Confluences Méditerranée                                       N°52           Hiver 2004-2005

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Turquie, la 28ème étoile

Dossier préparé par Robert Bistolfi

 

Résumes en version anglaise

Prologue
(N°52, Hiver 2004-2005)

Robert Bistolfi

L’intégration de la Turquie à l’Union européenne soulève des problèmes importants et pour certains d’entre eux inédits. Ils touchent certes à l’avenir de l’Union, mais ils concernent également une Turquie déjà attelée à un difficile et profond travail de réforme. Trop émotionnel, le débat en France et dans quelques pays membres ne facilite pas une approche raisonnée du dossier. Ce numéro de Confluences Méditerranée propose une analyse des principales données. Les interrogations portent d’abord sur la nature de l’Union et de son projet, sur sa capacité à dépasser l’économisme de la trajectoire actuelle. Elles portent également sur la capacité qu’aura la Turquie de consolider dans la durée les adaptations où elle s’est vigoureusement engagée. Sens de la construction européenne, frontières de l’Union, intégration de la diversité culturelle, relations avec le monde musulman, impact sur le traitement des conflits périphériques… : autant de sujets qui appellent des approches dédramatisées mais réalistes quant à l’ampleur des obstacles. Après avoir identifié sans complaisance ces derniers, la Commission européenne conclut de manière positive en faveur d’une négociation d’adhésion. La ligne éditoriale de ce numéro de Confluences Méditerranée s’inscrit dans la perspective d’une issue favorable de la négociation et d’une intégration réussie de la Turquie dans l’Union. Les analyses réunies dans ce numéro plaident vigoureusement en ce sens. En raison de l’importance des enjeux, l’opposition à un accueil de la Turquie peut être comprise : jugée sans doute trop étroite pour ceux qui estiment que, incertaine de son avenir, l’Union européenne ne peut prendre le risque de cet élargissement- là, une place leur a été faite. L’avenir est ouvert et il dépend de la volonté des deux partenaires de voir leurs histoires confluer au sein d’une Europe définitivement pacifiée. À la fin des ratifications en cours, l’Union européenne comprendra vingt-cinq pays. Avec la Roumanie et la Bulgarie attendues en 2007, la constellation sera portée à vingt-sept États membres. La Turquie peut-elle espérer apporter une vingt-huitième étoile ?

Union européenne et Turquie : des défis croisés
(N°52, Hiver 2004-2005)

Robert Bistolfi

En octobre 2004 la Commission européenne considérait que la Turquie satisfaisait aux conditions pour ouvrir les négociations d’adhésion. L’expérience des autres élargissements donnait à penser que l’avis de la Commission mettrait fin au débat. Il est cependant reparti de plus belle dans quelques États membres et particulièrement en France. Deux éléments surdéterminent les perceptions de la «question turque» : la perte de repères de la construction européenne et le glissement du politique à l’identitaire dans la recomposition internationale des pouvoirs.

 

L’Empire ottoman et l'Europe au XIXe siècle : de la question d’Orient question d’Occident
(N°52, Hiver 2004-2005)

François Georgeon

Tout au long de son histoire, ou presque, ottoman a été présent sur le continent européen. ce fait, il a toujours vécu au contact immédiat pays européens : voilà une donnée fondamentale son histoire qui le distingue de celles des civilisations extra-européennes, comme les indien, japonais ou chinois. Pratiquement apparition sur la scène de l’histoire, les Ottomans ont été confrontés à «l’autre» européen.

 

L’affirmation d’un projet séculier intégrateur de la diversité culturelle européenne
(N°52, Hiver 2004-2005)

Daniel Cohn-Bendit et Alain Servantie

Quelle est notre identité européenne ? Y a-t-il besoin de se définir ?… Tenter de cerner le sens de ce pourrait bien signifier une «identité» et une «culture» européennes doit nous permettre d'appréhender notre passé de manière ouverte et critique en prenant en compte les particularismes pour parvenir à assumer une identité qui s’adapte aux évolutions du monde.

 

Identifier l’Europe, est-ce altériser la Turquie ?
(N°52, Hiver 2004-2005)

Nilüfer Göle

Le débat public sur la compatibilité entre la Turquie et le projet européen n’a cessé de devenir un sujet de plus en plus central dans la vie politique intérieure française et appelle une réflexion sur la nature de ce débat et ses dimensions identitaires. Ce sont, en effet, les discussions sur la candidature turque qui ont montré combien était difficile la relation entre identité et altérité : l’éventuelle présence de la Turquie au sein de l’UE a provoqué un débat sur ce qu’est ou doit être l’identité de l’Europe, tout au moins dans sa version française.

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Accueillir la Turquie -
Interview de Michel Rocard

(N°52, Hiver 2004-2005)

Propos recueillis par Robert Bistolfi et Anne Volery

Ancien Premier ministre, aujourd'hui député au Parlement européen, Michel Rocard s'est depuis longtemps engagé dans la défense de la candidature turque. Il a accepté de développer pour Confluences les raisons qui, à son sens, militent en faveur d'un accueil confiant de la Turquie dans cet espace de droits protégés qu'est aujourd'hui l'Union européenne.

