Transition politique au Maroc Dossier préparé par Gema Martin Munoz et
Abderrahim Lamchichi |
De formidables défis pour le jeune
roi Mohamed VI
(N°31, Automne 1999, 15 pages)
Abderrahim Lamchichi
Considéré comme un authentique démocrate, le nouveau roi Mohamed VI représente pour les Marocains un immense espoir de changement et de modernisme. Il devra maîtriser l'armée et les islamistes, poursuivre et approfondir la politique d'ouverture démocratique entamée - bien tardivement, il est vrai - par son père et établir une réforme sociale négligée par celui-ci. Sa volonté de marquer une rupture avec certaines pratiques détestables du passé et d'ancrer la démocratie au Maroc est bien réelle. Mais il devra tout d'abord affirmer son autorité dans un pays miné par la pauvreté et le chômage, la corruption et le népotisme et fragilisé par certaines forces de l'ancien régime, dont la nomenklatura conservatrice opposée à tout véritable changement.
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Hassan II, du féodal au (presque)
libéral
(N°31, Automne 1999, 9 pages)
Paul Balta
(journaliste et écrivain)
Hassan II, dix-septième souverain de la dynastie alaouite, installée en 1666, s'est éteint le 23 juillet à Rabat à l'âge de 70 ans. Son long règne de trente-huit ans - il était monté sur le trône à la mort de Mohamed V, le 26 février 1961 - s'est achevé mieux qu'il n'avait commencé. Monarque absolu et féodal à ses débuts, il s'est imposé depuis la fin des années 1980 comme le chef d'Etat le plus libéral du monde arabe et ce malgré les atteintes aux droits de l'homme commises dans le passé. Il est le seul aussi à avoir, depuis février 1998, pratiqué l'alternance (même s'il revient à Mohamed VI de la parfaire et de la consolider) en nommant Premier ministre Abderrahmane Youssoufi, chef de l'USFP et ancien prisonnier politique.
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Après la mort de Hassan II, que triomphe la démocratie !
(N°31, Automne 1999, 2 pages)
Abraham Serfaty
Le roi Hassan II est décédé ce 23 juillet. Il vient d'être enterré dans la solennité conforme à sa fonction. En une telle heure, je me garderai de porter un jugement sur son règne ; de plus ce jugement appartient désormais à l'Histoire.
(le 25 juillet 1999)
Les spécificités de la transition marocaine :
Islamisme et politique au Maghreb
(N°31, Automne 1999, 20 pages)
Abderrahim Lamchichi
Les pays du Maghreb sont actuellement confrontés à de
multiples défis : les mutations sociales, la modernisation du système éducatif et
judiciaire, le développement à l'heure de la mondialisation, la découverte de
modalités adaptées dans le cadre d'une régulation démocratique.
Mais dans la mesure où les mouvements islamistes ont réussi à s'imposer comme des
vecteurs importants de la contestation des pouvoirs établis, la gestion de cette
opposition islamiste est une question centrale que doivent affronter les sociétés.
Une transition politique verrouillée
(N°31, Automne 1999, 19 pages)
Aziz Enhaili
(doctorant en science politique à l'Université Laval)
Le monde d'après la Seconde Guerre mondiale a connu trois vagues successives de démocratisation. La première a fait écrouler, pendant les années 1984-85, les régimes autoritaires du Portugal, d'Espagne et de Grèce. La deuxième a touché, au milieu des années 1980, les dictatures militaires d'Amérique Latine. La dernière vague en date a fait écrouler le Mur de Berlin et avec lui les régimes totalitaires de l'ex-Empire soviétique. Elle a aussi fait s'étendre l'influence américaine et avec elle la sphère de l'économie du marché. Cette dernière vague n'a pas laissé insensibles les régimes autoritaires de l'Afrique sub-saharienne. En outre, à cause de son importance singulière, elle a suscité chez les démocrates arabo-musulmans de larges espoirs dans l'universalisation de la revanche démocratique.
Émergence de la transition
marocaine ou alternance par le haut ?
(N°31, Automne 1999, 11 pages)
Gema Martin Munoz
(professeur de sociologie du monde arabe et islamique à l'Université
Autonoma de Madrid)
et
Isaias Barrenada
(chercheur au département d'études sur l'Afrique du Nord et le
Moyen-Orient de l'Institut universitaire Ortega y Gasset de Madrid)
Les élections législatives marocaines qui ont eu lieu entre novembre et décembre 1997 dans le but de légitimer la réforme politique et le changement de gouvernement entrepris un an auparavant n'ont pas apporté à l'opposition le triomphe qu'elle espérait et n'ont donc pas permis de fonder l'alternance de gouvernement sur le verdict des urnes. Mais c'est au dirigeant socialiste qu'est revenue la charge de constituer un gouvernement de compromis et de réforme.
