Confluences Méditerranée                                            N°23                    Automne 1997

 


La Turquie interpelle l’Europe

Dossier préparé par Christophe Chiclet et Jean Christophe Ploquin

 

Introduction
(N°23, Automne 1997, 2 pages)

Jean-Christophe Ploquin et Christophe Chiclet

Si la Turquie n'existait pas, elle n'aurait sans doute pas été inventée. S'étirant à l'extrémité orientale du bassin méditerranéen, ce pays est sans doute l'un des plus complexes de cette région du monde. Par sa géographie enjambant le Bosphore et unissant l'Asie et l'Europe, par la variété des ethnies qui la composent, par la jeunesse de son histoire et l'ancienneté de ses racines puisant dans un empire ottoman multiculturel et multiconfessionnel, par le frottement incessant d'ambitions modernistes et d'aspirations à la puissance, la Turquie arbore une identité singulière.
En consacrant un dossier à ce pays, Confluences Méditerranée n'entend pas se livrer à une monographie. Le but est davantage de signaler les différents enjeux qui se développent en Turquie et qui résonnent sur l'ensemble du pourtour méditerranéen. Bref, voir la Turquie comme un exemple plus global et/ou un cas d'école.

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Le lexique vaste et désordonné du discours nationaliste
(N°23, Automne 1997, 10 pages)

Tanil Bora
(chercheur)

     Le nationalisme turc comme phénomène populaire est en progression depuis le début des années quatre-vingt-dix. Son émergence est parallèle à la montée des nationalismes dans une zone incluant les Balkans, le Moyen-Orient et le Caucase, à l'intersection de laquelle se trouve la Turquie.
C'est en réalité ce que l'on désigne sous le terme de mondialisation qui a fort logiquement encouragé ou suscité cette poussée nationaliste. Avec l'effondrement du monde bipolaire, les conflits militaires et la remise en cause des tracés frontaliers sont redevenus possibles, la question des droits de l'homme et le problème des minorités sont désormais au centre de la vie diplomatique tandis que les processus transnationaux de dérégulation et de déterritorialisation économiques continuent de défier l’Etat-nation.

 

 

Une société civile sous contrôle
(N°23, Automne 1997, 6 pages)

Ertugrul Kürkçü
(journaliste)

     Les leaders de l’initiative civique turque étaient bien fiers de leur exploit lorsque ce qui a été appelé "le plus grand mouvement de contestation populaire de l’Histoire de la Turquie moderne" a pris fin, en mars dernier. Lancé sous le mot d’ordre "Une minute d’obscurité pour une éternité de lumière", la contestation s’était étendue à l’ensemble du pays pendant tout le mois de février 1997 — mois dramatique qui a vu l’armée turque intervenir pour la quatrième fois de ces quarante dernière années dans les affaires politiques du pays — pour s’achever début mars, après avoir suscité une série de controverses sur le rôle de l’armée vis-à-vis de la société civile.

 

 

L’union douanière avec l’Union européenne
(N°23, Automne 1997, 8 pages)

Hasan Basri Elmas
(chercheur)

    Dans le cadre des nouvelles possibilités de coopération offertes par la politique étrangère et de sécurité commune (Pesc), le Conseil européen réuni à Lisbonne en 1992, a fait des rives méridionales et orientales de la Méditerranée une cible prioritaire. L’Union européenne s’est ainsi lancée dans "la mise sur pied d’un ordre de paix européen, d’un partenariat euro-méditerranéen et le développement d’un lien transatlantique plus vaste", qui constitueront "les tâches et les défis les plus urgents auxquels la Pesc est appelée à faire face". Dans ce projet, qui doit mener au rétablissement ou à la préservation de la stabilité dans les régions voisines de l’Europe porteuses de conflits, la Turquie représente un facteur de stabilité qu’il s’agit d’exploiter. C’est pourquoi la constitution d’un "partenariat stratégique avec la Turquie" est devenue l’un des aspects de la mise en place de la politique étrangère et de sécurité commune.

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Le mouvement islamique entre religion et Etat
(N°23, Automne 1997, 6 pages)

Rusen Cakir
(journaliste)

    La chute de l’Empire ottoman a pris de court les réformateurs musulmans. Les penseurs islamistes apparus à Constantinople à la fin du XIXème siècle avaient tenté de sortir l'Etat de la crise générale dans laquelle il était enfoncé afin de le rendre de nouveau compétitif avec l'Occident. Leurs débats gravitaient alors autour des concepts fondamentaux de "Constitution, Assemblée Nationale, absolutisme, monarchie constitutionnelle, obéissance, opposition, partis politiques et Califat." "L'importation" d'Occident des concepts fondateurs de la nouvelle République correspondait parfaitement aux attentes des islamistes de la monarchie constitutionnelle ottomane. Cependant, cette nouvelle ère les voit également poussés en dehors du système.

