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Régimes politiques et droits humains au Maghreb Dossier préparé par Lahouarri Addi |
La torture a toujours fait partie des plus efficaces pratiques du pouvoir. Officielle ou secrète, elle n'est jamais loin, dès qu'un régime vise l'orthodoxie et la conformité. Elle est inscrite dès le départ dans la logique du pouvoir. Car le pouvoir repose sur l'obéissance et la docilité, donc sur des attitudes qui ne sont jamais durablement garanties. L'obédience peut être dénoncée, l'allégeance récusée à tout moment. Jamais le maître ne peut être tout à fait sûr de ses serviteurs. Or la torture le met à l'abri de la rébellion. Elle ressortit à la politique de la dissuasion interne. Car elle n'entretient pas seulement la peur de la mort, qui contraint à obéir; elle suscite une angoisse beaucoup plus terrible; celle des affres d'une agonie sans fin. La torture prouve la toute puissance du régime. Elle montre aux sujets qu'on peut tout leur faire, même ce qu'il y a de pire. Wolfang Sofsky, Traité de la violence, Gallimard, 1998
Les régimes politiques du Maghreb sont confrontés à l'usure du pouvoir et au déclin de la légitimité historique qui leur a servi de fondement depuis les indépendances. Investis dans les années 1960 de la triple mission de construire l'Etat, de développer l'économie et de moderniser la société, ils avaient fait taire toute opposition pour que l’administration puisse réaliser ces tâches d’édification nationale. Cinq décennies après la fin de l'ère coloniale, le bilan en terme de développement économique et social paraît maigre et le pouvoir exécutif fonctionne toujours sans contrepoids institutionnel. Il ne rend compte ni au Parlement – réduit à une chambre d'enregistrement issu d'élections truquées – ni à la justice dont l'autonomie est virtuelle. L'Etat se réduit alors à une administration dépassée par l'énormité de la tâche et à des services de police chargés de réprimer la contestation. Allant de la dispersion violente de manifestations à la détention arbitraire accompagnée de torture et parfois de disparitions, la répression est le plus souvent menée en dehors du cadre de la loi et marquée par des violations répétées de droits de l'Homme.
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Les droits de l'Homme dans la crise politique algérienne
(N°51, Septembre 2004, 12 pages)
Salima Mellah
Issu d'un mouvement de libération nationale qui considérait les libertés individuelles comme secondaires par rapport au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le régime algérien a toujours dédaigné les droits de l'Homme, relevant pour lui d'une idéologie qui l'empêche de remplir ses tâches historiques, le développement du pays dans l'intérêt des masses laborieuses.
La torture, antichambre de la mort
(N°51, Octobre 2004, 16 pages)
Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-watch
En Algérie, la torture est pratiquée systématiquement sur tout détenu et quel que soit le lieu de détention (commissariat, brigade de gendarmerie, caserne, centre de la SM, sièges de milices, prisons). Les méthodes utilisées sont pratiquement uniformisées avec quatre éléments de base : tabassage, bastonnades, épreuve du chiffon et électricité. Des variantes et d’autres méthodes plus «sophistiquées» sont utilisées dans les centres de la SM.
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La LADDH avance le chiffre de 18 000 disparus
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Entretien avec Ali Yahya Abdennour
Ali Yahya Abdennour est un miltant de la cause nationale algérienne dès les années 1940. En 1956, il fonde avec Aissat Idir la centrale syndicale UGTA. Au lendemain de l'indépendance, il occupe divers postes ministériels mais il démissionne, s'opposant à l'orientation autoritaire du nouvel Etat. Il s'installe comme avocat à Alger en 1967. En 1985, il est arrêté et traduit devant la Cour de sûreté de l'Etat pour avoir créé la première Ligue Algérienne de défense des Droits de l'Homme (LADDH). Face aux massives violations de droits de l'homme depuis 1992, il mène une activité intense pour mobiliser les énergies à l'intérieur et alerter l'opinion à l'extérieur. Maître Ali Yahya Abdennour est actuellement le président de la LADDH.
Extraits du rapport 2004 sur l'Algérie
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Amnesty International
Le Rapport annuel d'Amnesty International détaille la situation des droits humains dans 155 pays et territoires pour l'année 2003. Il donne une vue d'ensemble de l'évolution de cette situation par région et présente les thèmes prioritaires de l'action d'Amnesty International (violence contre les femmes, droits sociaux, économiques et culturels, justice, protection des réfugiés et des migrants). Nous publions ici des extraits de ce rapport concernant les trois pays du Maghreb.
