Dossier préparé par Abderrahim Lamchichi et Dominique Baillet |
Introduction
(N°39, Automne 2001, 3 pages)
Abderrahim Lamchichi et Dominique Baillet
Limmigration maghrébine est devenue, depuis quelques années, un objet légitime des chercheurs en sciences sociales. Les enfants de limmigration ont enregistré de belles réussites et sintègrent avec une rapidité surprenante, malgré les nombreux obstacles qui persistent encore. Pourtant, la présence de ces populations, composées majoritairement dindividus nés, scolarisés et socialisés en France, est encore considérée par une partie de lopinion comme illégitime.
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Lengagement chez
les jeunes dorigine maghrébine
Le passage de lidéologique à léconomique
(N°39, Automne 2001, 13 pages)
Dominique Baillet
(docteur en sociologie, chargé de cours à luniversité de
Paris V)
A partir dune enquête qualitative réalisée au milieu des années 1990 à Paris et en banlieue parisienne auprès dune centaine de jeunes militants dorigine maghrébine, nous avons tenté de montrer que ces derniers, scolarisés en France, nés sur le territoire français, ou au Maghreb et venus en France enfants par le biais du regroupement familial, sont parvenus, pour la majorité dentre eux, à sintégrer dans la société française, notamment dans la sphère économique, par le biais dun militantisme politique qui a débuté au milieu des années 1970.
La nation dorigine
réinventée
La persistance du «mythe national» chez les Français originaires du Maghreb
(N°39, Automne 2001, 9 pages)
Vincent Geisser et Schérazade Kelfaoui
(chargé de recherche au Cnrs-Iremam dAix-en-Provence /
doctorante en géographie)
Cette réflexion sur la persistance des nationalismes dorigine chez les Français issus des migrations maghrébines a été motivée par une observation récurrente, tirée de notre expérience denquête. Alors quelles se revendiquent très majoritairement comme Françaises, quelles développent un fort sentiment dappartenance à leur ville (Marseille, Lille, Roubaix, Saint-Denis ), voire à leur région de résidence (le Nord, lAlsace, la Provence ), quelles véhiculent souvent un discours républicain radical, les nouvelles générations issues des migrations maghrébines continuent à se référer à leur pays dorigine comme élément dautodéfinition. En effet, il nest pas rare de relever dans leurs discours des propos tels que «je suis algérien et jen suis fier», ou «nous les Marocains, nous ne sommes pas comme les Tunisiens et les Algériens» ou encore «nous les Tunisiens, nous sommes plus modérés que les autres Maghrébins».
Létreinte de
lorigine
Attachement, mémoire et nostalgie chez les enfants dimmigrés maghrébins
(N°39, Automne 2001, 11 pages)
Marc Breviglieri
(Gspm/Ehess et Iut de Paris V)
Comment ne pas être frappé par le lien qui continue à enserrer les enfants dimmigrés maghrébins dans leurs origines ? Ce lien est complexe, jusquà un certain point paradoxal. Ils ne feront jamais que passer furtivement dans ce pays, ce lieu dorigine, le temps dun éphémère été, édifiant un rapport fragile mais toujours intime car sy recollent les morceaux dune séparation familiale, sy soignent parfois les plaies dun profond déracinement. Nous voudrions ici questionner ce passage, dire, surtout, quil seffectue également par le moyen de la parole. Parole étreinte par lorigine, passant par la plainte, le souvenir, la revendication ou la provocation, parole qui, nous semble-t-il, donne à réfléchir sur une réalité sensible de limmigration. A entendre ces jeunes gens, quel espace du monde maghrébin se dessine-t-il ? Où mène cette parole touchée par les origines : vers une grammaire rigide de lidentité, un multiculturalisme, une idéalisation de la mémoire intime des parents ?
Dun imaginaire
national à un autre
Comment peut-on être français quand on est dorigine algérienne ?
(N°39, Automne 2001, 6 pages)
Fabienne Rio
(docteur en sociologie, membre de lUrmis, chargée de cours à
lInstitut Maghreb-Europe, Université Paris VIII)
Une enquête effectuée en 1993 peu après le vote de la réforme du Code de la nationalité auprès de femmes et dhommes âgés de vingt à quarante-trois ans, binationaux ou algériens, a permis de saisir les processus didentification nationale qui opèrent chez eux, ainsi que les frontières symboliques qui distinguent fondamentalement ces personnes des autres nationaux (malgré leur statut juridique effectif ou potentiel de Français). Nous avons regroupé les personnes interrogées en six catégories rendant ainsi compte de la façon dont se transforme leur perception de la question de lidentité nationale et de comprendre ce que recouvre, pour eux, lappartenance à la nationalité française souvent revendiquée.
