Confluences Méditerranée                                       N°34              Été 2000

 


Une nouvelle donne pour les Kurdes

Préparé par Jean-Christophe Ploquin

 

La lutte armée, une impasse pour les Kurdes
(N°34, Eté 2000,  12 pages)

Jean-Christophe Ploquin

Après plus de quinze ans de lutte armée, le leader kurde Abdullah Öcalan a choisi l'an dernier de privilégier le combat politique pour faire valoir les revendications des Kurdes en Turquie. En Irak et en Iran aussi, les Kurdes tentent d'inscrire leurs revendications vis-à-vis du pouvoir central dans le domaine du droit.

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La question kurde :
Grilles de lecture, niveaux d'action
(N°34, Eté 2000,  9 pages)

Hamit Bozarslan
(EHESS, auteur de La question kurde : Etats et minorités au Moyen-Orient, Presses de Science po, 1997)

Les termes du débat sur la question kurde sont largement déterminés par deux grilles de lecture, émanant des protagonistes : les États et la mouvance nationaliste kurde..

 

 

Le nationalisme du poète Koyî
(N°34, Eté 2000,  7 pages)

Halkawt Hakim
(maître de conférences à l'INALCO)

Au XIXe siècle, un poète, Hâdji Qâdirî Koyî, fait irruption dans le paysage traditionnel de la poésie kurde. IL inaugure dans les années 70 et 80 un genre que l'on peut appeler, faute de mieux, la poésie nationaliste. Il lui consacre désormais toute sa création, abandonnant du coup ses anciens thèmes, qu'il juge répétitifs, dénués de toute nouveauté et inutiles pour les gens. Cette initiative sera suivie par d'autres poètes et le thème nationaliste s'imposera plus tard comme le thème majeur de la littérature kurde.

 

 

La genèse du nationalisme kurde
(N°34, Eté 2000,  11 pages)

Kendal Nezan
(président de l'Institut Kurde de Paris)

Dans la vision européo-centriste de l'histoire, le nationalisme est généralement considéré comme un avatar de la Révolution française. Il se propagea ensuite dans le reste de l'Europe où il trouva un terrain propice dans les pays politiquement morcelés comme l'Allemagne et l'Italie et chez les peuples dominés des empires centraux.

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Les Occidentaux apportent un soutien modéré aux Kurdes
(N°34, Eté 2000,  9 pages)

Henri Barkey
(professeur de relations internationales à la chaire "Bernard L. and Bertha F. Cohen" à Lehigh University,
membre de 1998 à 2000 du "Policy Planning Staff" au Département d'Etat américain,
auteur avec Graham Fuller de Turkey's kurdish question, Rowman and Littlefield, 1998)

Les États-Unis et l'Union européenne ont une influence déterminante sur l'avenir des Kurdes, notamment en Irak et en Turquie. Mais ils ne soutiendront que des mouvements acceptant d'inscrire leurs revendications dans le cadre actuel des États de la région.

 

 

Med-TV dans le conflit kurde
(N°34, Eté 2000,  9 pages)

Isabelle Rigoni
(docteur en Science politique, chargée de cours à Paris VIII et à Evry)

Med Broadcasting Ltd naît à l'automne 1994, de l'initiative d'une vingtaine de Kurdes réfugiés en Europe qui s'inspirent du nom des Mèdes, ancêtres désignés des Kurdes par les nationalistes. Hikmet Tabak, aujourd'hui principal directeur de Med-TV à Londres, est l'un des seuls fondateurs à avoir une expérience de réalisateur d'émissions télévisées.

 

 

Vers la cantonisation du Kurdistan irakien ?
(N°34, Eté 2000,  10 pages)

Chris Kutschera
(auteur notamment de : Le défi kurde, Bayard Edition, 1997 et de : Le mouvement national kurde, Flammarion, 1979)

Les deux principaux partis kurdes irakiens sont liés depuis septembre 1998 par un accord conclu sous les auspices des États-Unis et qui entendait mettre fin à une lutte meurtrière entre eux. Mais si les armes se sont tues, la zone autonome kurde reste fractionnée par le combat des chefs. Reportage

 

 

La capture d'Abdullah Öcalan
(N°34, Eté 2000,  7 pages)

Christophe Chiclet

Les services secrets turcs, le MIT, ont kidnappé le leader du PKK, Abdullah Öcalan, à Nairobi dans des circonstances rocambolesques, le 15 février 1999. Réfugié à l'ambassade de Grèce au Kenya, il aurait été exfiltré sur la route de l'aéroport par les seuls services turcs. La réalité est un peu différente.