 

 

Les Kurdes en Turquie et en Europe: Entre deux identités
(N°23, Automne 1997, 10 pages)

Martin van Bruinessen
(universitaire)

    La question kurde à laquelle est confrontée la Turquie actuellement n'a pas grand chose à voir avec la situation des années 20 et 30. La politique d'émancipation des nations qui a été mise en place avec tant de succès à cette époque connaîtra vraisemblablement des effets inverses de nos jours.

 

 

La mafia infiltre l’Etat
(N°23, Automne 1997, 4 pages)

Pascal De Gendt
(journaliste)

    Guerre des nerfs entre armée et islamistes, assaut contre le Pkk, tension à Chypre, demande d'adhésion à l'Union Européenne et en juillet, constitution d'un nouveau gouvernement: depuis quelques mois, la Turquie est bien présente sous les feux de l'actualité. Pourtant un autre phénomène n'a curieusement pas beaucoup été évoqué par la presse internationale alors que ses implications sont évidentes. Ce qui se savait sans se dire clairement a éclaté au grand jour à la faveur d'un accident routier: des composantes de l'Etat turc font partie intégrante d'une mafia développant un vaste trafic de narcotiques.

 

 

Kayseri conjugue islamisme et Mc Do
(N°23, Automne 1997, 6 pages)

Jean-Christophe Ploquin
(journaliste)

    Ville traditionnelle d’Anatolie, Kayseri est saisie par la vague libérale qui emporte la Turquie depuis le début des années 90. Le bouleversement économique n’est pas exempt de turbulences culturelles et, pour beaucoup, l’islam est un recours.

 

 

La Turquie n’est guère européenne
(N°23, Automne 1997, 4 pages)

Entretien avec Alain Lamassoure
conduit par Jean-Christophe Ploquin

    Ministre français des Affaires européennes de 1993 à 1995, Alain Lamassoure a été l’un des artisans de la signature du traité d’union douanière entre l’Union européenne et la Turquie, entré en vigueur le 1er janvier 1996. La Turquie, à ses yeux, n’a pas vocation à être membre de l’Union européenne car son identité complexe coïncide imparfaitement avec le projet d’une Europe fédérale. Une relation originale et étroite doit néanmoins être tissée entre l’Union européenne et la Turquie.

 

 

La Turquie interpelle l’idée que l’Europe se fait d’elle-même
(N°23, Automne 1997, 8 pages)

Entretien avec Claudia Roth
conduit par Jean-Paul Chagnollaud

    Présidente du groupe des Verts au Parlement européen, Claudia Roth est une figure de la lutte en faveur des droits de l’homme en Turquie et du combat en faveur des droits des étrangers en Allemagne. Elle estime que la Turquie fait partie de l’Europe et doit être intégrée à l’Union européenne, à condition qu’elle démocratise ses institutions et trouve une issue politique à la revendication autonomiste kurde. Ce pays est à ses yeux celui qui interpelle le plus l’Europe sur son identité et sur son projet d’avenir.

 

 

Le conflit gréco-turc vu d’Athènes
(N°23, Automne 1997, 6 pages)

Entretien avec Stélios Perrakis
conduit par Christophe Chiclet

       Stélios Perrakis est secrétaire général du ministère grec des Affaires étrangères. Les relations greco-turques n'ont jamais été simples. Régulièrement les deux pays sont au bord de la guerre. D'un simple conflit bilatéral, le différend s'est internationalisé, s'imposant à l'OTAN comme à l'Union Européenne. De 1830 à 1922, la Grèce et la Turquie se sont fait plusieurs fois la guerre. De 1930 à 1955, elles ont vécu en bon voisinage, mais l'affaire de Chypre est venue à nouveau brouiller les cartes. En 1974, 1987 et 1996, Athènes et Ankara ont bien failli croiser le fer. En revanche depuis mars 1997, les deux capitales ont choisi de renouer le dialogue.

 

 

Plaidoyer pour l’adhésion à l’Union européenne
(N°23, Automne 1997, 6 pages)

Entretien avec Nihat Akyol
conduit par Jean-Paul Chagnollaud

    Directeur général pour les affaires de l'Union européenne au ministère turc des Affaires étrangères, M. Nihat Akyol expose les raisons pour lesquelles la Turquie devrait adhérer à l’Union européenne.

