Confluences Méditerranée                                           N°22                   été 1997

 


La France et le monde arabe

Au-delà des fantasmes

Dossier préparé par Aberrahim Lamchichi et Jean Christophe Ploquin

 

La "fibre pro-arabe" de Jacques Chirac
(N°22, été 1997, 4 pages)

Aberrahim Lamchichi et Jean Christophe Ploquin

    Jacques Chirac bénéficie d'une aura dans le monde arabe. Perçu comme l'héritier du général de Gaulle, le président de la République en a joué pour dynamiser la diplomatie française dans cette région. Mais les résultats concrets se font attendre.

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L’insuffisance du "parler haut"
(N°22, été 1997, 6 pages)

Entretien avec Rémy Leveau
(Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris)

    Après une politique qui fut d’abord militaire, mais aussi culturelle et humaine, Rémi Leveau estime que la France n’a pas su construire, y compris du temps du général de Gaulle, une vraie politique vis-à-vis du monde arabe et du Maghreb: les bricolages, les ruses et l’exploitation des circonstances ont prévalu sur une politique structurée et globale. Aujourd’hui, les difficultés et les maladresses qu’accumule la France dans la gestion de la question des populations arabes et musulmanes qui vivent sur son sol — ainsi que sur la question de l’islamisme — sont le prolongement de l’absence d’une vision globale. Mais la France sera acculée, tôt ou tard, à s’aligner sur la politique européenne en la matière.

 

 

La politique arabe et musulmane de la France
(N°22, été 1997, 6 pages)

Paul Balta
(Journaliste et écrivain)

    Vaut-il mieux parler de la "politique arabe" ou de la "politique musulmane" de la France? Henry Laurens note que la seconde expression "n'apparaît qu'au début du XXème siècle"  . Quant à la première, elle est sans doute encore plus récente mais nous nous étions efforcés de montrer dans La politique arabe de la France  que l'une et l'autre recouvrent des réalités différentes comme sont différents les mondes arabe, iranien et turc mais qui sont également complémentaires pour des raisons religieuses et géopolitiques. Napoléon disait: "La géographie dicte la politique d'un pays" et l'on constate que les deux axes de la politique extérieure de l'Etat français — sous la Monarchie, la Convention, l'Empire, la République — ont été l'Europe et la Méditerranée. Or il se trouve qu'à partir du VIIIème siècle, la rive sud a été islamisée et arabisée, que l'Espagne a été arabo-berbère jusqu'en 1492, que Byzance a été progressivement conquise par les Turcs dès le XIème siècle et que Constantinople a été prise par les Ottomans en 1453.

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Le Levant arabe à la fin de l’époque ottomane (1880-1914)
(N°22, été 1997, 12 pages)

Henry Laurens

(Professeur à l’INALCO
)

    Le Levant est une réalité changeante à travers les siècles, mais évoque particulièrement pour nous un moment précis de l’histoire du Proche-Orient à la fin de l’époque ottomane marqué tout aussi bien par la poursuite d’évolutions séculaires que par les résultats de la dynamique des ingérences étrangères dans les provinces arabes de l’Empire ottoman.

 

 

Pétrole et gaz dans les relations franco-arabes et euro-arabes
Ordre du marché et faiblesse de la politique
(N°22, été 1997, 12 pages)

Michel Chatelus
(Professeur des Universités (Sciences Economiques) à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, Université Pierre Mendès France)

    Il existe une tendance sans doute excessive à trouver "une odeur de pétrole" à toute politique à l'égard d'une région (Moyen-Orient et Afrique du Nord) couvrant une part importante des besoins en pétrole et en gaz de la France et de l'Europe, disposant d'énormes réserves, et destinée à assurer une part croissante de l'approvisionnement en hydrocarbures du monde en général et de l'Europe en particulier. La réalité présente est cependant plus complexe qu'il ne paraît.

 

 

L’importance du gaz algérien pour la France
(N°22, été 1997, 6 pages)

Nicole Jestin-Fleury
(Travaille au Commissariat général au Plan)

    Lorsque l’on évoque les hydrocarbures dans le bassin méditerranéen, on a peut-être trop tendance à penser pétrole, au risque d’oublier l’importance du gaz algérien, pour la France d’abord, mais aussi pour l’ensemble de l’Europe. L’Algérie devrait prendre une part croissante dans la couverture des besoins européens si l’on veut éviter une dépendance excessive à l’égard de la Russie. Dans ces conditions, peut-on accepter de laisser les intérêts américains prendre le pas sur les relations qu’entretient la France avec cette zone, au risque de voir se réduire la disponibilité pour l’Europe de ressources dont elle aura besoin?

