Confluences Méditerranée                                       N°26                 Eté 1998

 


Israël, une nation
à la recherche d'elle-même

Dossier préparé par
Régine Dhoquois-Cohen, Bénédicte Muller, Jean-Christophe Ploquin

 

Introduction
(N°26, été 1998,  2  pages)

Régine Dhoquois-Cohen, Bénédicte Muller, Jean-Christophe Ploquin

Quand Hamadi Essid crée Confluences en 1991, peu de temps avant sa mort, il est plus particulièrement préoccupé par la poursuite du dialogue israélo-palestinien. Il ne vivra pas l'immense espoir des accords d'Oslo, la tragédie de l'assassinat de Rabin par un extrémiste juif, ni l'élection de Netanyahou, et le triomphe de la politique de fermeture de ce dernier.
C'est cette politique que son compagnon d'écriture, Théo Klein, dénonce dans une lettre ouverte à Nétanyahou en ces termes: "D'erreurs en démentis, vous auriez confondu l'art de la politique avec le théâtre d'ombres. En politique intérieure, vous auriez encouragé la marche des orthodoxes vers le rêve d'un Etat théocratique. En politique extérieure, brisé l'élan du processus d'Oslo, né de l'intelligence de Shimon Pères et du courage politique ditzhak Rabin."'
Beaucoup de choses ont été dites pour ce cinquantième anniversaire de l'Etat d'Israël et de la naqbah (la catastrophe) pour les Palestiniens.

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Qu'une génération courageuse et lucide se lève
(N°26, été 1998,  3  pages)

Théo Klein

(membre du barreau de Paris et du Barreau d'Israël)

La nation juive a traversé les siècles, rassemblé autour de ses 613 commandements, de ses petites synagogues et de ses rites qui se transmettaient de génération en génération en s’alourdissant, au passage, de nouvelles pratiques rituelles. Ainsi, les juifs ont acquis l’image d’un peuple singulier dont la singularité était l’une de ses revendications essentielles.
La souveraineté d’un Etat juif avait disparu depuis environ deux mille ans lorsque les sionistes, souvent échappés de la pratique rituelle mais attachés à leur histoire, sont revenus s’implanter sur la terre des ancêtres, d’ailleurs jamais abandonnée ni, surtout, oubliée.
L’évolution des nationalismes a conduit à la prise de conscience de l’importance d’une renaissance juive en dehors des souverainetés étrangères, marquées principalement par la chrétienté ou l’islam.

 

 

Entre citoyenneté et nationalité
(N°26, été 1998,  8 pages)

Entretien avec Alain Dieckoff
(chercheur au CNRS)
Conduit par Régine Dhoquois-Cohen

La loi du retour déroge aux lois de l'Etat-nation classique. Le sionisme a voulu créer un Etat-nation dans le sens occidental du mot, mais en même temps, c'est une diaspora qui a créé un Etat, et une fois l'Etat créé, il essaie d'attirer la diaspora.

 

 

50 ans après, les défis à relever
(N°26, été 1998,  7 pages)

Entretien avecYirmiyahu Yovel
Conduit par Régine Dhoquois-Cohen

Yirmiyahu Yovel est professeur de philosophie à l'Université Hébraïque de Jérusalem et à la New school for social research de New York. Il dirige l'Institut Spinoza de Jérusalem. L'Ifri (Institut Français des relations internationales) l'avait invité le 16 février 1998 à faire une conférence sur le thème "50 ans après, les défis à relever pour l'Etat d'Israël "qu'il développe ci-dessous au cours d'un entretien privé qu'il nous a accordé.

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"Israël, fait colonial?" 30 ans après
(N°26, été 1998,  16 pages)

Entretien avec Maxime Rodinson
(journaliste)
Conduit par Régine Dhoquois-Cohen

Les temps modernes publient en 1967, à la vieille de la guerre des Six jours, un numéro spécial sur le conflit israélo-palestinien qui fera date. Des Arabes et des Israéliens ainsi que quelques auteurs d’extraction juive s’y expriment et, en ouverture du numéro, Maxime Rodinson pose la question : " Israël, fait colonial ? " A partir d’arguments historiques il répond positivement à cette question. Trente ans plus tard, après trois guerres et l’Intifada et alors que l’Etat hébreu fête son cinquantenaire, a-t-il conservé sa vision d’alors ? Par ailleurs, ceux que l’on nomme les nouveaux historiens israéliens (Tom Segev, Benny Morris...) ont revisité l’histoire d’Israël depuis quelques années et sont arrivés à des conclusions qui vont plutôt dans son sens. Qu’en pense-t-il ?

