Confluences Méditerranée                                       N°20                  Hiver 1996-1997

 


Terrorismes et violence politique

Dossier préparé par Christophe Chiclet


Nous dédions ce numéro, qui marque le cinquième anniversaire de Confluences,
à la mémoire de notre ami Hamadi Essid.

 

Terrorismes et violence politique
(N°20, hiver 1996-97,  8  pages)

Jean-Paul Chagnollaud

    Le bassin méditerranéen n’en finit pas d’être traumatisé par la résurgence systématique de violences de toutes sortes qui elles-mêmes engendrent une terrible dynamique de la haine. L’Algérie tout particulièrement s’enfonce chaque jour davantage dans une spirale suicidaire dont personne ne voit la fin malgré les appels au retour à la paix civile qui se multiplient. Le Proche-Orient a basculé, à nouveau, dans le vertige de la violence avec les attentats du Hamas et les très graves affrontements survenus au cours du "jeudi noir". C’est pourquoi, il nous a paru utile d’ouvrir quelques pistes de réflexion dans un dossier consacré aux terrorismes et à la violence politique. Comme la notion même de terrorisme est extrêmement ambiguë, nous proposons ici quelques points de repères.

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La FRA arménienne et la VRMO macédonienne
(N°20, hiver 1996-97,   6 pages)

Christophe Chiclet

    C'est sur les bords de la Méditerranée qu'a été inventée la forme contemporaine du "terrorisme publicitaire". Plus exactement entre Egée et Bosphore, des révolutionnaires arméniens et macédoniens ont voulu secouer le "joug" ottoman. Pour ce faire, ils ont eu recours au terrorisme pour faire entendre leurs voix auprès des puissances occidentales. En août 1896, des Arméniens occupent la banque ottomane de Constantinople. En septembre 1901, des Macédoniens inventent le rapt d'otages occidentaux puis, en avril 1903, multiplient les attentats au cœur de Salonique.

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Islamisme et violence politique
(N°20, hiver 1996-97,   12 pages)

Abderrahim Lamchichi

universitaire (Université de Picardie)

    Le rapport que les mouvements islamistes entretiennent avec la violence peut prendre des formes différentes selon la nature du courant considéré, son implantation, son ancrage social et les milieux de recrutement, selon le profil et la trajectoire de ses dirigeants ainsi que leurs objectifs prioritaires, selon l'évolution des institutions et du contexte socio-culturel et politique du pays concerné, etc.

 

 

Algérie : Terrorismes et guerre civile
(N°20, hiver 1996-97,    10 pages)

Entretien avec Luis Martinez

chercheur au CERI (FNSP)

    Tous les circuits d’information étant étroitement contrôlés par le pouvoir, il est extrêmement difficile aujourd’hui de savoir ce qui se passe vraiment en Algérie. Luis martinez a publié, notamment dans le cadre du CERI, quelques études particulièrement intéressantes sur la violence qui règne, dans ce pays, au quotidien. Il répond ici à nos questions.

 

 

Réflexion politique sur la tragédie algérienne
(N°20, hiver 1996-97,   8 pages)

Lahouari Addi

professeur associé à l'IEP de Lyon et chercheur au CERIEP
Auteur de L'Algérie et la démocratie, La Découverte, 1994.

    L'Algérie vit aujourd'hui un drame collectif et une tragédie d'une grande ampleur. Des dizaines de familles sont endeuillées chaque jour, des centaines de femmes sont veuves chaque semaine et des milliers d'enfants perdent leur père chaque mois. Que ce soit des islamistes, que ce soit des militaires tombés en service commandé, ce sont des hommes et des femmes qui ont droit à la vie. L'ampleur du désastre humain requiert de produire une réflexion dans laquelle il n'y a pas de tabou. L'Algérie est un moi collectif et il faut le regarder en face, tel qu'il est. Le dossier sur les droits de l'homme, préparé par l'hebdomadaire La Nation, en mars 1996, et que les Algériens n'ont pas lu à cause de la censure, et le récent rapport d'Amnesty International (novembre 1996) inspirent de la honte face à la tragédie vécue par des milliers d'innoncents. La situation de non-droit qui prévaut exige cependant, malgré l'horreur qu'elle inspire, une analyse rigoureuse pour comprendre ce drame dans lequel est prise au piège toute la population.