 

 

Les échanges commerciaux entre l’Union européenne et les pays arabes
(N°22, été 1997, 8 pages)

Bichara Khader
(Professeur à l’université de Louvain La Neuve)

       L'évolution des échanges commerciaux entre la CEE et les pays arabes au cours des vingt-cinq dernières années a été impressionnante. Les données quantitatives révèlent cependant un accroissement considérable jusqu'en 1980, une chute tout aussi remarquable entre 1980 et 1987, puis une stabilisation (inférieure au niveau de 1980) depuis lors. Cette évolution en dents de scie est intimement liée aux fluctuations des prix du pétrole et du gaz, principales ressources exportées par les Arabes.

 

 

La politique d’intégration
(N°22, été 1997, 10 pages)

Catherine de Wenden
(Directrice de recherches au CERI, unité associée au CNRS)

    Depuis les "odeurs" de Jacques Chirac en 1991 jusqu'à la polygamie qui hante la loi Pasqua de 1993 en passant par l'Islam et les allégeances, chers aux discussions sur la réforme du code de la nationalité, la question de l'intégration est en débat. Un débat qui oscille entre des valeurs incertaines (citoyenneté et communautarisme, droit à la différence et droit à l'indifférence, cultures d'origine ou cultures de l'immigration et assimilation), sans oublier la série des "affaires" (Rushdie 1988, foulard 1989, code de la nationalité 1987-1993, guerre du Golfe 1991, Kelkal 1995) qui ont donné l'occasion en France de débattre sur l'Islam, l'identité, la citoyenneté, l'exclusion, le multiculturalisme et de se pencher aussi sur des enjeux plus immédiats nés de l'émergence du phénomène des banlieues: logement, travail, école, accès aux soins, égalité des droits.

 

 

La Méditerranée est-elle un enjeu stratégique majeur?
(N°22, été 1997, 6 pages)

Cécile Jolly
(Travaille sur la Méditerranée au Commissariat général au Plan)

    L’espace méditerranéen, et par extension les pays qui bordent cette mer, au cœur de la guerre froide au temps de l’affrontement des blocs, a subi des inflexions liées aux transformations du contexte international. Ces transformations ont, paradoxalement, renforcé le poids stratégique de la Méditerranée. Ce renforcement n’est pas lié à un renouveau d’une problématique Nord/Sud ou à l’existence d’intérêts majeurs menacés par des conflits dans l’aire méditerranéenne stricto sensu (ce qui n’est pas nouveau) mais à l’importance de cette voie de passage vers la zone principale des approvisionnements pétroliers: le Golfe.

    En dehors des différends gréco-turcs en Mer Egée et à Chypre qui restent porteurs d’une conflictualité militaire dans cette mer, la zone maritime n’est plus l’objet de tensions guerrières. A la disparition de la flotte soviétique, s’ajoutent la domination militaire des Etats-Unis et de l’Europe ainsi que la prédominance des conflits continentaux.

 

 

Réflexions sur la politique arabe de la France
(N°22, été 1997, 14 pages)

Hayète Cherigui
(Docteur en science politique
Auteur de La politique méditerranéenne de la France, L’Harmattan, 1997.
)

    L’accession de Jacques Chirac à la présidence de la république (mai 1995) ayant remis à l’ordre du jour une "politique arabe de la France" présentée comme novatrice, incite à s’interroger sur le sens et les modalités de sa restauration et sa gestion, sa nature et son contenu en examinant au préalable les facteurs à l’origine de sa formulation. Instrument bilatéral de la politique étrangère de la France initialement destiné aux acteurs du Maghreb et du Machrek, l’énonciation (et l’application) de la politique arabe est étroitement associée au système international dans lequel elle évolue (ordre bipolaire, après-guerre froide) et ne peut s’appréhender qu’au regard de cette microanalyse.  