Michel Rocard : " Le dossier turc est devenu important parce qu’il a été dramatisé et symbolisé presque plus qu’il ne le mérite. Un lien doit être établi entre la «question turque» et le fait que la construction européenne vit difficilement les transformations du capitalisme et les conséquences de la mondialisation. Ce sont ces transformations du capitalisme qu’il faut mettre en toile de fond. Bien sûr, l’Europe est étrangère au fait que la vitesse des transports s’est accrue énormément et que les informations circulent désormais à la vitesse de la lumière : cela se serait passé de toute façon. La construction européenne aurait pu naître il y a un siècle ou deux, mais on a raté le coche et les guerres que l’on a connues en ont découlé. Une véritable construction européenne démarre enfin dans les années 50, avec un capitalisme régulé, assurant une croissance à peu près linéaire. Les trois régulations limitatives des drames du capitalisme sont bien connues ; elles peuvent être rapportées à trois noms : Keynes.... "

 

La Turquie et l’Union européenne
(N°52, Hiver 2004-2005)

Tariq Ramadan

Dans tous les débats qui tournent autour de l’adhésion de la Turquie, on sent que les enjeux sont multiples, profonds et essentiels. La particularité de la Turquie consiste autant dans les caractéristiques propres de ce pays majoritairement musulman que dans l’image et les questionnements qu’il renvoie au continent européen quant à son identité culturelle et religieuse.

 

Turcs d’Europe et Turquie dans l’Union : les deux intégrations
(N°52, Hiver 2004-2005)

Ural MANCO

L’adhésion turque à l’Union européenne et la problématique de la présence musulmane en Europe sont deux phénomènes qui éveillent sans doute un certain parallélisme dans l’esprit de pas mal d’Européens. Point de rencontre de ces deux phénomènes, la population originaire de Turquie : installée dans près de la moitié des vingt-cinq pays membres, elle représente 30% des 13 millions de musulmans vivant dans l’Union.

 

Du sens d’une intégration
(N°52, Hiver 2004-2005)

Renaud CAMUS

Nous le remercions de nous avoir permis d’extraire librement de son ouvrage ces quelques passages. Le titre et les sous-titres sont de la rédaction.
Publié en 2000, son journal de l’année 1994 (
La Campagne de France, Editions Fayard) a suscité une polémique très médiatisée. Dans Du Sens (Editions P.O.L., 2003), Renaud Camus s’est attaché à tirer les enseignements de cette expérience en s’interrogeant sur le sens des mots, sur la notion d’origine, sur ce qui fait groupe, sur le poids de la durée… L’ouvrage contient de nombreuses références à la Turquie et un questionnement sur son «européanité». Le propos n’est jamais linéaire et ses sinuosités s’inscrivent dans une recherche de vérité.

" Si la Turquie doit faire partie ou non de l'Union européenne, c'est une question qui en implique des dizaines d'autres, toutes de la plus haute importance. Elles ne sont pas seulement politiques, bien loin de là ; certaines sont à proprement parler philosophiques, ontologiques, herméneutiques, etc. Pour commencer, il y va du sens du mot Europe, bien entendu. Mais il y va du sens de tous les mots aussi bien – et même du sens tout court, en tant que tel. Qu'est-ce qu'être européen ? Qu'est-ce qu'être français ? Quelle est la part de l'origine dans ces appartenances diverses : celle de la volonté, de la convention, de la loi, de la décision administrative ?"

 

La vocation de pont de la Turquie
Entretien avec Philippe Morillon

(N°52, Hiver 2004-2005)

Propos recueillis par Robert Bistolfi

Le 15 décembre 2004, le Parlement européen a demandé l’ouverture rapide des négociations d’adhésion entre l’Union européenne et la Turquie par 407 voix contre 262 et 29 abstentions. Philippe Morillon, qui s’est rangé parmi les opposants, estime que l’identité turque ne pourra pas se fondre dans le projet politique européen. Il recommande plutôt la mise en place d’un «partenariat privilégié».

- Confluences Méditerranée : Membre du Parlement européen, vous étiez opposé à l’ouverture de négociations d’adhésion entre l’Union européenne et la Turquie. Mais le Conseil européen a donné son accord le 17 décembre dernier. Comment l’expliquez-vous ?
- Philippe Morillon : Le 15 décembre, lors du   vote du Parlement européen sur l’ouverture des négociations d’adhésion, j’ai voté contre, naturellement. J’avais même déposé un amendement qui a été repoussé et qui demandait la suppression du paragraphe invitant le Conseil européen à engager l’ouverture des  négociations....

 

La Turquie à la croisée des chemins
(N°52, Hiver 2004-2005)

Sophie BESSIS, Elin WRZONCKI

Depuis 2001, la Turquie s’est engagée dans un vaste programme de réformes législatives, dont la ratification d’instruments internationaux relatifs aux droits humains de l’Homme, en vue de se conformer aux exigences européennes… Etat des lieux des réformes relatives aux droits de l’Homme en Turquie.

