Confluences Méditerranée                                       N°41             Printemps 2002

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Sexualité et sociétés arabes

L'islam en France

Dossiers préparés par Abderrahim Lamchichi

 

 

Sexualité et sociétés arabes

 

Introduction
Eros et sacré : Sociétés, religion et éthique sexuelle
(N°41, Printemps 2002,  13 pages)

Abderrahim Lamchichi

«Qu’il me baise des baisers de sa bouche car ses étreintes sont meilleures que le vin…» (Cantiques des cantiques).
«Ce n’est pas un vin de vertige qui m’enivre, mais son regard, et sa marche ondulante a chassé mon sommeil. Ce n’est pas le sang de la treille qui me distrait, mais sa chevelure. Ce n’est pas le vin clairet qui me soulève, mais ses vertus si belles. Mon âme se noue aux boucles de sa tempe. Et je perds la raison en pensant à ce que voile sa tunique» (La Volupté d’en mourir, Traduction inédite d’un conte des Mille & Une Nuits (153 à 169) par Jamal Eddine Bencheikh, Editions Alternatives, 2001 ; p. 38).«Je pratique la religion de l’amour. Où que se tournent ses chevaux : Partout c’est l’amour qui est ma religion et ma foi» (Ibn al-‘Arabî, Turjumân al-‘ashwâq –L’Interprète des désirs–, poème traduit par A. Tlili, Beyrouth, 1961).

Vous pouvez lire la totalité de cette introduction en double-cliquant ici

 

 

Coran et sexualité
Extraits du texte coranique
(N°41, Printemps 2002,  3 pages)

choisis par Claudine Rulleau

Dans le Coran, la sexualité n’a aucun caractère honteux mais elle doit s’accomplir dans le mariage, vivement recommandé ; à défaut, c’est la chasteté qui doit s’imposer. Le plaisir est reconnu. De très nombreux versets portent sur l’organisation sociale de la sexualité, donc sur celle de la famille : mariage, séparation, accueil et protection des orphelins, alors nombreux, (thèmes qui reviennent très fréquemment), héritage, adultère, etc. Les sourates III (La Vache) et IV (Les Femmes) y consacrent de très nombreux versets, même si on retrouve les injonctions divines sur ce sujet à travers tout le texte. Les déviances (fornication, homosexualité masculine, adultère, inceste, prostitution) sont sévèrement condamnées ; parfois des châtiments sont prévus. L’amour, au sens contemporain et occidental du terme, est étranger au Coran. Le sentiment évoqué est celui de la créature envers Dieu.

 

 

Sexualité et culture arabo-musulmane médiévale
Quand dire, c’est ne pas faire
(N°41, Printemps 2002,  19 pages)

Hachem Foda
(
maître de conférences à l’université Paris VIII, Département d’Etudes arabes)

Le poète (châ‘ir) se soumet-il, comme un autre, aux partages institués par la Loi révélée entre le licite et l’illicite (halâl / harâm), par exemple, dans le domaine de la sexualité (qui constitue, à cet égard, un paradigme beaucoup plus qu’un simple échantillon) ? Et si tel n’était pas simplement le cas, qu’est-ce que cela indiquerait sur son statut et sur celui de la parole poétique (chi‘r), mais aussi sur l’étanchéité de tels partages, dans la culture arabo-musulmane médiévale ?

 

 

Sexualité, pouvoir et
problématique du sujet en islam

(N°41, Printemps 2002,  17 pages)

Malek Chebel
(anthropologue et psychanalyste, auteur de nombreux ouvrages dont :
L’Esprit de sérail, Payot, rééd. 1995 ; Encyclopédie de l’amour en islam, Payot, rééd. 1997 ; Du désir, Ed. Rivages et Payot (collection " Manuels Payot "), 2000 ;
Dictionnaire des symboles musulmans, Albin Michel, rééd. 2001 ; L’Imaginaire arabo-musulman, PUF, rééd. «Quadrige», 2002 ; Le Sujet en islam, Seuil, 2002 ;
Le livre des séductions, rééd. Payot, 2002 et La Psychologie des Mille et Une Nuits, Editions Payot, 2002)

Le rapport au corps et à la sexualité sont aussi déterminants pour le pouvoir – et, partant, pour la naissance du sujet – que peut l’être la vie sociale ou religieuse. Une psychanalyse culturelle du pouvoir en terre d’islam reste à faire ; elle indiquerait notamment l’imbrication de la composante personnelle du souverain dans les décisions qui concernent tout ou partie de la population. Le traitement de l’affect y passe d’abord par l’émotionnel. S’il est une question qui revient sans cesse dans les études liées à l’islam, c’est celle de la sexualité collective et, par dérivation, des pratiques sociales culturelles, politiques ou esthétiques, qui lui sont liées. Les raffinements de l’activité onirique et sexuelle semblent avoir rencontré une personnalité collective très sensible aux voluptés de la chair, à la nervosité des échanges volés et à l’absence de toute culpabilité rétroactive. Les musulmans ont fait de la sexualité un lieu de partage et d’épanouissement individuel, aussi bien physique que moral. Mais outre le fait que la femme y tient un rôle secondaire, la notion de sujet y est carrément absente.