 

 

"Ne dis pas la terre est ton essence..."
(N°26, été 1998,  8 pages)

Yoram Kanyuk
(écrivain)

J’essaie de retrouver celui que j’étais il y a cinquante ans et ceci n’est pas chose facile à faire. A mon avis, l’Etat juif d’aujourd’hui n’a pas une si bonne mine. Il est né quand toutes les portes européennes étaient fermées pendant et après la Deuxième Guerre mondiale.
Afin de sauver ces juifs, je me suis mobilisé dans le combat pour qu’un Etat juif soit établi sur une partie de la Palestine. Chose indispensable même si, aux yeux des Arabes, cela constituait un sacrilège d’une gravité particulière. Je me suis enrôlé dans l’armée à l’âge de dix-sept ans. C’était l’hiver. J’ai effectué des entraînements sur des bateaux, en mer près de Césarée mais ils se sont avérés inutiles puisqu’en mars 1947, nous avons été envoyés au combat dans les environs de Jérusalem. Nous sommes restés dans cette région jusqu'à fin mai 1948, date à laquelle je fus blessé pour la dernière fois.

 

 

Les Israéliens sont plus réalistes que le gouvernement ne le croit
(N°26, été 1998,  5 pages)

Entretien avec Tom Segev
(historien)
Conduit par Jean-Christophe Ploquin

Fer de lance de la recherche historique en Israël, Tom Segev explique combien le souvenir de l’Holocauste est un enjeu conflictuel en Israël. Considérant Israël comme une «success story», il estime que le sionisme est une idéologie finissante, seulement réveillée par le conflit avec les Palestiniens. La paix avec ceux-ci obligerait en effet les Israéliens à redéfinir l’identité et la raison d’être de leur État. Il réaffirme qu’en 1948, la moitié des réfugiés palestiniens a été expulsé.

 

 

L'épopée des juifs d'ex-URSS
(N°26, été 1998,  14 pages)

William Berthomière
(géographe)

Flâner sur Ben Yehuda ou faire du shopping sur Diengoff provoque inévitablement étonnements et interrogations chez le promeneur venu passer quelques jours en Israël. Que ce soient les discussions entendues à une terrasse de café, celles tenues par un jeune couple à l’entrée d’un Supersold ou bien encore ce journal abandonné sur un siège de bus 405, reliant Tel Aviv et Jérusalem, tous ces indices dévoilent un pays teinté, étrangement, de sonorités et de scènes de vies aux origines bien plus slaves que méditerranéennes.

Immigrants d'ex-URSS en Israël

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Double-cliquez sur la carte ci-dessus pour les avoir en taille réelle

 

 

Les bédouins du Néguev face à l'Etat d'Israël, 50 ans après
(N°26, été 1998,  7 pages)

Cédric Parizot
(doctorant à l'EHESS)

Quelle est la situation des Bédouins en Israël? Quelles sont leurs relations avec les autorités? Comment se situent-ils par rapport aux Arabes israéliens et aux Palestiniens? Cinquante ans après avoir été dépossédés de 90% de leurs territoires, la population bédouine s'est plus ou moins intégrée dans un Etat qui se définit comme un Etat juif et en ayant le sentiment que leur propre Etat ne les protège pas.

 

 

Le droit au secours de la paix en Palestine
(N°26, été 1998,  9 pages)

Monique Chemillier-Gendreau
(universitaire)

Les situations qui perdurent pendant des décennies en produisant des suites ininterrompues de souffrances relèvent généralement de problématiques mal posées. Il en va ainsi du conflit israélo-palestinien. La logique imposée jusqu’ici par la société internationale s’avère impropre à servir de cadre à un processus de paix effectif. Il faut donc retourner aux sources de la problématique, en vérifier et éventuellement en contester la pertinence. Ce qui est proposé ici est une analyse strictement juridique de ce que l’on appelle le droit positif (le droit en vigueur selon des normes reconnues).