 

Quelques éléments de réflexion sur l’Europe
(N°52, Hiver 2004-2005)

Nédim GURSEL

Réflexions sur l’Europe d’un écrivain turc ayant une double appartenance, « qui n’habite pas vraiment une ville, ni un pays, mais deux langues», ayant écrit un « certain nombre de livres en turcet quelques uns en français» et qui témoigne« d’un pays à cheval entre deux continents et deux cultures».

 

Changement dans l'approche du fait minoritaire en Turquie
Entretien avec Hrant Dink
(N°52, Hiver 2004-2005)

Propos recueillis par Nükte V. Ortacq

Arménien de nationalité turque, Hrant Dink (directeur de la publication Agos, un quotidien d'Istambul bilingue, turc et arménien) juge que l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne garantira la liberté de religion et assurera la survie des minorités dans le pays. Il estime toutefois que la reconnaissance par Ankara du génocide des Arméniens perpétré par l'Empire ottoman en 1915 ne doit pas être une condition à l'adhésion.
 

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L’intégration de la Turquie : de nouvelles responsabilités internationales pour l’UE
(N°52, Hiver 2004-2005)

Didier BILLION

Le débat sur l’adhésion de la Turquie à l’UE n’a que trop peu trait aux questions stratégiques et de politique extérieure. Or un des objectif de l’Union est la construction d’une entité politique susceptible de peser sur l’échiquier des relations internationales et d’y être une force de proposition et de décision. De de ce point de vue l’intégration de la Turquie en son sein constitue pour l’UE une formidable opportunité.

 

La nouvelle donne de la question chypriote
(N°52, Hiver 2004-2005)

Christophe Chiclet

La voie turque vers l’Europe est semée d’embûches parmi lesquelles le problème de Chypre. Depuis le 1er mai 2004, la République de Chypre, non réunifiée, est membre de l’UE. Or comment un candidat à l’UE peut-il occuper militairement une partie du territoire d’un membre de l’UE, alors qu’il ne l’a toujours pas reconnu ? C’est un jeu d’échecs à quatre : Bruxelles, Ankara, Athènes, Nicosie. Mais dans cette partie, l’un des joueurs est plus faible que les autres, en l’occurrence les Chypriotes grecs. Ils pourraient une nouvelle fois faire les frais d’un rapprochement entre Athènes et Ankara, rapprochement désormais plus économique que politique. Il leur reste cependant leur droit de veto. Ont-ils seulement les moyens de l’utiliser ?

 

Le Tigre et l'Euphrate
(N°52, Hiver 2004-2005)

Françoise Rollan

Actuellement 9 des 14 pays du Proche-Orient sont confrontés à une situation de pénurie des ressources en eau, ce qui en fait la région du monde où le problème de la rareté de l'eau (enjeu stratégique à l'origine de situations conflictuelles entre les États) se pose avec le plus d'acuité. Or pour l'Euphrate et le Tigre, il n'existe aucun traité de partage des eaux entre la Turquie, la Syrie et l'Irak…

 

L’adhésion turque vue du Machrek
(N°52, Hiver 2004-2005)

Mohamed NOURREDINE

Point de vue arabe sur la question de l’adhésion turque à l’Union européenne, cet article pose une série de questions dont celle des enjeux de cette adhésion, de ses éventuelles conséquences sur l’identité turque et des répercussions sur le Moyen- Orient.

 

L’Islam et l’Occident à la croisée des chemins
(N°52, Hiver 2004-2005)
Chris Patten

Cet article reprend l’essentiel d’une conférence prononcée à l’Oxford Center for Islamic Studies, le 24 mai 2003. Chris Patten s’y érige conte la théorie du choc des civilisations et revient sur les difficultées actuelles du Moyen-Orient. Il aborde à cette occasion l’adhésion turque à l’UE et les relations entre l’Europe et le monde islamique.

 

Hommage à Dido Sotiriou (1909-2004)
(N°52, Hiver 2004-2005)
Christophe Chiclet

Journaliste, écrivain, femme engagée dans le combat pour la démocratie, le féminisme et le rapprochement gréco-turc, Dido Sotiriou s’est éteinte le 23 septembre à Athènes à l’âge de 95 ans.

Elle était née le 18 février 1909 à Aydin, en Asie Mineure, dans la région de Smyrne (Izmir). Son père était un industriel grec éclairé, polyglotte, de l’Empire ottoman. Suite à la chute de l’Empire, l’armée grecque occupe l’Ionie anatolienne en 1919. Mais en septembre 1922 l’armée kémaliste rejette à la mer l’armée grecque et brûle Smyrne. Les Grecs d’Anatolie, dont la famille de Dido, sont échangés lors du traité de Lausanne en 1923 contre les musulmans de Grèce. Arrivé au Pirée, le père y devient docker. A la mort de ses parents, elle est élevée par une tante qui l’envoie étudier la littérature française à l’Institut français d’Athènes, puis à la Sorbonne. Elle reviendra souvent à Paris, rencontrant...

 

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