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Nedim Gürsel, le voyageur impénitent
(N°23, Automne 1997, 6 pages)

Abdelkader Djemaï
(écrivain)

    Nedim Gürsel, né en 1951 à Antüp, près de la frontière Syrienne, est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont huit ont été traduits en français, est assurément l'une des voix les plus originales de la littérature turque d'aujourd'hui.

 

 

Actuel

 

ALGERIE

Des élections législatives sur mesure
(N°23, Automne 1997, 4 pages)

Gema Martin Muñoz
(universitaire)

    Les élections législatives algériennes du 5 juin 1997 ont tenté d'achever une restauration parlementaire qui avait commencé avec l'élection présidentielle en novembre 1995 et la réforme constitutionnelle mise en place une année plus tard. Selon le discours officiel, ce processus permettra une avancée importante vers la résolution de la crise et la fin du terrorisme "résiduel" qui, aujourd'hui encore, touche le pays.
En revanche, les élections semblent plutôt répondre à une "stratégie de survie" de la part d'un régime militaire qui se refuse à affronter les véritables causes du conflit en adoptant de réelles mesures politiques.

 

 

Les élections en Algérie ou la quête des fondements
(N°23, Automne 1997, 4 pages)

Rabeh Sebaa
(universitaire)

    Près de six ans après l'interruption des élections législatives du 26 décembre 1991, l'Algérie vient de renouer avec le processus électoral par la désignation du premier parlement pluraliste de son histoire, précédée par l'élection d'un Président de la République en novembre 1995 et d'un référendum de révision constitutionnelle en 1996. Trois années, trois scrutins, bientôt suivis par les municipales, elles-mêmes ayant pour aboutissement l'installation d'un Conseil d'Etat comme parachèvement de l'armature institutionnelle. Quels enseignements tirer?

 

 

Le plan d’ajustement structurel
(N°23, Automne 1997, 14  pages)

Hocine Benissad
(universitaire et ancien ministre algérien de l'économie)

    Dans la phase de pré-ajustement, l'économie algérienne se caractérise par une gestion centralisée, plus exactement par: 1) une planification impérative facilitée par la présence d'un large secteur public, productif (servant de relais aux options politico-sociales des décideurs); 2) une détermination administrée des prix sur les marchés officiels de biens, un contrôle des salaires ainsi que des restrictions de change associées à un cours du dinar fixe (jusqu'en 1987) et surévalué; 3) un monopole d'Etat sur le commerce extérieur auquel n'échappent que les importations du secteur privé, financées à l'aide de ressources du marché parallèle de devises; 4) un secteur privé formel contenu mais relativement efficace ainsi qu'un secteur privé informel (en développement rapide, en 1982-90). Ces traits juridico-institutionnels rendent l'ajustement structurel plus complexe et plus coûteux humainement en Algérie que chez ses voisins, le Maroc et la Tunisie; dans le contexte algérien, il doit mener à une véritable mutation systémique.

 

 

DEBAT : L'ISLAMISME EN QUESTION

 

Débattre de l’islamisme
(N°23, Automne 1997, 4  pages)

Bernard Ravenel
(historien)

    En Occident et en particulier en France, le discours sur l'islamisme tend à devenir dans le discours public un élément crucial dont la fonction consiste à exprimer immédiatement sur le plan pratico-politique et culturel des considérations, des jugements — en particulier sur le monde islamique — qui veulent se présenter sous l'apparence d'analyses objectives et dépassionnées.
Naturellement il n'y a rien là de bien nouveau dans ce procédé; tous les termes clé du lexique politique jouent aussi cette fonction de passage subreptice du domaine de la description à celui de la prescription.
Or, la tendance dominante des grands médias en Occident est d'identifier islamisme et même Islam avec terreur et fondamentalisme. Si bien que quelque soit l'endroit où éclate une bombe, les premiers suspects sont les musulmans et/ou les Arabes.

 

 

L’islamisme, nouveau fascisme?
(N°23, Automne 1997, 18 pages)

Olfa Lamloum
(doctorante)

    Sans conteste, le mouvement islamiste présente plusieurs traits qui facilitent son assimilation au fascisme: le rôle du chef charismatique, la place occupée par la petite bourgeoisie comme base sociale, l'usage de la violence, le caractère totalitaire de l'idéologie, etc. Mais s’agit-il pour autant d'un phénomène comparable au fascisme italien ou au national-socialisme allemand? Au-delà des analogies frappantes, nous voudrions montrer que ni le contexte historique dans lequel ils se sont développés, ni la fonction socio-politique qu'ils ont remplie, ne permettent d'assimiler ou même de rapprocher le fascisme et l'islamisme.