Lecture
Françalgérie. Crimes et mensonges d’États.
Histoire secrète, de la guerre d’indépendance à la
«troisième guerre» d’Algérie Lounis Aggoun, Jean-Baptiste Rivoire
La Découverte, Paris, avril 2004, 665 p., 23€
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Gilbert Meynier
Ce livre à plan chronologique est une tentative d’analyse des manipulations du régime militarisé algérien sur la vie politique et le devenir des humains d’Algérie. Il se fonde en particulier sur des témoignages publiés antérieurement, notamment ceux, à la base, de Nesroulah Yous1 et de Habib Souaidia2, et plus encore d’un témoin qui fut, dans les années 90, un acteur majeur de la décision manipulatoire, le colonel Mohamed Samraoui3. Il met aussi en œuvre un vaste échantillon de renseignements, issus par exemple du site internet Algeriawatch ou de celui du MAOL (Mouvement Algérien des Officiers Libres), ANP.org, et de nombreuses interviews d’acteurs et de témoins.
L’alternance démocratique au Maroc : une porte entrouverte
(N°51, Octobre 2004, 12 pages)
Marguerite Rollinde
L'accession au trône de Mohamed VI, après le décès de son père, le 23 juillet
1999, a suscité beaucoup d’espoirs et fait croire à une véritable alternative
démocratique. Au-delà de gestes symboliques comme le retour d’Abraham Serfaty
dans son pays ou le limogeage de Driss Basri en novembre 1999, on a pu voir des
signes de la volonté de démocratisation affichée par le nouveau roi, à travers
un discours sur la nécessité de réformer la constitution et de renforcer le rôle
des institutions parlementaires et gouvernementales, sur la reconnaissance de
l’amazighe comme langue nationale, sur la volonté de tourner la page des «années
de plomb» et d’instaurer un véritable Etat de droit. Mais cinq ans après
l’accession au trône de Mohamed VI, une grande partie du personnel politique et
policier des années de plomb est toujours là, même si elle est rejointe par les
opposants d’hier, et il n’est plus question de réviser une constitution qui
garantit le maintien d’un système dont la monarchie constitue le pivot central.
Le roi règne et gouverne.
L'impunité au Maroc
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Entretien avec Fouad Abdelmoumni
Fouad Abdelmoumni est un ancien prisonnier politique et un ancien "disparu". Depuis sa libération, il a été vice-président de l'Association Marocaine de Droits de l'Homme jusqu'en avril 2004. Il a été aussi membre du Forum vérité et justice. Il s'occupe aujourd'hui d'une association de micro-crédit.
Extraits du rapport 2004 sur le Maroc
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Amnesty International
Le Rapport annuel d'Amnesty International détaille la situation des droits humains dans 155 pays et territoires pour l'année 2003. Il donne une vue d'ensemble de l'évolution de cette situation par région et présente les thèmes prioritaires de l'action d'Amnesty International (violence contre les femmes, droits sociaux, économiques et culturels, justice, protection des réfugiés et des migrants). Nous publions ici des extraits de ce rapport concernant les trois pays du Maghreb.
Lecture
Le mouvement marocain pour les droits de l’Homme, entre consensus national et
engagement citoyen
Marguerite Rollinde, Karthala, Paris, 2002
(N°51, Octobre 2004, 10 pages)
Malika Haddad
Proche du mouvement associatif pour les droits de l’Homme au Maroc, Marguerite Rollinde aurait pu se contenter de dénoncer et de répertorier les violations et les atteintes aux droits de l’Homme dont souffrent les Marocains depuis des décennies. Elle aurait pu offrir un pamphlet contre le régime autoritaire de la monarchie. Mais elle a choisi d’interroger la «face d'ombre» de la société marocaine pour livrer une analyse lucide et parfois dénudante. Son livre consiste à analyser le rapport des droits de l’Homme, concept universel, à un terrain spécifique. En analysant le parcours des militants pour les droits de l’Homme, elle restitue une sorte d’épure de l’évolution du mouvement pour les droits de l’Homme à travers la lutte pour le droit des peuples sous le protectorat, puis la défense des prisonniers politiques avec la génération marxiste-léniniste, enfin l’investissement du terrain des droits de l’Homme, dans les deux dernières décennies, d’une génération nouvelle qui n’a connu ni la colonisation ni la répression des années de «plomb».