A propos du mouvement Réforme et Rénovation
L'islamisme à l'épreuve du politique
(N°31, Automne 1999, 15 pages)
Mohamed Tozy
(professeur de science politique à l'Université Hassan II de
Casablanca)
Le mouvement de l'islamisme réformiste au Maroc s'active depuis 1996 dans le cadre de l'association Réforme et Unicité (al-Islâh wal-Wahda, nommée auparavant Réforme et Renouveau : al-Islâh wal-Tajdîd). L'itinéraire des personnes qui l'animent est représentatif de la trajectoire dessinée par l'islamisme en général depuis le début des années 70.
Les femmes sur la scène
politique
(N°31, Automne 1999, 12 pages)
Maria Angeles Lopez Plaza
(chercheur à l'Institut universitaire d'études sur les femmes
à Madrid)
La visibilité des femmes dans l'espace public urbain au Maroc a cessé, depuis longtemps déjà, d'être marginale. Leur accès à l'enseignement, leur entrée dans le monde du travail salarié, leur participation au secteur associatif... sont le reflet d'une société en mouvement, influencée par des changements permanents et les revendications sociales et économiques d'un mouvement des femmes très actif. Pourtant, il ne faut pas oublier que, s'il existe une réalité urbaine, il en existe une autre, à la périphérie des villes et dans les campagnes, qui est très différente.
La question du Sahara dans
la dynamique géopolitique du Maghreb
(N°31, Automne 1999, 13 pages)
Antoni Segura i Mas
(professeur d'histoire contemporaine à l'Université de
Barcelone)
La décolonisation du Sahara occidental s'est mal réalisée, tardivement et dans une période des plus délicates de la politique intérieure espagnole. C'est le jour de la mort du dictateur Franco, le 20 novembre 1975, que la "Loi de décolonisation du Sahara" qui officialisait l'accord tripartite du 14 novembre est publiée dans le Bulletin Officiel Espagnol (BOE).
L'ambition du gouvernement Youssoufi
:
une société démocratique
(N°31, Automne 1999, 11 pages)
Entretien avec Mohammed Abed al-Jabri
conduit par Oussama Gaber et Jean-Christophe Ploquin
Mohammed Abed al-Jabri est un philosophe et un
intellectuel proche du Premier ministre Abderrahmane Youssoufi. L'interview a été
réalisée avant la mort du roi Hassan II et l'avènement du roi Mohamed VI. Il n'a pas
souhaité s'exprimer après.
Le gouvernement Youssoufi enracine sa légitimité dans les années de lutte pour
l'indépendance et la démocratie au Maroc. Ses trois objectifs sont de restaurer l'image
du pays à l'étranger, veiller au respect des libertés et relancer la croissance
économique. ses deux défis sont l'écart croissant entre les deux Maroc, l'un
"utile" l'autre laissé pour compte, et le maintien d'une opposition aux
réformes au sein même du gouvernement.
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Actuel |
L'immigration marocaine
en France : changements et ruptures
(N°31, Automne 1999, 21 pages)
Abderrahim Lamchichi
Après l'immigration turque, c'est l'immigration marocaine qui est la plus largement répartie sur le territoire européen entre différents pays : France, Pays-Bas, Belgique, Italie, Allemagne, etc. Pour des raisons historiques, politiques, culturelles et économiques, la France en représente la première destination. Cette immigration marocaine - qui est passée d'une immigration de main-d'uv à une immigration familiale - est aussi aujourd'hui l'une des plus variées sociologiquement. Elle est certes constituée majoritairement d'individus issus de condition ouvrière et de milieux très modestes, mais aussi de ceux, issus des classes moyennes ou aisées, qui aspirent à avoir u mode de vie moderne et libéré du contrôle social de la famille ; il y a enfin, les élites, originaires des grandes villes, qui sont fortement diplômées. Les première et deuxième générations cèdent le pas à une nouvelle génération appartenant à toutes les couches sociales : cadres moyens, techniciens, entrepreneurs, commerçants, chercheurs, artistes...
Abdulah Oçalan : une
nouvelle logique politique ?
(N°31, Automne 1999, 7 pages)
Michel Verrier
(journaliste)
La démocratisation de la République, la reconnaissance du fait kurde et l'union librement assumée des Turcs et des Kurdes dans le cadre des frontières actuelles de la Turquie, tel est selon Abdulah Oçalan le tournant historique que doit prendre Ankara à la veille du XXIe siècle. Ce constat est d'ailleurs, soulignons-le au passage, assez largement partagé par les principaux alliés et partenaires de la République turque, qu'il s'agisse de l'Union européenne ou des Etats-Unis.
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Confluences culturelles |
La Méditerranée selon Fernand
Braudel
(N°31, Automne 1999, 9 pages)
Claude Liauzu
(professeur à l'Université de Paris VII)
Depuis quelques années, s'affirme un regain des études méditerranéennes, en particulier dans le domaine historique. Mais cette dynamique a besoin d'être accompagnée par un réflexion sur les conditions de l'élaboration scientifique et sur les rapports entre celles-ci et les enjeux d'une des régions les plus tourmentées du globe. Ce n'est pas commettre un sacrilège envers l'uvre de Fernand Braudel que d'interroger de ce point de vue les classiques que sont sa thèse et ses travaux consacrés à la Méditerranée.