«Honneur maghrébin»,
différence culturelle et intégration
Variations sur quelques mots/maux des sciences sociales
(N°39, Automne 2001, 11 pages)
Simona Tersigni
(doctorante à lUniversité Paris VII)
Dans la plupart des études sur les migrants, la problématique de lintégration ne représente pas toujours un concept sociologique opérationnel. Cette notion relève dabord de la croyance, même si les discours la concernant shabillent souvent de vertus scientifiques. Pendant les années quatre-vingt, les tentatives de conceptualisation ne sont pas véritablement allées à lencontre du sens commun. Maintes recherches sinscrivent dans une même optique.
Familles maghrébines en
France
(N°39, Automne 2001, 14 pages)
Cyprien Avenel et Vincenzo Cicchelli
(chargé de recherche en Sociologie, Université de Bordeaux II /
maître de Conférences, Paris V-Sorbonne et chercheur au Cerlis-Paris V)
Au cours des «Trente Glorieuses», limmigration en provenance du Maghreb a non seulement concerné des individus isolés, mais aussi des regroupements familiaux. En décalage avec cette réalité, les recherches se sont dabord concentrées sur les problèmes de main-duvre en laissant de côté les familles, du fait que le migrant est dabord perçu comme un individu isolé. Avec létablissement des familles sur le territoire, la naissance de leurs descendants, linstallation initialement perçue comme provisoire devient permanente, et le phénomène se transforme de conjoncturel en structurel. Le regard des chercheurs suit ce mouvement, en sintéressant de plus près à la dynamique des relations à lintérieur des familles, aux liens qui se tissent entre elles et à leur environnement urbain et social.
Les femmes marocaines et le
vieillissement en terre dimmigration
(N°39, Automne 2001, 14 pages)
Fatima Aït Ben Lmadani
A lissue dune enquête réalisée en 1999-2000 en région parisienne sur les femmes immigrées marocaines de plus de 60 ans résidant actuellement en France, nous observons que la majorité dentre elles est venue sur le territoire français par le biais du regroupement familial à partir du milieu des années 1970. Dautres, en revanche, sont arrivées pour des raisons économiques et professionnelles, et dautres enfin ont simplement rejoint leurs enfants déjà installés en France. Veuves, célibataires, divorcées ou bien mariées, ces femmes ont exercé auparavant une activité professionnelle et sont dorénavant retraitées ou bien femmes au foyer.
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Lévolution du
système de parenté kabyle
Un processus dacculturation dynamique
(N°39, Automne 2001, 11 pages)
Karima Belkessam
(doctorante à lInstitut dEtudes Politiques de Paris)
Dès la fin des années 1960, lémigration maghrébine devient une émigration de peuplement ou familiale et «confirme ainsi la règle presque générale de tous les mouvements migratoires» (Sayad, 1991, p. 73). Des enfants vont naître et grandir dans un pays étranger, et vont devoir composer avec deux systèmes culturels différents : celui de lintérieur le domaine privé où règnent les normes de la culture dorigine et celui de lextérieur où la culture dominante est transmise par la scolarisation et les rapports quotidiens avec les Français et les institutions du pays daccueil. Comment cette acculturation a-t-elle été accueillie et vécue par les populations émigrées, par les enfants ? Ont-ils su adapter leur mode de vie aux exigences françaises ? La famille a-t-elle été un frein ou un accélérateur de lintégration ?
«Exilés» ou
«immigrés» ?
Regards croisés sur les Algériens en France et au Québec
(N°39, Automne 2001, 11 pages)
Myriam Hachimi Alaoui
La guerre qui ravage lAlgérie depuis le début des années quatre-vingt-dix a poussé un grand nombre dAlgériens à lexil faisant naître un nouvel «âge» de limmigration algérienne. La France reste la destination principale. Toutefois, les difficultés administratives liées à la régularisation de leur séjour ont poussé un grand nombre dentre eux à choisir une nouvelle destination : le Québec. Mais là nest pas la seule raison du choix de lAmérique du Nord. Les stéréotypes et les stigmatisations dont sont lobjet les Algériens ou les Français dorigine algérienne sont une part explicative non négligeable dans ce choix.