 

 

Jeune fille, famille et virginité
Approche anthropologique de la tradition
(N°41, Printemps 2002,  12 pages)

Zine-Eddine Zemmour

Parler de virginité dans l’espace géographique méditerranéen en général, nord-africain, et plus particulièrement algérien, est une idée qui impose au chercheur, et plus encore au sens commun, de parler indissociablement de la famille. La virginité est un état physique qui charrie avec lui une totalité sociologique et anthropologique encore plus complexe. Pour être saisie, elle doit impérativement passer par la compréhension de (ou des) idéologie(s) de la famille et des stratégies de ses acteurs.

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Polygamie au Maghreb
Controverses autour d’un droit en mouvement
(N°41, Printemps 2002,  12 pages)

Abderrahmane Koudjil
(doctorant en Droit et membre du Réseau Européen Droit & Société, Paris)

La polygamie est perçue comme un phénomène énigmatique, exclusivement privé, normé par des règles coutumières et des impératifs juridiques et religieux draconiens. La Sunna nous alerte avant tout sur les conséquences liées aux engagements du lien polygame représentant les éléments d’une mission presque impossible qui exige de traiter loyalement et équitablement chacune des épouses. Le droit musulman1 autorise l’homme à épouser un maximum de quatre femmes dans les conditions suivantes : «Et si vous craignez de n’être pas justes envers les orphelins…Epousez deux, trois ou quatre parmi les femmes qui vous plaisent, mais si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule (...) Cela afin de ne pas faire d’injustice» (Coran 4 ; 3). «Vous ne pouvez jamais être équitable entre vos femmes, même si vous êtes soucieux...» (Coran 4; 129). Cette pratique est devenue particulièrement difficile de nos jours, à la fois pour des raisons économiques et culturelles. Mais la perception de cet ensemble normatif ne permet pas de comprendre suffisamment le principe de cette pratique dans sa réalité sociologique. Il ressort clairement de l’étude des sociétés concernées que la polygamie n’est nullement une invention de l’islam. L’islam n’a fait que la restreindre, même s’il ne l’a pas abolie totalement.

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Condition féminine
(N°41, Printemps 2002,  18 pages)

Abderrahim Lamchichi

Nul doute que le rapport, pour le moins incertain, sinon tumultueux, que les sociétés musulmanes entretiennent avec la problématique de la modernité démocratique est étroitement lié à la question de l’émergence du sujet. Il n’est toutefois pas difficile d’imaginer les innombrables obstacles d’ordre sociopolitique, mais également les multiples écueils philosophiques, épistémologiques ou théologiques qui se dressent dans la voie de la réalisation de l’autonomie de l’individu et de sa liberté, rendant inaccessibles ou retardant les indispensables avancées de la sécularisation et des droits de l’homme. Et l’on peut affirmer, sans être trop injuste, que ces interrogations relèvent encore largement de l’«impensé», s’agissant de l’ordre théologico-politique dominant. D’autre part, on ne saurait ignorer que cette problématique centrale de l’autonomie individuelle est, à son tour, étroitement liée à l’épineuse question – aujourd’hui, largement débattue, il est vrai – de l’émancipation de la femme et du recouvrement de ses droits.

 

 

On vient sentir ta bouche…
Une société phallocratique et l’ébauche d’une émancipation
(N°41, Printemps 2002,  13 pages)

Sepideh Farkhondeh
(diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, actuellement en thèse,
auteur de Médias, Pouvoir et Société Civile en Iran, L’Harmattan, mars 2002)

{Ce dossier est consacré aux sociétés arabes mais il nous a paru utile d’ouvrir la réflexion sur une autre société musulmane, la société iranienne. NDLR]
Alors qu’une émancipation commençait à s’ébaucher dans une société encore largement phallocratique et patriarcale, la victoire islamiste à la suite de la Révolution qui mit fin, en 1979, à la dictature politique du Chah, érige en valeur et justifie par la religion la domination sexuelle des hommes. Le sexe devient alors une obsession de la législation islamique qui dénigre les libertés individuelles. Tout en imposant une réglementation contraignante et en diabolisant l’érotisme et la féminité, les autorités parlent de sexe en détail, dans un langage précis et normatif qui soupçonne toute relation entre homme et femme d’être sexuelle. Face aux codes restrictifs qui prétendent régenter leur vie privée, les jeunes réagissent, raillent publiquement les prédicateurs et transgressent les interdits… La transgression visible des codes imposés par la législation islamique s’accompagnera-t-elle à l’avenir d’un ébranlement en profondeur des valeurs dominantes?