 

 

La France vue du Maghreb :
Une convergence forte, des motivations différentes
(N°22, été 1997, 16 pages)

Entretien avec Ahmed A.Ounaïes
conduit par Samya El Mechat

    Diplomate tunisien de carrière, Ahamed A. Ounaïes a été notamment ambassadeur auprès des Nations unies à New York, à New Delhi et à Moscou. Il a activement participé, depuis l'automne 1991, en qualité de Directeur général au ministère des Affaires étrangères de Tunisie, au processus de paix au Moyen-Orient. Il a été personnellement associé à de multiples conférences sur l'Euro-Méditerranée et les Accords de partenariat ainsi qu'à de nombreuses rencontres sur les problèmes de sécurité régionale organisées respectivement par la Commission européenne et l'Université de Californie (UCLA). Il participe également en tant qu'expert au projet animé par le SIPRI sur la paix au Proche-Orient. Depuis sa retraite en 1996, M. A. Ounaïes assure un enseignement à la Faculté de droit de Tunis Il et à l'Ecole nationale d'administration. Il répond ici à nos questions et nous livre son point de vue sur la politique arabe et méditerranéenne de la France.

 

 

La France vue du Maghreb :
Au-delà des fantasmes, un avenir commun
(N°22, été 1997, 10 pages)

Smaïl Goumeziane
(Ancien ministre (Algérie), universitaire
Auteur de Le mal algérien, Economie politique d’une transition inachevée (1962-1994), éditions Fayard, Paris 1994).

    On s’est fréquemment posé la question de savoir si la France avait une politique arabe. On s’est moins souvent préoccupé de savoir ce que les Arabes et leurs sociétés civiles attendaient de la France.

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Actuel

 

Géopolitique de la crise albanaise
(N°22, été 1997, 14 pages)

Jean-Michel de Waele
(Docteur en science politique, assistant à l’Université Libre de Bruxelles)
&
Kolë Gjeloshaj
(Licencié en sciences politiques, diplômé en sociologie politique)

     L'implosion de l'Albanie a remis en lumière de vieux clivages qui semblaient disparus. Pour Jean Michel de Waele et Kolë Gjeloshaj, si l'antagonisme entre le nord et le sud du pays n'explique pas tout, il n'en demeure pas moins un trait majeur de l'histoire contemporaine albanaise, n'en déplaise à certains milieux ultra-nationalistes qui souhaitent gommer cet antagonisme pour mieux avancer leurs idées d'une grande Albanie.

 

 

Confluences culturelles
Méditerranée, avenir d'un humanisme ?

Rencontre qui s'est tenue sous le titre "Un après-midi au coeur du bassin méditerranéen" à l'Université de Versailles-St-Quentin-en-Yvelines entre écrivains sur le thème d'un humanisme méditerranéen à réinventer.
Les textes qui suivent en sont le résultat.

 

La Méditerranée en cette fin de siècle
(N°22, été 1997, 3 pages)

Pierre Grou
(Professeur à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines)

    Né sur les rives de la Méditerranée, j'y ai passé une partie de mon enfance. Puis je suis devenu parisien en même temps qu'économiste. Mais je n'ai jamais longtemps abandonné ma mer. Bien sûr, il nous est arrivé de nous éloigner temporairement l'un de l'autre. La raison de ces infidélités passagères se trouve chez moi: j'éprouve un énorme besoin de découverte du reste du monde. Je dois d'ailleurs mettre au crédit de ma mer qu'elle a toujours bien accepté mes absences.

 

 

Le caïque d’Ulysse
(N°22, été 1997, 4 pages)

Jean Guiloineau
(Ecrivain et traducteur (notamment d’André Brink, de Bretten Breytenbach et de Toni Morrisson)
Président des Assises de la traduction littéraire d’Arles et spécialiste de l’Afrique du Sud il a publié Nelson Mandela aux éditions Payot)

    Je suis un homme du nord. Le village dans lequel je suis né est situé précisément à la limite de la Beauce, à 35 kilomètres au nord de Chartres...Je voudrais vous parler de quelques expériences qui, parmi d’autres, m’ont fait découvrir un des aspects essentiels de la Méditerranée. Le premier voyage, c’était à Ithaque, l’île d’Ulysse.

 

 

La voiturette d’Achour
(N°22, été 1997, 8 pages)

Rolland Doukhan
(Ecrivain, auteur entre autres de Berechi, Juste un instant en automne
Secrétaire général de l’AJHL (association pour le judaïsme humaniste et laïque))

    Je ne suis ni un sociologue, ni un philosophe, ni un essayiste, et c'est peut-être pour cela que je me sens un peu gêné, voire déplacé, de participer à votre journée d'études. On a, comme ça, des a priori, des idées toutes faites, sur les choses, sur les gens, sur les événements aussi.

