle confie son histoire ainsi que les attentes et nostalgies des Juifs soviétiques.

 

 

Confluences culturelles

 

Deux cités en une : Marrakech et Jérusalem, même amour
(n°2, Hiver 1991-92, 6 pages)

Shlomo Elbaz
(professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, directeur de la revue Levant et président du mouvement The East for Peace)

"Je m'étais déjà trouvé là, il y a des centaines d'années"
(Elias Canetti, Les voix de Marrakech)

Mémoire des lieux. Pouvoir dissolvant de l'imaginaire. Filtre du souvenir. Philtre de l'inconscient où tout devient possible : mutations, fusions, confusions des lieux, des identités... Cité du monde, revues et corrigées. Métamorphosées par l'imagination, la subjectivité, la biographie de chacun. Tel est mon propos.
Parmi toutes les villes qui façonnent et conditionnent notre être, il en est quelques unes, un petit nombre, qui se détachent, singulières, échappées comme par miracle à la grisaille de nos expériences diffuses et confuses. Elles appartiennent déjà au monde des mythes - mythes individuels se croisant avec des mythes collectifs.