Mondialisation et démocratie. Le contre-exemple tunisien
(N°51, Octobre 2004, 12 pages)
Sadri Khiari
Le 2 décembre 2003, au terme d’une conversation avec Zine el-Abidine Ben Ali, au palais présidentiel qui surplombe les collines de Carthage, Colin Powel déclare : «La Tunisie a déjà fait tant de choses que son peuple en attend encore davantage en ce qui concerne les réformes politiques et une plus grande ouverture de la société (…). J'ai encouragé les dirigeants tunisiens à poursuivre ce processus de réformes politiques et de changements économiques». Cette intervention s’inscrirait dans le droit fil de l’exigence démocratique des Etats-Unis, la politique américaine n’ayant d’autres fins que d’harmoniser mondialisation libérale et démocratie mondiale : Démocratie et libéralisation économique devraient donc marcher d’un même pas. Or, cette affinité postulée est loin d’aller de soi. En Tunisie, le moins qu’on puisse dire est que l’hypothèse ne se vérifie pas. Les progrès de l’insertion de la Tunisie dans le marché mondial et la «globalité» semblent, au contraire, aller de pair avec un renforcement des mécanismes coercitifs et des procédures d’expropriation politique de la population, y compris des classes les plus aisées qui sont les principales bénéficiaires de la nouvelle politique.
La LTDH ou la gestion des paradoxes
(N°51, Octobre 2004, 24 pages)
Souhayr Belhassen
Droits de l’Homme, libertés publiques : rarement concepts plus anciens ont connu
une actualité comparable à celle qui est la leur aujourd’hui. Ce phénomène a des
origines diverses et multiples. Cependant les motivations semblent être partout
les mêmes : redonner à l’homme sa dimension humaine, revaloriser l’identité de
chacun dans une communauté humaine de plus en plus vaste, réaffirmer le droit à
la différence de chaque citoyen dans des sociétés de plus en plus
unidimensionnelles, restituer à l’homme des droits que l’hypertrophie de ses
obligations de citoyen n’a cessé de réduire, rééquilibrer le rapport des forces
existant entre gouvernants et gouvernés. Ce mouvement constitue une des
aspirations profondes de notre époque. La Tunisie n’y a pas échappé.
Mais pourquoi est-ce la Tunisie, qui, avant tout autre pays du monde arabe et de
l’Afrique va institutionnaliser le 7 mai 1977 une Ligue Tunisienne pour la
défense des droits de l’Homme ? Pourquoi est-ce justement en Tunisie où «les
pouvoirs sont libres» ? Et «là où les pouvoirs sont libres», écrit Robert
Badinter à l’époque de la création de la LTDH, «ni les groupes, ni les hommes ne
peuvent le devenir». Comment dans ce cas expliquer le double paradoxe non
seulement de la création d’une Ligue pour la défense des droits de l’Homme mais
d’une ligue qui perdure depuis 27 ans dans un contexte de précarité des libertés
publiques et individuelles où les lois sont plus soucieuses de protéger les
gouvernants contre l’exercice des libertés que les gouvernés contre les abus de
pouvoir ?
Comment dans ce cas expliquer le double paradoxe de la création et de la
longévité d’une Ligue des droits de l’Homme appelée de par son esprit et son
mandat à s’opposer au régime en place et par voie de conséquence a être bloquée
dans son développement par ce même régime, alors que celui-ci met en avant le
choix de la modernité et du réformisme, projet dans lequel une Ligue de défense
des Droits Humains apportait naturellement à la fois un «plus» et une
illustration ?
Appel de militants démocrates et progressistes anciens détenus
politiques
(N°51, Octobre 2004, 4 pages)
Nous publions ci-dessous une pétition signée par des anciens prisonniers politiques tunisiens. Ses initiateurs dénoncent la détérioration des libertés en Tunisie et revendiquent le droit à la citoyenneté.
Vous pouvez lire la totalité de l'article en cliquant ici
Extraits du rapport 2004 sur la Tunisie
(N°51, Octobre 2004, 4 pages)
Amnesty International
Le Rapport annuel d'Amnesty International détaille la situation des droits humains dans 155 pays et territoires pour l'année 2003. Il donne une vue d'ensemble de l'évolution de cette situation par région et présente les thèmes prioritaires de l'action d'Amnesty International (violence contre les femmes, droits sociaux, économiques et culturels, justice, protection des réfugiés et des migrants). Nous publions ici des extraits de ce rapport concernant les trois pays du Maghreb.