 

 

Le pouvoir turc multiplie les signaux contradictoires
(N°34, Eté 2000,  12 pages)

Gülistan Gürbey
(professeur au Département des Sciences et politiques sociales, Université libre de Berlin)

L'arrestation de leader kurde Öcalan a suscité de vifs débats en Turquie sur l'abolition de la peine de mort, la réforme constitutionnelle ou les droits culturels des Kurdes. Le régime politico-militaire n'a, quant à lui, pas modifié sa stratégie traditionnelle malgré quelques évolutions positives.

 

 

La reformulation de l'idéologie officielle turque et la langue kurde
L'autorité d'un prénom kurde
(N°34, Eté 2000,  12 pages)

Sabri Cigerli
(universitaire)

Si la langue kurde a toujours été interdite en Turquie, le débat qui vient de s'ouvrir sur l'autorisation d'un prénom kurde par la Cour de cassation d'Ankara montre une évolution importante. Depuis plusieurs siècles, parler la langue kurde revenait à s'exposer soit à une humiliation soit à une interdiction. Ceci explique le faible essor de la littérature kurde. Lorsqu'on s'exprime néanmoins en kurde, on le fait très souvent avec des proverbes et de la littérature orale et littérature écrite.

 

 

La question kurde dans le cinéma turque
Images d'un conflit sans nom

(N°34, Eté 2000,  10 pages)

Nicolas Monceau
(journaliste à Istanbul)

Jusqu'au milieu des années 90, la question kurde demeurait un sujet tabou, ou à peine effleuré, au sein du cinéma turc. Depuis lors, un nombre significatifs de films ont peu à peu abordé cette question, souvent avec une approche courageuse et militante, en développant une problématique autour de l'identité nationale et de sa redéfinition dans un contexte en profonde évolution.

 

 

Le mouvement kurde : de la guérilla à la démocratie
(N°34, Eté 2000,  10 pages)

Michel Verrier
(journaliste à Berlin)

Depuis dix ans, un mouvement politique cohabite avec la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sur la scène kurde en Turquie. Harcelé par les autorités, soutenu par les Occidentaux, il présente une alternative à la lutte armée vers laquelle converge le PKK.

 

 

Révélations sur le système Öcalan
L'opposition au sein du PKK : vers l'éclatement du parti d'Abdullah Öcalan ?
(N°34, Eté 2000,  7 pages)

Chris Kutschera
(auteur notamment de : Le défi kurde, Bayard Edition, 1997 et de : Le mouvement national kurde, Flammarion, 1979)

La main tendue aux autorités turques par le leader du PKK, Abdullah Öcalan, suscite la révolte d'anciens cadres de son mouvement. Ceux-ci sont pour l'instant trop désorganisés pour pouvoir offrir une alternative.

 

 

Ankara au seuil de l'Europe
(N°34, Eté 2000,  8 pages)

Entretien avec Daniel Cohn-Bendit
Conduit par Jean-Christophe Ploquin

Le leader écologiste Daniel Cohn-Bendit préside la commission mixte Union européenne-Turquie au Parlement européen. Il estime que la candidature turque à l'Union européenne contribue à "européaniser la question kurde".

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Lettre au Premier ministre turc
(N°34, Eté 2000,  3 pages)

Leyla Zana

Cette lettre a été envoyée de la prison d'Ankara le 31 mars 2000 au Premier ministre turc, Bülent Ecevit, par Leyla Zana, députée kurde de Turquie condamnée en 1994 à 15 ans de réclusion pour ses liens supposées avec la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan et à qui le Parlement européen à attribué le prix Sakharaov de la liberté l'année suivante.

(Traduit de l'italien par Bernard Ravenel, Il manifesto, 31 mars 2000)

 

 

L'islamisme turc et la question kurde
(N°34, Eté 2000,  7 pages)

Jean-Pierre Touzanne

Comme l'ensemble des formations politiques turques, le parti islamiste de Turquie sous ses formes successives (MSP de 1971 à 1980, RP de 1983 à 1988, FP depuis 1988) s'est toujours présenté comme le défenseur fidèle des intérêts de la nation turque. De fait de telles propositions nationalistes sont en contradiction avec un des grands principes de l'idéologie islamiste, à savoir que la communauté des croyants, la Umma, transcende les nations.