 

 

L'islam en France

 

Civilisation islamique et stratégies identitaires
(N°41, Printemps 2002,  12 pages)

Entretien avec Malek Chebel
conduit par Dominique Baillet

Anthropologue, docteur en psychanalyse, auteur de nombreux essais et encyclopédies sur l’islam et la sexualité et sur la civilisation musulmane, dont le Dictionnaire des symboles musulmans (Albin Michel), l’Encylopédie de l’Amour en Islam (Payot), Le corps dans la tradition au Maghreb (puf), L’esprit de sérail (Lieu Commun et Payot), L’imaginaire arabo-musulman (puf), Le livre des séductions (Payot), La féminisation du monde (Payot), le Traité du raffinement (Payot) ou encore Histoire de la circoncision (Balland).

 

 

 

L’islam deviendrait-il «français» ?
(N°41, Printemps 2002,  6 pages)

Dalila Chérif

Cette question que l’on est en droit de se poser – à la suite de la consultation des «représentants» de l’islam en France, sous l’égide du ministère de l’Intérieur – nous confronte cependant à ce fait, indéniable, que nous rappelle cette formule de Montaigne : «Nous sommes Chrétiens au même titre que nous sommes Allemands ou Périgourdins». Autrement dit, nous sommes musulmans au même titre que nous sommes algériens ou normands…

 

 

Pluralisme et citoyenneté
L’islam de France à l’épreuve de la laïcité et du «vivre ensemble»
(N°41, Printemps 2002,  20 pages)

Abderrahim Lamchichi

Le processus de consultation initié par les autorités françaises et visant à doter l’islam de France d’une instance représentative, même s’il suscite des critiques – parfois pertinentes et fondées, souvent excessives –, constitue une indéniable avancée sur la voie de la reconnaissance institutionnelle de la deuxième religion de l’Hexagone. Depuis plusieurs années, en effet, la problématique du statut de l’islam et de sa place dans l’espace public se trouve au cœur du débat sur l’intégration. Mais, au-delà de cette initiative, réussir le pari de l’ancrage de l’islam et des musulmans dans la cité implique nécessairement des accommodements mutuels.

 

 

Actuel : document

 

Israël-Palestine
Compte-rendu de Miguel Moratinos
sur les négociations de Taba (janvier 2001)
(N°41, Printemps 2002,  15 pages)

«Document Moratinos» sur les négociations de Taba publié dans le journal israélien Haaretz du 14 février 2002
dans un article rédigé par Akiva Eldar [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

Au moment où la situation en Palestine est devenue dramatique en raison de la brutale agression menée par l'armée israélienne, il est utile de rappeler que les bases d'un accord entre Palestiniens et Israéliens existent. Elles ont été discutées à Taba, en Egypte, en janvier 2001 et constituent, à ce jour, le point le plus avancé des négociations entre les deux parties. Le gouvernement Sharon veut les engloutir sous un déluge de feu parce qu'il a toujours été violemment opposé à l'idée d'un véritable compromis et qu'il reste persuadé qu'une solution militaire est possible pour imposer ses conditions. Il se trompe tragiquement. Tôt ou tard, il faudra revenir au dialogue politique et on verra alors à quel point son offensive meurtrière et destructrice actuelle n'aura été qu'une terrible et inutile régression sur le chemin d'une véritable paix entre les deux peuples.
Jusqu'au début de cette année, on ne savait pas exactement ce qui s'était discuté à Taba. Depuis, un texte en rendant compte a été mis au point par le Représentant spécial de l'Union européenne chargé du processus de paix au Moyen-Orient : l'ambassadeur Miguel Moratinos. Ce document a été reconnu par les parties comme constituant une description relativement objective des négociations menées à Taba. Il a été publié dans la presse internationale et notamment dans le journal israélien Haaretz du 14 février 2002 dans un article rédigé par Akiva Eldar. C'est ce texte traduit par Marcel Charbonnier que nous publions ici.

Vous pouvez lire l'intégralité de ce document en double-cliquant ici

 

 

Confluences culturelles

 

Jacques Berque et son «autre»
(N°41, Printemps 2002,  10 pages)

Wadi Bouzar
(professeur à l’Université P. Mendès-France, Grenoble II)

L’écrivain Jean Sur écrit dans Un homme matinal qu’à la lecture de Dépossession du monde et de l’Orient second, de Jacques Berque, il s’étonnait «de reconnaître quelque chose dans le destin de pays qui lui étaient étrangers (…) On les disait sous-développés, (Berque) les voyait sous-analysés, sous-aimés. Il me les rendait si proches que leurs blessures devenaient les miennes» .Nous voudrions, ici, par une brève présentation générale, contribuer quelque peu à une meilleure connaissance de l’œuvre de Jacques Berque.

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