Confluences Méditerranée                                       N°8             Automne 1993

 


Balkans : l'implosion ?

Dossier préparé par Christophe Chiclet

 

Dessin de Jelena

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Introduction
(N°8, Automne 1993,  5 pages)

Christophe Chiclet
(chercheur associé au Centre d'Histoire de l'Europe du XXe siècle et correspondant du Journal de Genève pour les Balkans)

Balkans, deux petites syllabes longtemps oubliées, synonyme de casse-tête pour les apprentis diplomates. Pourtant aujourd'hui, les vieux démons de la péninsule avec leurs cortèges de clichés et de stéréotypes font de nouveau la une des journaux.
Le terme de "balkanisation", équivalent d'inextricables mélanges, de fragmentation à l'extrême, de déchirures sanglantes, a longtemps été utilisé pour caractériser d'autres conflits compliqués. Puis, petit à petit, le terme est tombé en désuétude au profit de quelque chose apparemment encore plus complexe: la "libanisation".

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Les Balkans

1912

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1914

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1923

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1945

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Les guerres balkaniques (1912.1913)
(N°8, Automne 1993,  5 pages)

Lina Louvi
(professeur d'histoire à l'Université de Crète - Rethymaon)

La création de deux États chrétiens dans la péninsule balkanique pendant la première partie du XIXe siècle, à savoir la Grèce et la Serbie, a marqué le début d'un nouvel ordre dans la région. plus tard, le développement des mouvements nationaux au cours de la décennie 1870-1880 attise les concurrences et les querelles. Trente ans plus tard, ces antagonismes se transforment en conflits meurtriers.

 

 

L'impossible transition démocratique dans l'ex-Yougoslavie
(N°8, Automne 1993,  9 pages)

Catherine Lutard
(sociologue-chercheur (Paris) et collaboratrice scientifique à l'Université libre de Bruxelles)

" Qui n'a pas de mémoire n'a pas d'avenir "
Primo Lévi

Avec la chute du bloc communiste, l'Occident a l'impression d'avoir "gagné une bataille", menée depuis plus de quarante ans. Pendant des décennies on a préféré croire en Occident, que les sociétés communistes étaient statiques, que rien ne bougeait, que ces sociétés étaient "congelées". Mais à regarder toujours le haut de la pyramide, qui elle était effectivement condamnée à se reproduire, on oubliait de regarder la société se lézarder, se fissurer, et la résistance civile se mettre en place, petit à petit. L'euphorie occidentale liée à la chute du mur de Berlin et à la dislocation de l'empire soviétique et de ses pays satellites a disparu. Les pays ex-communistes sont en perpétuel bouleversement.

 

 

Menace serbe et guerre balkanique
(N°8, Automne 1993,  7 pages)

Cedomir Nestorovic
(responsable du département Europe Centrale et Orientale à l'Institut Supérieur de Commerce International de Dunkerque)

 La guerre dans l'ex-Yougoslavie constitue un danger de premier ordre pour la sécurité des Balkans en raison de l'enchevêtrement des minorités qui sont prises dans la tourmente et de la volonté d'internationaliser le conflit par les parties en présence. Celles-ci espèrent qu'une extension du conflit, ou une intervention militaire étrangère pourrait servir leurs intérêts. En dépit de la multitude des conflits latents que connaît la région, c'est pourtant la menace serbe qui est mise en avant comme l'unique détonateur possible d'une conflagration générale. Déjà identifiés comme agresseurs en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, les Serbes sont par avance rendus responsables de tout conflit qui pourrait éclater dans les Balkans. Sans amnistier par avance quiconque, Serbes y compris, il est tout de même nécessaire de voir s'il y a une véritable menace serbe sur la région, et si elle existe, en quoi est-elle différente des autres menaces du même ordre.

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Les dangers du démantèlement de la Bosnie-Herzégovine
(N°8, Automne 1993,  6 pages)

Faïk Dizdarevic
(journaliste, ancien ambassadeur de la République Fédérale de Yougoslavie. Secrétaire Général de l'Association Sarajevo)

La Bosnie-Herzégovine est un pays balkanique et méditerranéen non seulement par sa position géographique mais aussi par son caractère multiculturel, multinational et multireligieux, par ce mélange, cette diversité propre à la péninsule balkanique et au bassin méditerranéen. Si bien que tout ce qui se produit dans les Balkans se reproduit, ou est susceptible de se reproduire, en Bosnie. Et vice-versa. Or la Bosnie est en proie à une guerre qui affecte toute la région. L'issue de cette guerre, quelle qu'elle soit, pèsera lourdement sur les Balkans. C'est pourquoi il importe en premier lieu de rappeler brièvement les causes profondes et immédiates de cette guerre, ses répercussions et ses éventuelles solutions, et leurs principales conséquences.

