.Confluences Méditerranée                                          N°3            Printemps 1992

 


Maghreb :
la démocratie entre parenthèses ?

 

Le militaire, le démocrate et l'islamiste
(N°3, Printemps 1992,  12 pages)

Jean-Paul Chagnollaud

L'Algérie et la Tunisie sont, depuis quelque temps, engagées dans un processus de démocratisation. Dans une certaine mesure, les situations et les forces en présence sont comparables : à la volonté d'instaurer un système démocratique s'opposent, à la fois, la crainte des gouvernements en place de perdre le contrôle de ce qu'ils ont enclenché et la peur, partagée par beaucoup, des conséquences d'une prise du pouvoir par les forces non-démocratiques des mouvements islamistes.

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L'école et la citoyenneté
(N°3, Printemps 1992,  8 pages)

Entretien avec Mohamed Charfi
conduit par Anissa Barrak

Dans un processus de démocratisation, l'éducation est considérée, avec la culture, comme un élément fondamental pour construire une nouvelle conscience de la citoyenneté et de la modernité. Dans le contexte tunisien actuel, l'éducation constitue un enjeu politique entre les démocrates et les islamistes, ces derniers ayant toujours voulu l'investir pour en faire le terreau de leur audience. La responsabilité de ce ministère clé a été confié à Mohamed Charfi, président d'honneur de la Ligue des Droits de l'homme, que ses adversaires islamistes, qui ne s'y trompent pas, appellent "le tarisseur des sources".

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Algérie : la démocratie en suspens
(N°3, Printemps 1992,  15 pages)

Abderrahim Lamchichi
(maître de conférences en science politique à la Faculté de Droit d'Amiens,
auteur de Islam et contestation au Maghreb, L'Harmattan, 1990 et de L'Algérie en crise, L'Harmattan, 1991)

Coup d'Etat légal, coup d'Etat constitutionnel, putsch déguisé... les qualificatifs n'ont pas manqué pour désigner le brutal coup d'arrêt porté par l'armée, en janvier 1992, au premier processus électoral engagé depuis l'indépendance de l'Algérie et la reprise en main autoritaire du pouvoir par un Haut Comité d'Etat.

 

 

Émigration, armée, culture et démocratie en Algérie
(N°3, Printemps 1992,  16 pages)

Gilbert Meynier
(professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Nancy IIl)

L'objet de ce texte est une réflexion historique sur la conception, les images et la matérialité du pouvoir en Algérie depuis un siècle et demi. La confiscation par le colonisateur du pouvoir politique, la dépossession et la dépendance économiques, la domination d'une société par une autre société, d'une culture par une autre culture, l'infériorisation et la discrimination coloniales généralisées, ne laissèrent pas le peuple algérien sans réaction. Parmi les paradigmes de la libération entrevue, deux furent reliés à des phénomènes portés par la colonisation, qui firent connaître aux hommes d'autres horizons que celui de leur quotidienneté autocentrée : l'émigration ouvrière et l'acculturation militaire.
Il s'agit ici d'examiner les effets historiques de chacun de ces deux axes et d'évaluer en quoi, jusqu'à une date récente, le militaire l'a décisivement emporté du point de vue du pouvoir. Ce triomphe fut en prise sur d'anciennes valeurs de la société dont il faudra analyser le poids et l'évolution.

 

 

L'égalité des chances par l'éducation
(N°3, Printemps 1992,  15 pages)

Dorra Mahfoudh
(sociologue, expert auprès du PNUD)

En Tunisie, démocratiser l'éducation ou réduire l'inégalité des chances devant l'enseignement a toujours été, comme dans beaucoup de pays, la finalité première de toute réforme et d'importants moyens ont été mis en œuvre pour l'atteindre. Pourtant, le système éducatif continue à produire des inégalités. Il n'offre pas à tous les enfants, à tous les jeunes, des chances égales pour faire face à la vie et aux réalités mouvantes du monde du travail. En 1989, 37,1% de la population tunisienne et 48,1% des femmes sont analphabètes. En milieu rural, l'analphabétisme touche, à la même date, 65,8% des femmes. Des différences individuelles se transforment sous l'action de l'école en différences sociales pour maintenir l'écart entre les régions, les milieux sociaux et les sexes. Au terme de trente-cinq années d'indépendance, quel est le chemin parcouru sur la voie de la démocratisation de l'école ?  Pourquoi, même lorsque l'école est sur place, les enfants de certaines catégories de milieux urbains ou ruraux ne peuvent-ils pas en bénéficier ?