 

 

L’ "islamisme" ou la décomposition du religieux
(N°23, Automne 1997, 10 pages)

Entretien avec Féthi Benslama
conduit par Anissa Barrak

    Psychanalyste, Directeur-fondateur de la revue Les Cahiers Intersignes  , Féthi Benslama explore, dans cet entretien, les racines du mal-être de l’individu arabo-musulman en ce siècle où le choc du contact brutal avec la modernité a généré entre autres, la construction d’un mythe identitaire incapable d’apporter des réponses viables aux bouleversements rééls auxquels il est confronté.

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ISRAËL-PALESTINE

 

Le processus de paix souffre d'une grave maladie…
(N°23, Automne 1997, 4 pages)

Entretien avec Salim Tamari
conduit par Régine Dhoquois-Cohen

    L'entretien avec Salim Tamari, docteur d’Etat, professeur de sociologie à l'Université de Bir Zeit, a été réalisé à Paris en juin 1997, à l'occasion du colloque sur l'Histoire de la Palestine contemporaine auquel il participait. Le thème de son intervention était: "Les métamorphoses de l'identité palestinienne". Nous avons voulu l'interroger sur sa perception du "processus de paix", vu de l'intérieur des Territoires autonomes palestiniens.

 

 

La colonisation ou la paix
(N°23, Automne 1997, 14 pages)

Régine Dhoquois-Cohen

    Depuis la mi-juin 1997, la ville de Hébron est le théâtre d'affrontements sanglants entre les Palestiniens et les unités de l'armée israélienne qui gardent la colonie juive d'Hébron. Près de 200 Palestiniens ont été blessés dont certains très grièvement et une dizaine de militaires israéliens ont été blessés par des jets de pierres. Ces troubles ont commencé avec la distribution d’un tract à Hébron représentant Mahomet sous les traits d'un cochon, la tête ceinte d'un keffieh palestinien, en train de rédiger le Coran. Parallèlement, le début de la construction de la colonie de Har Homa (Djebel Abou Ghneïm pour les Palestiniens), en mars 1997, près de Jérusalem à l'entrée de Bethléem, a stoppé net les quelques essais de négociations de paix qui survivaient encore. Dans les deux cas, c'est la colonisation qui est à l'origine des troubles graves et de l'arrêt du processus d'Oslo.

 

 

Correspondance de Tel Aviv
Pour le moment, les liens sont maintenus…

(N°23, Automne 1997, 3 pages)

Fanny Fuks
(universitaire)

    Depuis le 9 juillet 1997, Israël a un nouveau gouvernement. Avec la démission forcée du ministre des Finances, Dan Meridor, et la démission plus ancienne de Beni Begin, et leur remplacement par Yakov Neeman (avocat d'affaires, ni député ni même officiellement membre du Likoud) aux finances, et Michael Eytan au ministère de la Science et de la Technologie, Benyamin Netanyahu a éliminé les "purs" de son parti.

 

 

Le comité pour les accords d’Oslo
(N°23, Automne 1997, 2 pages)

Ruth Fein   

    Comme suite à l'Appel des Mille, paru dans Le Monde en novembre 1996, et aux deux réunions publiques qui ont rassemblé plus d'un millier de personnes à Paris, un comité pour les Accords d’Oslo s'est constitué.
    Ce Comité se propose de cerner au plus près les événements, d'alerter l'opinion et d'accroître, par ses interventions, la pression sur le gouvernement d'Israël en faveur de la paix. En voici le texte fondateur.

 

 

La France a-t-elle une politique marocaine?
(N°23, Automne 1997, 7 pages)

Hubert Durand
(chercheur)

    Si la France a de moins en moins une politique étrangère algérienne, si elle se fait de plus en plus discrète en attendant la fin d’un conflit entre deux camps qui lui sont également hostiles, elle a au moins des "relations privilégiées" avec le Maroc. Une tradition de nos hommes politiques est, depuis longtemps, de faire, après leur nomination, leur premier voyage à l’étranger au Maroc. C’est ainsi que Michel Jobert fit sa première visite à l’étranger en 1973 au Maroc tout comme Jean-Bernard Raimond en avril 1986 juste après sa nomination. Il est vrai que le premier est né au Maroc et que le second avait été ambassadeur dans ce pays entre 1973 et 1977. Certes en 1986, Jacques Chirac visita d’abord la Tunisie et l’Algérie avant d’aller au Maroc mais il était allé dans ce pays en voyage privé en août entre ses deux autres voyages officiels au Maghreb. Pourquoi de telles relations?

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