Lecture
Tunisie. Le délitement de la Cité
Sadri Khiari, Karthala, 2003
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Clément Steuer
Docteur en science politique1 et artiste-peintre, Sadri Khiari est membre fondateur du Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT) et de RAID (Attac/Tunisie). Il a écrit un livre dont la thèse principale est que la défaite du mouvement populaire a entraîné une insertion de la Tunisie dans l’économie mondialisée, dont l’effet immédiat est la décomposition économique, sociale et politique du pays. Cette défaite a eu par ailleurs pour conséquence de laisser le champ libre à une opposition islamiste dont les progrès gênent aujourd’hui le réveil de l’opposition démocratique, divisée sur la question des rapports à avoir avec cette mouvance. L'auteur tente de démontrer cette thèse à l'aide d'une analyse rigoureuse et pertinente de la situation politique tunisienne en montrant la continuité, et les différences, des régimes de Bourguiba et de Ben Ali.
La torture comme pratique d'Etat dans les pays du Maghreb
(N°51, Octobre 2004, 16 pages)
Lahouari Addi
Même si elle est niée par le discours officiel et interdite par la loi dans les trois pays du Maghreb, la torture, bien présente comme l'attestent de nombreux témoignages, est au cœur de la problématique du politique en ce qu'elle informe sur les rapports réels entre le régime et ses opposants et donc sur le faible degré d'élaboration de l'Etat en tant qu'ensemble de pouvoirs et de contre-pouvoirs institutionnels. La torture n'est pas une pratique policière marginale, ne touchant qu'exceptionnellement une minorité d'opposants. Elle est révélatrice de la nature autoritaire du régime et il suffit qu'un seul administré soit torturé pour que n'importe qui soit susceptible de l'être. Mais pourquoi les Etats du Maghreb n'arrivent-ils pas à interdire dans les faits cette pratique qui discrédite les services de police et qui décrédibilise la justice ? C'est à cette question que tente de répondre cet article.
Actuel |
La résistance au Liban-Sud : une défense stratégique à fonction offensive
(N°51, Octobre 2004, 6 pages)
Ali Fayyad
Confluences, depuis ses premières années, a toujours voulu présenter les différents points de vue des acteurs politiques en présence. Nous avons reçu cet article émanant d’un intellectuel libanais proche du Hezbollah. Il nous a paru intéressant de le publier pour donner une idée de la manière dont ce parti perçoit actuellement son affrontement avec Israël. Dans un prochain numéro, nous donnerons le point de vue israélien sur cette question.
Mohamed VI, Commandeur des croyants au
secours de la laïcité ?
(N°51, Octobre 2004, 20 pages)
Bernard Cubertafond
Rapprocher la réforme marocaine de la Moudawana et la loi française sur le voile n’est pas incongru. Ce sont deux tentatives de coups d’arrêt, pour signifier aux islamistes marocains que le nouveau roi a pris les commandes et que l’islam du juste milieu doit être maintenu et approfondi, pour signifier, aussi, en France, que l’on ne tolérera plus un lent grignotage du mode de vie dominant. Mais les deux barrières ne tiendront que si sont mis en avant argumentaires et penseurs modernistes, et si écarts et séparations sociales cessent de se creuser.
Confluences culturelles |
La sultan
Nouvelle
(N°51, Octobre 2004, 10 pages)
Itidal Othman
Itidal Othman est née en 1942. Elle a fait des études de littérature anglaise à l’université du Caire, puis à l’université américaine du Caire. Éditrice à l’Organisation Égyptienne Générale du Livre, elles est également membre du comité de rédaction de plusieurs revues littéraires. Elle est l’auteur de deux recueils de nouvelles : Yûnus wal-Bahr (Jonas et la mer, 1987) et Wash ash-Shams (Tatouage du soleil, 1992) et de plusieurs essais de critique littéraire, dont un consacré à Youssef Idriss.
Premier festival international de cinéma de
Ramallah
(N°51, Octobre 2004, 4 pages)
Antonia Naïm
La première édition du RIFF1 (Ramallah International Film Festival) s’est tenu du 8 au 14 juillet 2004 présentant une sélection de films palestiniens, souvent axés sur la réalité quotidienne du pays, ainsi qu’une large sélection de films européens rendue possible par de nombreux partenariats avec différents pays européen.
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