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La non-application des résolutions de l'ONU
(N°26, été 1998,  6 pages)

Marie-Claude Dock
(docteur d'Etat en droit)

Avant l’admission d’Israël comme membre d’Organisation des Nations unies en 1949 par la résolution 273(III), le représentant de cet Etat avait pris, devant la commission politique spéciale, des engagements inscrits au paragraphe 3 de cette résolution, aux termes desquels Israël mettrait en application les résolutions des Nations unies et plus particulièrement les résolutions 181(II) du 29 novembre 1947 sur le partage et 194(III) du 11 décembre 1948 qui d’une part affirme le droit des réfugiés palestiniens de retourner dans leurs foyers et d’autre part prévoit, pour ceux qui ne désirent pas exercer leur droit de retour, le versement d’une indemnisation conformément aux principes de droit international.
Depuis lors, cinquante ans se sont écoulés et l’existence d’un Etat palestinien indépendant est encore théorique alors même que les engagements pris par Israël lui sont opposables selon la jurisprudence de la Cour internationale de Justice.

 

 

Quels droits pour la personne ?
(N°26, été 1998,  6 pages)

Claire Bertrand et Paul Kessler
(Amnesty international et CNRS)

Que ce soit dans les Territoires palestiniens ou au Sud-Liban occupé, la situation des droits de l’homme est loin d’être exemplaire. Torture, détention abusive, extension des implantations, démolition des maisons, etc. sont le fait des Israéliens, mais les Palestiniens aussi ne sont pas sans reproche.

 

 

Le prix à payer pour l'intégration d'Israël dans le monde arabe
(N°26, été 1998,  8 pages)

Bassma Kodmani-Darwish
(Directeur de recherche à l'IFRI)

Le processus de paix a commencé en 1991 et après sept ans qu'a-t-on accompli ? Un seul accord de paix entre Israël et la Jordanie, puisque les Accords de Camp David existaient déjà. Depuis 1979 l'Egypte attendait ce processus de paix pour donner une réalité diplomatique et sociétale, une dimension réelle à des accords de paix qui étaient restés formels depuis 1979. Tant que cette paix restait séparée, elle restait un édifice vide qu'il était impossible selon les Egyptiens de meubler.

 

 

Les troubles de l'identité israélienne
(N°26, été 1998,  7 pages)

Entretien avec Eytan
Conduit par Martine Timsit

Eytan a 27 ans. Il est né en France de mère israélienne et de père français. A l’âge de 11 ans (en 1981), après l’attentat de la synagogue de Copernic et divers incidents antisémites, il est parti avec ses parents vivre en Israël. Il parle et écrit couramment l’hébreu. Il a vécu ses onze premières années en France dans une ambiance israélienne " bien chaude ", selon ses propres termes, mais laïque à 100%. Il allait à l’école israélienne de Paris. Il passait toutes les fêtes en Israël dans la famille. Il raconte ses difficultés, ses espoirs déçus, son dégoût des religieux qui l’empêchent de vivre comme il l’entend, et tente de définir ce que pourrait être une identité israélienne laïque.

Vous pouvez lire la totalité de cet entretien en double-cliquant ici

 

 

Visite à Jaffa
(N°26, été 1998,  5 pages)

Salim Tamari
(universitaire)

C’est à une promenade douce amère que nous invite à sa suite Salim Tamari. Les lieux parcourus resuscitent les souvenirs enfouis comme des cadeaux, les sœurs Andraus, ou… comme des blessures.

 

 

Si les pierres parlaient...
(N°26, été 1998,  3 pages)

Nora Kort
(présidente de la Société des femmes de la communauté arabe orthodoxe à Jérusalem )

Mon histoire ressemble à celle de centaines de milliers de Palestiniens qui furent chassés de Palestine en 1948 quand naquit l'Etat d'Israël, le 14 mai. Au moment où les Juifs fêtent le cinquantième anniversaire, nous, les Palestiniens nous commémorons 50 ans de naqba (catastrophe).

 

 

Femmes engagées pour la paix (1990-1998)
Les héroïnes sont-elles fatiguées ?