Bosnie-Herzégovine

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Regard sur le Kosovo
Chronique d'une amnésie volontaire

(N°8, Automne 1993,  5 pages)

Skender Sherifi
(journaliste, écrivain et traducteur, il a publié plusieurs recueils de poèmes à Paris et à Prishtina)

"Simplement en tant qu'homme et sans doute un peu en tant que poète", comme il le dit lui-même, Skender Sherifi écrivain et journaliste, donne son sentiment sur le Kosovo, région autonome de l'ex-Yougoslavie dont il est originaire. Il ne prétend pas faire ici une analyse de la situation dans cette région intégrée actuellement à la Serbie et o- la population, bien que constituée de 90% d'Albanais, est depuis plus de dix ans entièrement dominée par les Serbes dans tous les domaines. C'est ce vécu que l'auteur nous livre dans son article.

 

 

L'Albanie et les "Yougoslaves" , images et ruptures
(N°8, Automne 1993,  9 pages)

Gabriel Jandot
(Docteur ès Lettres et sciences humaines et Maître de Conférences à l'Université Montpellier III,
auteur de Albanie 1944-1985: l'édification du national-marxisme,  Ed. l'Harmattan, 1994)

Après avoir subsisté pendant plus de quarante ans de pouvoir communiste dans "l'illusion d'imminence", les Albanais vivent actuellement dans "l'imminence" d'un conflit avec un pouvoir serbe qui étouffe les aspirations à l'égalité de droit des Albanais du Kosovo. L'impossibilité d'agir, l'obligation de ne pas réagir, la misère obsessionnelle, un substrat historique de bouleversements et d'occupations, tel est le cadre dans lequel ce petit État tente de survivre, de se faire entendre à défaut de se faire écouter. Comment, vu d'Albanie, perçoit-on le déchirement actuel dans les Balkans?

 

 

La Macédoine entre blocus et renaissance
(N°8, Automne 1993,  6 pages)

Nano Ruzin
(professeur agrégé de sciences politiques de l'université "Kiril i Metodij" de Skopje)

A l'époque de la Yougoslavie titiste, la hiérarchie sociale entre les peuples balkaniques s'exprimait de manière fort originale. Les Yougoslaves avaient l'habitude de tourner en dérision leurs voisins balkaniques, ironisant sur leur sort de frustrés de l'est : "Pour vous, nous sommes l'Amérique". Dans les mêmes conditions d'économie communiste, toutefois légèrement mieux lotis que les champions absolus de la misère est-européenne - Roumanie et Albanie -, les Hongrois et les Bulgares quand ils s'adressaient aux Roumains et aux Albanais ajoutaient un "suffixe" différent au même slogan comparatif:: "Pour vous, nous sommes la Yougoslavie".
Aujourd'hui, trois ans après l'éclatement de la Yougoslavie fédérale, seuls les Slovènes, et dans une certaine mesure les Macédoniens, peuvent se référer à ce niveau de vie "à l'américaine".

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Bulgarie : une neutralité active
(N°8, Automne 1993,  7 pages)

Eugène Silianoff
(journaliste et a été diplomate bulgare jusqu'en 1947)

Dans toute tentative analysant la situation dans les pays "ex-satellites" d'Europe centrale et orientale, il faut d'entrée de jeu voir la responsabilité des grandes puissances dans l'établissement des frontières des nouveaux pays en 1919. Leurs représentants qui allaient créer une Europe nouvelle sur les bases du droit à l'auto-détermination des peuples, étaient tous des hommes issus du XIXe siècle: Clémenceau, Wilson, Lloyd Georges, sont nés entre 1841 et 1866. L'Europe qu'ils connaissaient était issue du congrès de Vienne dont est sorti la Sainte Alliance consacrant entre autres, le droit des trois Empires à disposer du sort des petites nations. Clémenceau regrettait la disparition de l'Empire des Habsbourg "qu'il eût fallu inventer s'il n'existait pas".