 

 

Paradoxes algériens
(N°3, Printemps 1992,  12 pages)

Entretien avec Hocine Zahouane
conduit par Jean-Paul Chagnollaud

Entre l'armée qui vient d'imposer brutalement son pouvoir en mettant fin au processus de démocratisation et le Front islamique du salut qui est soutenu par de larges secteurs de la population algérienne, il n'est pas simple de défendre les valeurs de la démocratie. C'est ce qu'explique Hocine Zahouane, avocat et vice-président de la Ligue algérienne des Droits de l'homme.

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La longue marche des femmes algériennes
(N°3, Printemps 1992,  8 pages)

Baya Gacemi
(journaliste)

Si le discours politique dominant en Algérie prône le retour aux valeurs traditionnelles et par conséquent, ne favorise pas l'accès des femmes à la vie publique, il n'en demeure pas moins que celles-ci ont pu exploiter des brèches ouvertes dans le système patriarcal en place grâce, essentiellement, à la scolarisation. Les femmes algériennes ont encore une longue marche à faire pour accéder à une pleine citoyenneté.

 

 

L'islam contre la modernité ?
(N°3, Printemps 1992,  9 pages)

Mohamed-Chérif Ferjani
(professeur de science politique à l'Université de Lyon II,
auteur de Islamisme, laïcité et droit de l'homme, L'Harmattan, 1991)

Le passage à la démocratie dans les sociétés arabes se heurte à une série d'obstacles et de blocages qui semblent insurmontables. L'expérience, amère, que nous venons de vivre avec l'interruption du processus électoral en Algérie, montre encore une fois, et de façon encore plus tragique, l'ampleur des difficultés d'une évolution démocratique de ces sociétés.

 

 

Le FIS et l'héritage du FLN
La gestion des communes
(N°3, Printemps 1992,  9 pages)

Ramdane Babadji
(maître de conférences à l'Université d'Oran et à celle de Paris VII)

La victoire des islamistes aux élections municipales et départementales de juin 1990 a donné lieu à une floraison d'analyses souvent savantes mais toujours aléatoires puisqu'à ce ce jour en effet, les résultats de ces élections ne sont pas connus dans le détail. En se polarisant sur les résultats ou du moins ce qui est donné comme tel, les commentaires ont relativement occulté une autre dimension de l'accès des islamistes au pouvoir local. Comment les islamistes du FIS occupent-ils l'espace politique local ?

 

 

Au nom des grands principes de l'islam
(N°3, Printemps 1992,  8 pages)

Entretien avec Abdelfattah Mourou
conduit par Jean-Paul Chagnollaud

Cet entretien avec Abdelfattah Mourou, avocat et ancien numéro deux du mouvement islamiste tunisien Ennahda, a été réalisé il y a deux ans, au moment où ce mouvement espérait encore obtenir sa légalisation comme parti politique. Inédit à ce jour, il demeure un document utile à la compréhension du projet politique porté par les islamistes de ce pays car il exprime des positions de fond qui restent à ce jour inchangées. Il faut rappeler cependant que Abdelfattah Mourou a, depuis, quitté le mouvement Ennahda en raison des choix radicaux prônés par d'autres dirigeants.

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L'Etat contre la nation

(N°3, Printemps 1992,  7 pages)

Brahim Younessi
(journaliste)

Alors qu'il avait recueilli une nette majorité au premier tour des élections législatives de décembre 1991, le Front islamique du salut a été interdit à la suite du coup d'Etat qui a brutalement arrêté, en janvier 1992, le processus de démocratisation en Algérie.
Brahim Younessi, journaliste algérien qui se définit lui-même comme proche du FIS, nous livre ici sa lecture de la situation.

