La nouvelle question d'Orient
Dossier préparé par Jean-Paul Chagnollaud, Farouk Mardam-Bey et Burhan Ghalioun |
Depuis la réoccupation des territoires palestiniens par l’armée israélienne, la multiplication des attentats-suicides en Israël et la guerre en Irak, et dans l’attente du très controversé projet américain d’une refonte de la région, le Proche-Orient est entré dans une phase de profonde instabilité qui peut dégénérer, d’un moment à l’autre, en un insaisissable chaos traversé par des violences encore plus terribles que celles qu’il vient de subir depuis deux ans. Bien entendu, même dans cette partie du monde, le pire n’est pas sûr et on peut espérer, en particulier, que les intenses discussions politiques qui ont lieu en Irak permettront d’éviter les drames d’une guerre civile en dotant le pays d’un régime démocratique et fédéral comme la loi de transition, adoptée en mars 2004, l’annonce.
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Au cours du dernier quart de siècle, des échanges culturels retissés entre les deux rives de la Méditerranée avaient permis d’espérer un dépassement des visions conflictuelles du passé. Un dialogue plus égalitaire entre l’Europe et les pays de la région, ceux de l’arc arabe méditerranéen et la Turquie au premier chef, avait semblé prendre corps. Lors de la Conférence de Barcelone, en 1995, les Européens avaient proposé un cadre stable pour des relations «euro-méditerranéennes» appelées à se consolider et à se diversifier dans la durée… Mais ce cadre a rapidement révélé ses faiblesses. Huit ans après Barcelone, la déception et le doute l’emportent. Est venu s’ajouter à cela le désastre yougoslave, avec le feu mal éteint des nationalismes qu’il a libérés et que l’Union européenne voudrait contenir en évoquant une perspective d’adhésion pour les nouveaux Etats. L’interminable déni de justice en Palestine et la seconde intervention en Irak ont ensuite confirmé de manière désespérante que c’est la force qui l’emporte le plus souvent sur le droit. Les Etats-Unis mènent plus que jamais la danse et les Européens divisés ont été perçus comme impuissants ou complices.
Suite aux attentats du 11 septembre les Etats-unis ont développé une nouvelle stratégie au Moyen-Orient, une nouvelle dynamique politique et idéologique a vu le jour, perceptible dans les initiatives et dans les déclarations américaines. Cet article tente de cerner cette vision américaine du Moyen-Orient et la place qu’y occupe la démocratie.
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Pendant longtemps, la question de la démocratisation du monde arabe n’intéressait personne en Europe, aux Etats-Unis et encore moins dans le reste du monde. Mais, depuis que l’administration américaine annonce par la voix de son président G.W. Bush sa volonté de changer de politique, la démocratie ou plutôt la démocratisation du monde arabe se trouve au premier plan de la politique internationale. Contrairement à une idée reçu la pensée et les pratiques démocratiques ne sont nullement étrangères au monde arabe contemporain. Dès la deuxième moitié du XIXè siècle, sous l’influence des idées de la révolution française, les élites ottomanes, arabe et turque ont été gagnées aux idées de la monarchie constitutionnelle, voire de la République et du gouvernement démocratique…
Régulièrement, une certaine presse occidentale annonce la mort de l’idéologie nationaliste arabe. Ce fait n’est pas nouveau. Ce mouvement a été enclenché dès la fin des années 70 aux Etats-Unis et s’est poursuivi jusqu’à ce jour. Les rapports de l’Occident avec le mouvement nationaliste arabe ont toujours été empreints de méfiance, voire d’hostilité, ce qui est paradoxal du fait que les nationalistes arabes n’ont jamais caché leurs sympathies pour les valeurs proclamées de la Révolution américaine, depuis Jefferson jusqu’à Woodrow Wilson et J.F. Kennedy, en passant par la Révolution française ! Le but de cet article est de présenter les développements effectués au sein de la pensée nationaliste arabe depuis la disparition de Nasser en 1970.
A propos du «terrorisme islamique» et du
«camp des démocraties»
Quelques repères sur l’avenir d’ Al Qaïda
(N°49, Printemps 2004, 8 pages)
L’actualité dément régulièrement l’efficacité d’une réponse seulement répressive aux attaques du 11 septembre 2001. Qu’en est-il, en 2004, de cette série de violences armées anti-américaines et anti-israéliennes en particulier, anti-occidentales en général, commencée au début des années 1990, officialisée en 1996 par le plus médiatisé de ses acteurs et que les attentats du 11.09.2001 ont inscrite sur le fronton des guerres de ce siècle ?
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Karin Kneissl,
suivi d’un entretien avec
Sayyid Hassan Nasrallah
Après une présentation du Hezbollah, Karin Kneissl retranscrit ici un entretien avec le cheikh Sayyid Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, qu’elle a rencontré le 20 février 2004 à Beyrouth.