 

 

Les années de plomb: une histoire dépassée?
Anatomie du terrorisme italien
(N°20, hiver 1996-97,    10 pages)

Luigi Bonanate

(professeur de relations internationales à la Faculté de science politique de Turin)

    Le terrorisme a définitivement abandonné l’Italie en 1993, quand la mafia (d’après ce que l’on a jusqu’à maintenant ici établi) se proposa, avec l’attentat du 27 mai rue des Georgofili à Florence (une académie du dix-huitième siècle, insérée au cœur du système de l’époque Renaissance des Offices), de copier la stratégie des "vrais" terroristes, qui, pendant une vingtaine d’années avaient tenu en échec la société politique italienne. Mais lorsque une stratégie aussi exceptionnelle que la stratégie terroriste est utilisée par des organisations qui n’ont ni cette même nature idéologique, ni les mêmes buts, celle-ci perd sa spécificité: si elle tend à devenir une praxis à laquelle quiconque peut recourir, cela signifie que la force expressive de la logique terroriste s’est perdue.

 

 

Les contradictions de Hamas
(N°20, hiver 1996-97,    14 pages)

Wendy Kristianasen

(journaliste à Londres)

    "Tiens toi aux côtés de ton frère, car celui qui n'a pas de frère est pareil à un guerrier qui se rend sans armes au champ de bataille. Un cousin est comme une aile; il est celui qui nous aide à prendre notre envol. Un oiseau qui aurait perdu ses ailes peut-il encore voler?"
Convention du Hamas (en référence à l'OLP).

    Les islamistes palestiniens sont étrangement discrets ces derniers mois. Depuis les attentats-suicides de février et mars derniers, qui coûtèrent la vie à 58 Israéliens, ils ont été mis à rude épreuve, comme jamais auparavant, par les services secrets israéliens et l'Autorité palestinienne de Yasser Arafat.

 

 

La vindicte américaine contre les États terroristes ne convainc pas les Européens
(N°20, hiver 1996-97,   8 pages)

Jean-Christophe Ploquin

(journaliste)

    Le 13 mars 1996 à Charm-el-Cheikh (Égypte), un sommet inédit des "bâtisseurs de la paix" a tenté de promouvoir une vision unilatérale du terrorisme au Moyen-Orient. Mais la coalition n’a duré que le temps d’une photo. Un sommet du G7 sur le terrorisme à Paris fin juillet, a montré combien le souci des Américains et des Européens de coopérer dans ce domaine se heurte à des perceptions différentes de la menace et à des intérêts géo-stratégiques divergents.

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Le terrorisme est une forme de pensée totalitaire
(N°20, hiver 1996-97,   4 pages)

Jean-Paul Lévy

    Maître Jean-Paul Lévy, avocat au Barreau de Paris, défend les intérêts de l’association d’aide aux victimes d’attentats terroristes"SOS attentats". Il donne ici son analyse des phénomènes terroristes.

 

 

Le treizième mollah...
(N°20, hiver 1996-97,   6 pages)

Entretien avec Xavier Raufer

    Xavier Raufer, qui est un spécialiste reconnu des problèmes concernant le terrorisme, nous donne ici à voir, sous un angle très concret les difficultés auxquelles se heurtent les hommes et les services chargés de lutter contre tous ceux qui emploient des méthodes terroristes. Il relativise, par ailleurs, la notion d’Etat terroriste.

 

 

Actuel

 

ISRAEL-PALESTINE :

Jeudi noir à Jérusalem

(N°20, hiver 1996-97,   6 pages)

Jean-Christophe Ploquin
(journaliste)

    La suspicion est récurrente au sein du gouvernement israélien, qu’il soit travailliste ou nationaliste de droite: Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, est soupçonné de double-jeu à l’égard de la violence politique palestinienne anti-israélienne. Dernier exemple en date, la responsabilité des affrontements entre des manifestants et policiers palestiniens, et les forces de sécurité israéliennes, du 25 au 27 septembre 1996, a été immédiatement attribuée par le gouvernement de Benyamin Netanyahu au chef de l’OLP. Les affrontements ont fait au total 84 morts dont 67 Palestiniens, 15 Israéliens et deux Égyptiens. La journée la plus mortelle a été le jeudi 26 septembre, dont le bilan s’élève à plus de 70 tués.