 

 

Exil rapatriant
(N°22, été 1997, 2 pages)

Cécile Oumhani

(Ecrivain)

    La Méditerranée peut-elle être le creuset d’un nouvel humanisme? Cette question s’est-elle posée à moi, lorsque j’ai écrit les nouvelles de "Fibules sur fond de pourpre", toutes situées dans un univers tunisien? Je pense pouvoir dire qu’à travers leur écriture s’exprimait une quête de l’ailleurs.

 

Seuils possibles
(N°22, été 1997, 3 pages)

Cécile Oumhani
(Ecrivain)

A l'extrême pointe du Cap-Bon, les ruines de Kerkouane jouxtent la mer. Une chaussée s'enlise vers les fonds marins... Le passé cherche-t-il là un refuge que la terre ne peut plus lui donner, loin du regard de l'homme ? A la pointe de la presqu'île rocheuse, ouverte sous la paume du ciel, la ville antique sommeille dans un parfum d'éternité. Franchir le seuil des demeures blondes, les unes après les autres, au fil de la quête d'ombres furtives. Sur le sol rougi et serti de coquillages, on y lit, à ciel ouvert, leurs marches ordinaires. On frémit aux pieds du signe de Tanit, si loin après son dernier couchant, l'échine parcourue de conflagrations terribles. Alors s'ouvre en nous l'aire où se propagent les roulements de tambours anciens, avec la clameur des hommes... En ce nord ultime du voyage, s'ébauche une lente migration vers ce qui est un autre Sud, ailleurs encore, vers une lumière toujours plus claire.

 

 

Aux marches du palais
(N°22, été 1997, 6 pages)

David Shahar
(Ecrivain, auteur de la fresque en sept volumes intitulée Le Palais des vases brisés.)

    Je suis né à Jérusalem d’une famille établie dans le pays tant du côté paternel que du côté maternel depuis cinq générations. Ma langue maternelle est donc l’hébreu: je n’ai appris le français que beaucoup plus tard. Ce sont des langues, certes, fort différentes mais pourtant moins totalement étrangères l’une à l’autre qu’on ne pourrait le supposer. Ainsi bon nombre de mots hébreux sont passés dans le français: tohu-bohu, amen, alléluiah, capharnaüm, chérubin, etc. Quant à Jésus, nourri de la Bible, c’était selon son propre témoignage, un bon Juif: "Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir".

 

 

Une grande bibliothèque méditerranéenne?
(N°22, été 1997, 4 pages)

Abdelkader Djemaï
(Ecrivain,  auteur, entre autres, d’Un été de cendres et de Sable rouge)

    Je parlerai de la rive sud de la Méditerranée, particulièrement du Maghreb, en cette fin de siècle marquée par la mondialisation de l'économie, sans pitié pour les pays de cette région où les valeurs traditionnelles, celles d'un humanisme local, risqueront de s'effriter devant la toute-puissance de l'argent et des intérêts égoïstes.

 

 

Culture méditerranéenne, avenir d'un humanisme
(N°22, été 1997, 3 pages)

Pierre Grou
(Professeur à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines)

Ainsi s'achève un "après-midi au coeur du bassin méditerranéen", pour reprendre l'expression de Katia Desrosières, et il convient de remercier vivement les intervenants et l'organisatrice d'avoir rendu possible ce voyage collectif. Mais, en plus d'un plaisir indéniable, quels enseignements en retirer ?

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Revisiter les cafés d’Orient
(N°22, été 1997, 12 pages)

François Georgeon
(Directeur de recherches au CNRS)

    Des Balkans au Maghreb, en passant par l’Anatolie, par la Syrie, par l’Egypte, y a-t-il des lieux, en dehors des monuments célèbres, qui aient été plus fréquentés que les cafés? Pour le voyageur étranger, le café offre le repos entre deux visites, la halte entre deux courses; il permet de s’informer; il donne l’occasion de voir au dehors le mouvement de la rue, la circulation des hommes et des marchandises; il offre aussi un lieu d’observation exceptionnel sur un fragment de la société, sur ses rites, ses goûts, ses humeurs, ses conversations.

Lecture du journal dans un café de quartier à Istanbul dans les années 20

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