 

 

Actuel

 

Enfants d'immigrés, enfants de harkis
(N°34, Eté 2000,  10 pages)

Laurent Muller
(chercheur associé à l'URMIS)

La seconde et bientôt troisième génération d'enfants de harkis, de fils et de petits-fils d'immigrés algériens affrontent à armes égales les difficultés économiques du moment. Certains d'entre eux vivent la galère dans les banlieues alors que d'autres connaissent des situations socio-économiques enviables. Ils partagent à présent les mêmes taux d'échec, de réussite scolaire et de chômage, alors que leurs pratiques culturelles, morales et leurs stéréotypes sociaux sont davantage marqués par leur position sociale objective qu'en raison de la spécificité du passé migratoire de leurs parents.

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Confluences culturelles :
Alexandrie et la littérature

 

L'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines a réuni pour la troisième fois des écrivains méditerranéens.
Organisée comme précédemment par Katia Desrosières à l'initiative de Pierre Grou, cette rencontre a eu pour thème "Alexandrie et la littérature".

 

Alexandrie, parce que...  
(N°34, Eté 2000,  3 pages)

Pierre Grou
(universitaire, Saint-Quentin-en-Yvelines)

En posant la question : "Alexandrie, pourquoi ?", j'ai d'abord choisi de faire un clin d'œil à Youssef Chahine, plus précisément au film de sa trilogie qui porte ce titre. Mais alors que pour le réalisateur, la réponse se situait dans son enfance alexandrine, mon propos consiste à me replacer dans la perspective des précédentes rencontres entre écrivains méditerranéens.

 

 

La mesure de l'histoire
(N°34, Eté 2000,  2 pages)

Jean Guiloineau
(écrivain et traducteur)

J'ai appris l'existence d'ALexandrie lorsque j'étais en sixième et qu'en histoire nous avons étudié l'Antiquité. Mais je dois avouer aujourd'hui que ces temps anciens, ces espaces lointains me semblaient à l'époque appartenir à une autre planète, et même à une autre galaxie.

 

 

Mémoire et expérience dans les romans de Durrell, Tsirkas et Al-Kharrat
(N°34, Eté 2000,  11 pages)

Cécile Oumhani
(écrivain et poète)

Lieu de mémoire pour l'humanité toute entière, Alexandrie est au centre des romans de Durrell, Tsirkas et Al-Kharrat. "Capitale de la Mémoire" dans Justine, elle est dans Belles d'Alexandrie, "cette rade précieuse et dorée", lieu des "visions d'Alexandre en son avatar du bélier Hamon" et de "la clarté de la perle de Cléopâtre, l'éternelle courtisane...". Simonidis, le narrateur de Cités à la dérive, y laisse glisser son "imagination du monde d'Hérodote et de Plutarque à celui d'aujourd'hui".

 

 

Alexandrie : "Une utopie qui s'écrirait au féminin"
(N°34, Eté 2000,  14 pages)

Corinne Alexandre-Garner
(maître de conférences à Paris X)

What is that sound high in the air
Murmur of maternal lamentation
Who are those hooded hordes swarming
Over endless, plains, stumbling in cracked earth
Ringed by the flat horizon only
What is the city over the mountains
Cracks and reforms and bursts in the violet air
Falling Towers
Jerusalem Athens Alexandria
Vienna London
Unrea
l
R.S. Eliot, The Waste Land

Nos souvenirs et nos reconstructions mentales du passé ne coïncident jamais avec la réalité d'une histoire révolue que nous tentons de préserver. Si cette représentation de la mémoire correspondait exactement à une réalité historique, l'objet du souvenir se tiendrait hors du temps, irréel, virtuel et la ville ainsi reconstruite par la remémoration serait totalement imaginaire, un pur fantasme. Somme toute ce serait "un lieu où a lieu autre chose qu'un lieu", comme le dit Jean-Christophe Bailly dans sa postface au livre de Jean-Luc Nancy, La ville au loin.

 

A Jacques Hassoun
Alexandrie 1943
(N°34, Eté 2000,  4 pages)

Pierre Grou
(universitaire, Saint-Quentin-en-Yvelines)

Je me trouvais à Alexandrie quelques semaines arpès le bataille d'El-Alamein. Le vent de panique qui avait soufflé lorsque l'avant-garde allemande s'était trouvée à moins de cent kilomètres n'était pas retombé depuis longtemps.