Confluences Méditerranée                                       N°28               Hiver 1998-99

 


Méditerranée, l'inévitable dialogue

Dossier préparé par Jean-Paul Chagnollaud

 

Introduction
(N°28, Hiver 98-99,  3 pages)

Jean-Paul Chagnollaud

Matrice de civilisations exceptionnelles, lieu d'émergence des trois grandes religions monothéistes, source d'inspiration de poètes, d'écrivains et de philosophes mais en même temps espace de toutes les barbaries, berceau de tant d'intégrismes et creuset de multiples formes de replis identitaires, la Méditerranée est décidément une région particulière. Depuis sept ans déjà Confluences s'est attachée à proposer des analyses susceptibles de contribuer à la compréhension de cette histoire contemporaine faite souvent de bruits et de fureurs.

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Extraordinaire et douloureuse modernité d'Averroès
(N°28, Hiver 98-99,  10 pages)

Entretien avec Alain de Libéra
Conduit par Jean-Christophe Ploquin

Spécialiste de la philosophie médiévale, Alain de Libéra conduit depuis plusieurs années un travail de retraduction des œuvres du philosophe andalou du XIIe siècle, Averroès dont l'oeuvre majeure a été de concilier la philosophie et la religion, les deux voies pour accéder à l'unique vérité.

 

 

MULTAQA A AGRIGENTE


Présentation
(N°28, Hiver 98-99,  2 pages)

Federico Mayor

(Directeur-général de l'UNESCO)

    Le rôle très important que joue aujourd'hui la Méditerranée m'a conduit à lancer un programme qui groupe des activités ayant trait aux domaines de compétence de l'UNESCO dans cette zone. Ses deux axes majeurs sont la culture de la paix et l'interculturalité. Le Programme Méditerranée se caractérise d'une part par son approché globale de l'aire méditerranéenne, qui diffère des projets conçus dans une optique Nord-Sud, et de l'autre par sa nature essentiellement pratique et opérationnelle. Il associe un vaste ensemble de réseaux actifs sur le terrain dans les secteurs de l'éducation, la science, la culture et la communication, reliant entre eux près de mille associations, communes, fondations, universités, centres, instituts, etc.

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Pourquoi ce Multaqa ?
(N°28, Hiver 98-99,  4 pages)

José Vidal-Beneyto

(responsable du Programme Méditerranée de l'UNESCO)

  La Méditerranée n'est pas une "mare incognita" et l'espace méditerranéen et les pays qui le composent ne sont pas un sujet inédit. Depuis l'Antiquité ils ont fait l'objet de très nombreux récits, descriptions, commentaires, analyses, rapports, études sur les plus divers aspects, qui ont donné lieu à une très vaste bibliographie concernant tous les secteurs scientifiques et tous les domaines de l'érudition humaine.

 

 

Penser la Méditerranée et méditerranéiser la pensée
(N°28, Hiver 98-99,  15 pages)

Edgar Morin

(sociologue)

  Les cartes géographiques et par là-même nos représentations mentales nous empêchent de voir la Méditerranée. Je le compris à Valence où, devant faire un cours sur la Méditerranée, j'en demandai la carte. La carte, cherchée partout, fut introuvable : il y avait des cartes d'Europe, d'Asie, d'Afrique, mais pas de carte méditerranéenne. Et pourtant, durant des milliers d'années, cette mer fut matricielle et porta en elle la plénitude civilisatrice. Durant l'Empire romain elle fut littéralement le centre du monde provisoirement pacifié. C'étaient les terres qui entouraient la mer. Puis à partir du XVIe siècle lui est venu le nom de mer-au-milieu-des-terres, Méditerranée. Ce nom fut la conséquence du développement des civilisations continentales. Aujourd'hui la plénitude est devenue vide, la mer est devenue frontière.

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Multaqa à Agrigente
(N°28, Hiver 98-99,  3 pages)

André Chouraqui

   Le Multaqa d'Agrigente marque une date importante dans l'histoire de la Méditerranée. Cette rencontre de tous les peuples qui bordent notre mer, par sa seule existence, ouvre un chapitre nouveau dans l'histoire de notre temps. Ne faut-il pas remonter au IVe siècle de notre ère pour imaginer une rencontre possible de tous les peuples de cette mer divisée par tant de conflits politiques ou religieux?

 

 

Un soleil plus grand que la lumière
(N°28, Hiver 98-99,  14 pages)

Salah Stétié

(écrivain)

   La Méditerranée est une culture, mais c'est aussi une barbarie. "Il n'y a rien de plus sinistre que le soleil", écrit Jean-Paul Sartre dans Les Mouches, pièce sont on sait qu'elle reprend l'un des grands thèmes de la tragédie méditerranéenne. Et il est bien vrai que, sans remonter aux origines, elles aussi si souvent sanglantes de notre mer aimée, cette mer sans laquelle nous ne serions pas ce que nous sommes, hommes et femmes d'ici mais hommes et femmes aussi bien des ailleurs, oui, il est vrai, à seulement regarder autour de nous, hic et nunc, que la tragédie continue d'éclaire sombrement, sinistrement, l'actualité de nos pays. Je ne citerai, de ces pays, aucun nom. Je dirai seulement que  même la rive ouest de la Méditerranée qu'on aurait pourtant pu estimer préservée est aussi chargée d'événements dramatiques, par île interposée ici, par région linguistique là, que sa rive sud ou que sa rive est.