«Il n’existe pas de solution "scientifique", "objective", au
conflit entre les pays arabes et Israël, pas plus que ce type de solution ne
peut s’appliquer à un conflit entre deux individus. Les relations
interindividuelles dépassent le cadre de la réalité de premier ordre, puisqu’il
n’est pas possible de déterminer scientifiquement leur nature ; totalement
construites par les partenaires, elles échappent à toute vérification objective,
d’où l’échec d’une foi naïve en la raison, fondée sur la connaissance
scientifique, d’où aussi l’échec des espoirs mis en l’homme "bon par nature",
que sa soumission volontaire, spontanée et raisonnable aux évidentes valeurs
fondamentales, établies scientifiquement, rend toujours meilleur, et dont, de ce
fait, les désirs et besoins individuels finiront par coïncider parfaitement avec
ceux de la société»1…
Cet article est reproduit avec l'autorisation exceptionnelle de la revue Espaces
Temps.net (http://EspacesTemps.net)
L’Irak de l’après-guerre
: un Etat-nation en attente
(N°49, Printemps 2004, 10 pages)
Un an après l’invasion de l’Irak, l’avenir de ce pays semble
être encore enseveli sous les doutes. L'Irak deviendra-t-il un Etat fragmenté ou
fragilisé ? Sera-t-il sectaire et fondamentaliste ou au contraire fédéral,
laïque et démocratique ? Autant de questions qui sont aussi douloureuses et
inquiétantes pour les Irakiens que pour leurs «patrons» américains.
Entretien avec M. Kendal Nezan
Président de l’Institut kurde de Paris, acteur et observateur de la question kurde, Kendal Nezan en est un des meilleurs connaisseurs. Dans cet entretien il souligne et explique l’importance de l’autonomie de la province kurde de l’Irak dans la perspective de la constitution des nouvelles institutions du pays.
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La plupart des experts en désarmement estiment aujourd’hui que Saddam Hussein ne possédait pas le stock d’armes de destruction massive qu’on lui prêtait. Mais l’absence de preuve n’est pas une preuve de leur absence et le doute empêche de tirer une leçon définitive sur la qualité des dispositifs de surveillance de l’Irak mis en place par l’ONU et l’Agence internationale à l’énergie atomique de 1991 à 2003.
Les élections de 2003 marquent-elles réellement un tournant politique en Jordanie, annonçant des transformations démocratiques, comme le déclare la presse jordanienne, bien qu’elles n’aient guère retenu l’attention de la presse étrangère ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'entreprendre une analyse des élections en Jordanie depuis 1989 et de s’arrêter sur les effets qu'elles ont pu avoir sur la politique jordanienne et le système politique en général.
La situation économique au Liban depuis la fin de la guerre a connu une dégradation continue aussi bien sur le plan des niveaux de vie que sur celui de la place du Liban dans l’économie régionale. Le pays connaît en effet une crise structurelle qui s’aggrave et qui ne pouvait manquer de se manifester avec de plus en plus d’ampleur, en l’absence de réformes économiques en profondeur et de changements majeurs dans les politiques économiques mises en place depuis 1992.
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L’exode silencieux des chrétiens d’Orient se poursuit et s’est même accéléré depuis une décennie dans une indifférence quasi générale. C’est indéniablement un des graves problèmes de la nouvelle question d’Orient.
Je suis entrée au comité de rédaction de cette revue en 1991, à la demande de
Jean-Paul Chagnollaud. Le plus souvent, les choses se sont bien passées malgré
quelques frictions inévitables entre personnes de sensibilités, de cultures et
d’histoires différentes. Mais depuis quelque temps mon malaise s’accroît. Lors
de la préparation de ce numéro, j’ai fait état de mon désaccord à propos de la
responsabilité écrasante attribuée par les rédacteurs de ce numéro à Israël et
au conflit israélo-palestinien dans la difficulté pour le monde arabe d’accéder
à la démocratie. Je reconnais que le problème existe, au moins du fait de la
manipulation de leurs peuples par les gouvernements en place, mais je pense
aussi que la politique du bouc-émissaire n’est pas la solution pour l’entrée du
monde arabe dans une ère plus démocratique. C’est pourquoi j’ai souhaité
exprimer mes interrogations dans le court article qui suit afin que les
désaccords au sein de la revue soient montrés, même s’ils sont pour le moment
minoritaires. Cette «profession de foi» peut paraître unilatérale. Elle ne
reprend pas en effet les fondamentaux sur le caractère criminel et politiquement
désastreux à long terme de la politique israélienne, qu’il s’agisse des
colonies, du mur, des destructions de maisons, des assassinats ciblés etc. Mais
pour qu’il y ait dialogue encore faut-il entendre la parole de l’autre.
Actuel |
Enjeux occitans face à la décentralisation
(N°49, Printemps 2004,
10 pages)
Robert Bistolfi
La frontière sud, méditerranéenne, de l’Europe semble a priori évidente et intangible. On montre ici qu’il n’en est rien. D’un point de vue géologique, l’espace méditerranéen est un patchwork de blocs continentaux ayant navigué d’un continent à l’autre au cours du temps : un véritable méli-mélo continental riche d’interactions multiples.
Les
fantômes de la Serbie
(N°49, Printemps 2004, 6 pages)
Christophe
Chiclet
Après le renversement du dictateur Slobodan Milosévic, une lueur d’espoir était née à Belgrade, dans le reste de l’ex-Yougoslavie et dans l’ensemble des Balkans. Mais cette démocratie en marche n’a pas su, ou n’a pas pu, surmonter les nombreux obstacles rencontrés. L’actuel embrasement du Kosovo en est le dernier avatar.
Confluences culturelles |
A quasiment un mois d’intervalle (3 septembre - 1er octobre 2003) deux grands
poètes balkaniques, un Grec et un Macédonien, viennent de nous quitter. Sans
s’être connus, malgré des amis communs, ces deux écrivains avaient de nombreuses
similitudes. Prolixes, touche-à-tout de génie, ils étaient insoumis et ne
souhaitaient surtout pas être catalogués ou appartenir à une école.