 

 

Israël : une nouvelle donne
(N°20, hiver 1996-97,   8 pages)

Dan Leon
(écrivain et éditeur à Jérusalem)

    Il ne semble pas y avoir a priori de difficultés à décrire la nouvelle donne qui s’est ouverte avec la victoire de Benyamin Netanyahu (Bibi) aux élections de mai 1996 et la formation d’une coalition comprenant les partis de droite et les religieux.

 

 

ALGERIE :

Un an après l'élection de Liamine Zeroual
(N°20, hiver 1996-97,   14 pages)

Ahmed Rouadjia
(chercheur)

    Comment se présente la situation en Algérie et quelles perspectives se dessinent à l'horizon politique? Pour tenter d'y répondre, un coup d'oeil rétrospectif est nécessaire.

 

 

Des roses rouges et blanches pour le cheikh Claverie
(N°20, hiver 1996-97,   4 pages)

Hassan Rémaoun
(chercheur au CRASP de l'Université d'Oran)

    C'était dans la nuit du 1er au 2 août (de jeudi à vendredi), vers une heure du matin. Nous attendions à la télévision les performances des sportifs algériens en athlétisme et en boxe aux demi-finales des jeux d'Atlanta, lorsque le téléphone retentit. C'est rarement de bonnes nouvelles à une pareille heure et l'angoisse nous saisissait déjà. A l'autre bout du fil, notre amie effondrée nous annonçait en termes à peine audibles la mort de celui qu'elle considérait comme un père adoptif Monseigneur Pierre Claverie, évêque d'Oran. Le Cheikh chrétien, comme il aimait se faire appeler par ses proches, venait d'être assassiné avec son jeune chauffeur, Mohamed Ouchikhi.

 

 

Nanna Sabine, kabyle et chrétienne
(N°20, hiver 1996-97,   4 pages)

Sadia Messaoui-Barrèche

Ce mardi 28 mai 1996, jour de Achoura 1471, quelle coïncidence! Une manifestation est prévue sur le Parvis des Droits de l'Homme à la mémoire des sept moines trappistes du monastère de Tibehrine assassinés en Algérie.
Je me proposais d'y participer comme je le fais discrètement mais systématiquement chaque fois que l'Algérie est à l'ordre du jour. Et puis, je me suis ravisée à cause de l'utilisation médiatique que l'on fait de tous ces drames qui endeuillent l'Algérie depuis plus de six ans maintenant, et que l'on s'empresse d'oublier sitôt l'écran éteint en attendant le prochain scoop.

 

 

BOSNIE

Une paix fondée sur des principes erronés
(N°20, hiver 1996-97,   6 pages)

Entretien avec Nikola Kovac

    Professeur de littérature française à l'Université de Sarajevo avant-guerre, Nikola Kovac, ambassadeur de Bosnie-Herzégovine à Paris depuis 1993, est d'origine serbe. Il est toujours resté fidèle à l'idée d'une Bosnie multiethnique et multiculturelle. Diplomate pondéré, c'est aujourd'hui un homme en colère. Il dénonce l'hypocrisie des élections de septembre dernier, imposées par la communauté internationale, transformant la partition de facto en partition de jure.