Des Kabyles à Marseille
Une migration précoce et durable
(N°39, Automne 2001, 10 pages)
Emile Témime
(professeur à luniversité dAix-Marseille I)
Que la migration algérienne vers la France ait été particulièrement précoce et particulièrement importante à partir de la Kabylie, cela est évident. Que cette dominante kabyle ait marqué durablement la composition de limmigration algérienne, il nen faut pas douter. Et quelle ait été dabord évidente à Marseille, point de passage obligé pour lensemble de cette migration, il ny a rien là que de très naturel. On peut en suivre aisément la trace dans les premières années du XXe siècle. Mais il est évidemment plus difficile de lisoler et de la différencier lorsque le mouvement migratoire est devenu massif et sest étendu à lensemble de lAlgérie. Dans quelle mesure la population kabyle va-t-elle continuer à former dans la cité phocéenne les gros bataillons de la migration ? Et dans quelle mesure peut-elle préserver et maintenir son originalité ? Il est parfois difficile de répondre à ces interrogations.
Lintégration
politique et économique des immigrés et de leurs enfants aujourdhui
(N°39, Automne 2001, 10 pages)
Entretien avec Malek Boutih
Confluences Méditerranée a rencontré Malek Boutih, Président de SOS Racisme, et la interrogé sur les questions dintégration des immigrés.
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Actuel |
«La France reconnaît le génocide arménien de 1915»
Loi pour la mémoire ou geste diplomatique ?
(N°39, Automne 2001, 12 pages)
Olivier Masseret
En adoptant définitivement, le 18 janvier 2001, la proposition de loi reconnaissant le génocide arménien de 1915, lAssemblée nationale mettait un terme à presque trois ans dune procédure exceptionnelle, tant par les passions quelle a suscitées que par les interrogations quelle a soulevées. Loi atypique acquise contre la volonté de lexécutif, non normative, et érigée au nom du «devoir de mémoire», on peut valablement supposer que seul un acte déclaratif et symbolique a été voulu. Mais le refus absolu de la Turquie dadmettre toute qualification de génocide concernant les événements de 1915 comme les incidences prêtées à cette reconnaissance dans la situation du Sud-Caucase ont transformé linitiative parlementaire en véritable geste diplomatique.
Palestine :
Lurgence d'une force internationale de protection
(N°39, Automne 2001, 6 pages)
Jean-Paul Chagnollaud et Bernard Ravenel
Ce texte a été écrit à la mi-juillet pour être envoyé au journal Le Monde. Le Monde nayant pas donné suite, nous avons choisi de le publier dans ce numéro sans rien y changer.
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Confluences culturelles |
Nouvelles fictions
égyptiennes
L'écriture romanesque au pays de la déesse Nout
(N°39, Automne 2001, 10 pages)
Bernard Lecat
(enseignant et journaliste)
La publication au printemps 2000 de la dernière uvre de l'écrivain Ibrahim Abdel-Méguid chez Actes Sud témoigne du nouveau regard porté dans les milieux d'édition sur la production égyptienne. Cet écrivain, de même que son collègue Nabil Naoum, adoptant un nouveau style, enrichit le courant romanesque du pays qui demeure la référence incontournable en matière de littérature arabophone. La découverte de leurs écrits par le lectorat francophone permet d'apprécier les différentes marques de ces romanciers.
Problèmes d'identité, droit à la différence
et couples mixtes
dans le cinéma français des années 90
(N°39, Automne 2001, 16 pages)
René Prédal
Les Maghrébins deviennent-ils français au cinéma ? Si lon tient à respecter la forme un brin provocatrice de cette question, en ladaptant à la représentation cinématographique des populations dorigine arabe, il faut sans doute insister prioritairement sur les aspects de lintégration quand elle a lieu bien sûr. Les spécialistes des sciences humaines privilégieront sans doute les dimensions économiques, professionnelles, scolaires, religieuses ou urbanistiques de cette «absorption», mais le cinéma a ses spécificités et nous avons pensé quil serait judicieux pour notre part détudier plus particulièrement la question à partir des rapports amoureux (du sexe au sentiment) car ils tiennent toujours un rôle important dans les scénarios et fournissent un reflet pertinent de létat des relations entre les communautés ethniques dorigine.