 

 

La Mauritanie à l'heure du multipartisme
(N°3, Printemps 1992,  7 pages)

Paul Balta
(journaliste et écrivain)

La Mauritanie s'est franchement engagée dans un processus de démocratisation avec l'organisation, le 24 janvier 1992, d'une élection présidentielle, la première depuis la chute du régime de Mokhtar Ould Daddah, en juillet 1978. Avant d'analyser les modalités de cette consultation et le fonctionnement de ce processus, il est indispensable de situer, brièvement, l'évolution historique, ethnique et sociologique du pays car elle conditionne largement la vie politique actuelle.

 

 

Maroc : un nouveau lifting pour la "démocratie" hassanienne ?
(N°3, Printemps 1992,  8 pages)

Jean-François Clément
(professeur à Nancy, auteur de plusieurs études sur la Maroc)

En mars 1992, le roi du Maroc annonça une nouvelle réforme de la Constitution. L'actuelle Constitution date du 10 mars 1972. Elle a déjà été modifiée par les référendums des 22 et 30 mai 1980. Le but du souverain chérifien est, selon ses propres termes, de "modifier les dispositions qui organisent les rapports entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif afin d'établir un meilleur équilibre entre les deux pouvoirs". Ceci revient à dire que les rapports entre l'exécutif et le législatif étaient déséquilibrés. Au profit et donc au détriment de qui et pourquoi ? Peut-on espérer que cet aménagement technique sera le prélude à une ouverture politique et au développement d'une authentique démocratie au Maroc ?

 

 

Libye : pouvoir gestionnaire et pouvoir révolutionnaire
(N°3, Printemps 1992,  12 pages)

Moncef Djaziri
(chercheur au CNRS, professeur à l'Institut de science politique à l'Université de Lausanne)

En dépit de son "étrangeté" ou de sa spécificité, la vie politique libyenne nous paraît d'autant plus utile et intéressante à analyser qu'elle constitue un "cas" à partir duquel certains des problèmes du Maghreb peuvent recevoir un éclairage nouveau, en particulier concernant le rôle de l'islam dans les systèmes politiques, la construction d'un centre politique avec l'effort de création d'institutions politiques qui s'inspirent de la tradition arabo-islamique et le difficile problème de la démocratisation des sociétés arabes en général, et le Libye en particulier.

 

 

Confluences culturelles

 

Regards d'artistes
(N°3, Printemps 1992,  11 pages)

Entretiens avec Férid Boughedir et Rachid Koraïchi
conduits par Anissa Barrak

Par le développement de la sensibilité et de l'esprit d'ouverture chez l'individu, la culture peut contribuer à lui communiquer les bases de l'acceptation de la différence et la diversité et consolider son aspiration à la liberté.. autant d'éléments indispensables à la formation d'un esprit apte à accueillir un processus de démocratisation et à y participer. Les artistes Férid Boughedir et Rachid Koraïchi nous communiquent leurs points de vue sur la place qu'occupe la culture dans leurs pays respectifs, la Tunisie et l'Algérie.

Dessins de Rachid Koraïchi

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Double-cliquez sur les dessins ci-dessus pour les avoir en taille réelle

 

 

Huit centimètres...
(N°3, Printemps 1992,  5 pages)

Une nouvelle de Bujar Luca

Le silence était partout le même. Dans sa cellule, et maintenant dans l'atmosphère tout autour, il sentait dans l'air la même indifférence, la même suspicion à son égard. Les gens assis en face semblaient inquiets : peut-être était-ce sa coupe de cheveux qui leur laissait deviner d'où il venait, ou bien était-ce simplement l'expression de ses yeux. Mais le fait est que, pendant ce voyage qui durait depuis six heures, ils ne lui avaient jamais adressé la parole.