 

 

BULGARIE

Entre tensions ethniques et influences islamistes
(N°20, hiver 1996-97,   8 pages)

Roumiana Ougartchinska-Vincenti
(journaliste)

    "On dit que nous avons versé des millions, mais aider une famille de sept enfants à survivre, puisqu'ils n'ont même pas de quoi s'acheter du pain, ça ne s'appelle pas acheter des voix." Mïumun Emin, l'un des leaders locaux pour la région de Kardjali du Mouvement des Droits et Libertés (MDL), plus connu comme "le parti des Turcs", ne décolère pas. Deux mois après les élections municipales bulgares d'octobre 1995  , le sort de ce district, fortement peuplé par ce qu'on appelle en Bulgarie des "Turcs ethniques", est toujours en suspens. D'importantes fraudes ayant été constatées, le vainqueur Rasim Moussa, candidat MDL, n'a toujours pas pris possession des lieux. Des procédures interminables transitent par moultes tribunaux et commissions. L'affaire est pour le moins délicate et fait craindre au nouveau gouvernement du Parti socialiste bulgare les pires désordres dans une région réputée être le fief incontesté et incontestable du MDL et plus généralement des musulmans des régions sud de la Bulgarie.

 

 

Confluences culturelles

 

Taos Amrouche : La légende d'une femme
(N°20, hiver 1996-97,    12 pages)

Faouzia Zouari
(journaliste et écrivain)

    Il y a vingt ans disparaissait la romancière algérienne Taos Amrouche. Premier écrivain femme de langue française, née à Tunis où ses parents avaient émigré d'Algérie, elle choisit de partir pour la France où résidait déjà son frère Jean Amrouche. Formée à la double culture berbère et française elle se lia d'amitié avec de nombreux écrivains de renom dont André Gide, François Mauriac et surtout Jean Giono à qui elle vouait une grande admiration.

Voulant affirmer sa maghrébinité, elle s'attela à recueillir le patrimoine oral, paroles et musiques de Kabylie, dont elle fut également une excellente interprète. Elle publia surtout de nombreux romans qui resteront malheureusement longtemps dans l'ombre  .

 

 

Abraham B. Yehoshua et Albert Camus :
L'Exil et le Royaume
(N°20, hiver 1996-97,   8 pages)

Juliette Hassine
(professeur au département de littérature comparative de l’Université de Bar-Ilan à Ramat-Gan en Israël)

    Les romans de l’écrivain israélien Abraham B. Yéhoshua témoignent d'une forte imprégnation de l'œuvre camusienne et aussi de l'empreinte de Dostoïevski, qui a beaucoup inspiré Albert Camus. Dans une lettre écrite en mars 1983, après la parution de son roman Un divorce tardif, il s’exprimait lui-même en ces termes "Je suis attaché à Camus par toutes les fibres de mon âme"  . C’est cette influence que Juliette Hassine scrute au travers de quelques textes majeurs des deux écrivains.

 

 

A la découverte du cinéma égyptien
(N°20, hiver 1996-97,   6 pages)

Bernard Lecat
(journaliste)

    Sans être totalement inconnu en Europe, le cinéma égyptien, qui a produit à ce jour quelque 3000 longs métrages, souffre d'un déficit d'image et d'une réputation assez peu glorieuse: pour la majorité des gens, il s'agit de films de série "B" sans grande valeur cinématographique. Il est vrai qu'une très grande partie du cinéma cairote est constituée de "séries B" diffusées un peu partout dans le monde arabe. Le cinéma d'auteur existe néanmoins, malgré l'extrême fragilité économique de ce secteur, et les impedimenta bureaucratiques.

 

 

1896 : la renaissance des Jeux olympiques :
Mythe grec ou légende de Coubertin?
(N°20, hiver 1996-97,   5 pages)

Alexis Krauss
(membre de la Société hellénique d'archives, Athènes)

    On ne peut nier aujourd'hui le succès considérable de l'entreprise du baron Pierre de Coubertin qui, malgré des critiques souvent justifiées, s'est imposée comme l'événement sportif majeur de la planète, consacrant les nouvelles divinités féminines et masculines.

L'envergure mondiale de l'événement en fait aussi nécessairement une extraordinaire entreprise économique, sujet de convoitise et jusque-là réservée aux pays riches. Troublante manifestation du monde moderne, occasion de faire des affaires, voire de promouvoir de bonnes causes, les J. O., aux bilans contradictoires, mettent en avant l'égalité des sexes et des races. Les nouveaux pays, nés de l'éclatement du monde communiste, s'en servent pour accéder et s'imposer au niveau diplomatique dans une communauté internationale dont ils étaient exclus.

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