 

 

L'UNESCO et le dialogue Islam et Occident
(N°28, Hiver 98-99,  9 pages)

Ehsan Naraghi

(conseillé du Directeur-général de l'UNESCO)

  De tout temps, la Méditerranée a été un lieu d'échanges, où se sont côtoyées les cultures et les religions, avec plus ou moins de bonheur, avec plus ou moins de tolérance. Pour beaucoup d'entre nous, la Méditerranée c'est avant tout l'Antiquité : les pharaons d'Egypte, Athènes et la démocratie, Rome et son empire. Peut-être pouvons-nous y ajouter les Phéniciens : Carthage, Byblos, quelques taches, quelques repères, mal situés dans le temps et l'espace. Guerre ? Paix ? Comment la définir?

 

 

Mélange des mondes ou ligne de partage ?
(N°28, Hiver 98-99,  9 pages)

Mohammed Bedjaoui
(magistrat auprès de la Cour internationale de Justice de La Haye)

 Quel message d'avenir la Méditerranée est-elle encore capable de délivrer au monde ? L'avenir de la Méditerranée s'inscrirait plutôt dans le culturel et dans les valeurs morales en dépit des différences entre les deux rives dans ce domaine.

L'espace méditerranéen a perdu depuis très longtemps sa primauté économique et son rôle politique mondial. Il ne peut aspirer à un destin hors série. Mais cela ne signifie pas que la route de son développement politique et économique, à portée seulement régionale et nullement à ambition mondiale, lui reste définitivement barrée.

 

 

ÉCRIVAINS DES DEUX RIVES

Culture plurielle
(N°28, Hiver 98-99,  2 pages)

Pierre
Grou
(professeur à l'Université de Versailles/Saint-Quentin en Yvelines)

L'Université de Versailles/Saint-Quentin en Yvelines a réuni pour la seconde fois des écrivains méditerranéens. Organisée par   Katia Desrosières à l'initiative de Pierre Grou, cette rencontre s'est tenue sous le titres : "Écritures algériennes, culture plurielle méditerranéenne".
Comme elle l'a fait pour la première rencontre, Confluences Méditerranée publie les textes des écrivains participants.

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L'alchimie de la rencontre
(N°28, Hiver 98-99,  10 pages)

Cécile Oumhani
(écrivain, autour de poèmes, entre autres Fibules sur fond de pourpre, membre de l'équipe de rédaction d'Encres Vagabondes)

Deux textes où l'auteur nous livre toute la signification de la rencontre entre son monde d'origine et la Méditerranée, à la faveur de la découverte d'un nouvel univers.

Un autre rivage  suivi de Paysages méditerranéens

 

 

Parler de l'Algérie
(N°28, Hiver 98-99,  2 pages)

Jean Guiloineau
(écrivain, traducteur, a publié Nelson Mandela aux Éditions Payot)

   Parler de l'Algérie était une nécessité il y a quelques années. Aujourd'hui, cela est devenu une urgence et pour au moins deux raisons.

 

 

Poésie, notre part d'ombre et de lumière
(N°28, Hiver 98-99,  7 pages)

Amina Saïd
(écrivain, poète, traductrice)

  A lire les poètes des rives solaires de la Méditerranée, qui sont aussi les miennes, on ne peut qu'être frappé par la récurrence de la dialectique de l'ombre et de la lumière, des ténèbres et de la clarté, du jour et de la nuit. Et sans doute importe-t-il de saisir le processus qui les sépare ou les rapproche.

 


Atouts et pièges de la pluriculturalité
(N°28, Hiver 98-99,  8 pages)

Rolland Doukhan
(écrivain et secrétaire général de l'Association pour le judaïsme humaniste et laïc)

"Nous devons accepter les périls   ; le temps des artistes assis est fini."
Albert Camus
"L'Algérie est l'esprit de mon âme, la France l'âme de mon esprit."
Jean Amrouche

Curieusement, on semble se retrouver aujourd'hui, en France, à près d'un demi-siècle de distance, devant la situation qui a servi comme toile de fond à ces deux citations. Mais devant une situation, pour ainsi dire, en miroir, une situation inverse de celle devant laquelle s'étaient trouvés beaucoup d'écrivains algériens francophones et francographes (veuillez excuser cet affreux néologisme). En effet, c'est aujourd'hui un groupe ethnique minoritaire qui tente d'adopter la langue et la culture françaises, majoritaires, alors que durant la présence de la France en Algérie, c'était le groupe ethnique minoritaire français qui imposait cette même langue et cette même culture au groupe majoritaire algérien.

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Actuel


L'immigration en Espagne
(N°28, Hiver 98-99,  12 pages)

Carlos Giménez Romero
(Professeur à l'Université Autonome de Madrid)

  L'Espagne possède une histoire longue et intense d'émigration, particulièrement vers l'Europe et l'Amérique Latine. Le solde migratoire ne s'est inversé qu'en 1974, ceux qui revenaient étant cette année-là plus nombreux que ceux qui s'en allaient. C'est alors que commencèrent à s'installer, petit à petit, les premiers "immigrés étrangers" (Marocains, Sénégalais, Gambiens, etc.) en partie à cause de la fermeture progressive des frontières en Europe, mais aussi de par l'attrait qu'exerçait la nouvelle situation économique et politique du pays.

(traduit de l'espagnol par Anatole Muchnik)

 

 

KOSOVO
L'étrange armée des ombres
(N°28, Hiver 98-99,  10 pages)

Christophe Chiclet

    Victime de la répression des autorités serbes depuis dix ans, les Albanais du Kosovo, ou Kosovars, avaient choisi la désobéissance civile et le combat pacifiste. Mais dans l'ombre, une poignée d'adeptes de la lutte armée préparaient en silence l'affrontement militaire. Depuis février 1998, l'Armée de libération du Kosovo (UCK : Ushtrija Clirimtarë e Kosoves) est devenue un acteur incontournable, pris en compte par tous les acteurs de ce drame.