(N°26, été 1998,  9 pages)

Danielle Storper-Perez et Valérie Pouzol

En donnant la parole à trois femmes qui militent pour la paix, une Palestinienne, une Israélienne et une Palestinienne vivant en Israël dont les propos ont été recueillis à deux reprises dans une période d’une dizaine d’années, l’intention est de montrer à travers leur évolution, comment s’entrecroisent histoires individuelles et histoires collectives pour tisser la trame de leurs actions communes.

 

 

La politique de Netanyahu divise le monde juif tout entier
(N°26, été 1998,  5 pages)

Entretien avec Alain Finkielkraut
Conduit par Jean-Christophe Ploquin

Philosophe et écrivain français, Alain Finkielkraut évoque son profond attachement à Israël mais explique son accablement devant la crise interne qui déchire l’État hébreu. Israël devra selon lui en passer par un violent affrontement interne pour pouvoir faire la paix avec les Palestiniens. Mais l’issue de cet affrontement est indécise.

 

 

Lettre à Bill Clinton
(N°26, été 1998,  2 pages)

Sir Yehudi Menuhin

Pour maintenir la paix en Terre Sainte et au Proche-Orient, Yehudi Menuhin appelle à la désescalade et notamment au désarmement des forces nucléaires en présence, les Irakiens comme les Israéliens, et demande au Président des Etats-Unis d’Amérique son soutien.

 

 

La diaspora allemande et Israël
(N°26, été 1998,  6 pages)

Michael Brenner
(universitaire)

En 1945, rares étaient les juifs allemands qui avaient choisi de demeurer sur " le sol maudit ". Grossie par les flux d’immigrants de l’ex-RDA et de l’ex-URSS, la communauté juive allemande compte aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de personnes et est appelée à se développer encore plus. Parallèlement, ses relations avec Israël ont connu une telle évolution qu’elle est devenue le " troisième pilier " de l’Etat hébreu.

 

 

Appel international du Comité pour la sauvegarde des accords d'Oslo
(N°26, été 1998,  6 pages)

( Publié dans LE MONDE en Mai 1998)

Depuis un an et demi, le gouvernement israélien s'efforce de vider de tout leur contenu les accords d'Oslo signés à Washington le 13 septembre 1993 entre Israël et l'OLP.
Cette politique de mépris, de mensonges, de provocations (poursuite de la colonisation, blocages répétés des territoires, etc.) conduit à un isolement croissant d'israël sur la scène internationale, porte atteinte à son développement économique et menace gravement l'avenir du pays et la paix.

 

 

Actuel

 

La perception de la Turquie par les acteurs régionaux
Chypre, Bulgarie, Albanie

(N°26, été 1998,  5 pages)

Semih Vaner
(chercheur au CERI)

Directeur des Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, chercheur au CERI, Semih Vaner c'est rendu en Turquie, à Chypre, en Bulgarie et en Albanie en décembre 1997. Il nous livre ses observations comme une sorte de carnet de voyage.

Vous pouvez lire la totalité de cet entretien en double-cliquant ici

 

 

Un petit air de poudre
(N°26, été 1998,  5 pages)

Christophe Chiclet
(journaliste)

Du 13 au 25 avril 1998, un groupe de l'Entraide protestante suisse (EPER) est venu s'informer sur la situation en Albanie et en République de Macédoine. Christophe Chiclet les a suivi dans ces régions troublées. Leur périple les a conduits de Durrës à Salonique, sur les traces de l'ancienne voie romaine Egnatia, en passant par Tirana, Elbasan, Pogradec, Sveti Naum, Ohrid, Gostivar, Tetovo, Skopje, Strumica et Kilkis.

 

 

Confluences culturelles

 

Cinémas palestinien et israélien : le miroir enrayé
(N°26, été 1998,  12 pages)

Bernard Lecat
(journaliste)

Comprendre le conflit israélo-palestinien dans sa complexité nécessite cependant de ne pas s’arrêter uniquement aux événements de l’actualité. Les documentaires et les films palestiniens et israéliens sur ce conflit, projetés cette année par l’Institut du Monde Arabe à Paris, témoignent d’une grande maturité et permettent de mieux comprendre les différentes facettes d’une opposition meurtrière.