 

 

Turquie : pour une coopération dans les Balkans
(N°8, Automne 1993,  7 pages)

Oral Sander
(professeur d'histoire politique à l'Université d'Ankara)

Avec son petit bout de Thrace orientale, la Turquie est aujourd'hui le pays le moins balkanique de la péninsule. Mais par son histoire et les traces qu'elle y a laissé, cette Turquie moderne pèse considérablement dans la région. Forte de son poids démographique, économique et géostratégique, elle peut se permettre d'être le seul pays à avoir une vision d'avenir. Alors que ses voisins retrouvent leurs histoires tourmentées, la Turquie forte aussi de son aggiornamento de 1923, a dépassé les clivages du passé. Sa vision de la crise balkanique est donc la plus sereine et la plus optimiste. Son rôle de puissance régionale réaffirmé avec la guerre du Golfe place sa perception des Balkans à travers le prisme de la coopération économique dans la zone de la mer Noire, zone dont elle serait l'élément prépondérant. Mais cette prépondérance est, elle, perçue par ses voisins - à tort ou à raison - comme une sorte de néo-ottomanisme.

 

 

Les Balkans, poudrière ou thermomètre de l'Europe ?
(N°8, Automne 1993,  5 pages)

Georges Prévélakis
(Maître de conférences de géopolitique à l'Université de Paris-Sorbonne)

La crise yougoslave a révélé la fragilité de notre nouveau monde européen. L'explosion des conflits ethniques dans l'espace encore soviétique avait gâché quelque peu l'euphorie de la chute du mur de Berlin. Ces crises paraissaient pourtant bien éloignées d'une Europe des Douze, forteresse de la prospérité, poursuivant la création d'un énorme espace de circulation. Par contre, l'explosion de violence en Yougoslavie, si proche de l'Europe occidentale "aseptisée" de ses vieux démons nationalistes, fut un choc. Elle a été perçue comme une menace et comme un rappel: menace de contagion, rappel d'un "subconscient collectif" d'o- peuvent surgir à nouveau ces démons.

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Les responsabilités internationales
dans les affrontements croato-musulmans en Bosnie-Herzégovine

(N°8, Automne 1993,  19 pages)

Marc Gjidara
(professeur à la Faculté de Droit d'Orléans, auteur avec Mirko Grmek et Neven Simac du livre paru chez Fayard en 1993 :
Le nettoyage ethnique. Documents historiques sur une idéologie serbe)

A propos de la guerre en ex-Yougoslavie, l'opinion publique a dû s'habituer à voir renvoyer les protagonistes dos à dos de manière systématique, tant dans le cas de la guerre contre la Croatie que celui de l'agression contre la Bosnie-Herzégovine. D'un côté ce sont les Croates et les Serbes qui sont mis sur le même pied, bien que les destructions et les massacres se soient déroulés en territoire croate et surtout dans des localités à population majoritairement non-serbe. De l'autre côté, ce sont les Musulmans et les Serbes qui sont alternativement critiqués pour leurs exactions mutuelles, alors même que la conquête et l'agression ont fait sans doute plus de 200 000 morts du côté bosniaque, et que 70% du territoire de ce pays internationalement reconnu et membre de l'ONU sont sous occupation ou contrôle serbe, y compris là où les éléments serbes sont très minoritaires.

 

 

Quand l'Europe détruit l'Europe
(N°8, Automne 1993,  15 pages)

Bernard Ravenel
(historien, auteur de Méditerranée, le Nord contre le Sud ? , Éditions L'Harmattan, 1990)

L'explosion de la Fédération yougoslave a pris à contre-pied l'Europe. La "question d'Orient" - il serait plus juste de dire "la tragédie d'Orient" - dans sa dimension européenne, c'est-à-dire balkanique, resurgit. Pour l'Europe - celle des Douze - qui représente les grandes puissances européennes, à l'exception de la Russie et qui a vécu dans l'illusion que la question balkanique était une affaire qui appartenait à un passé révolu, le réveil sera difficile. Et pourtant l'existence même de la "question balkanique" doit aussi son existence au fait d'avoir été l'objet d'un bricolage cynique et approximatif de la part des puissances du "concert européen" au XIXe et au XXe siècles1. Quelle sera donc, face à cette nouvelle version de la poudrière balkanique que repropose la crise yougoslave, la réaction d'une Europe précisément en train de mettre en place sa politique étrangère et de sécurité commune (PESC)? La question balkanique va contraindre les pays occidentaux à découvrir les cartes de leurs stratégies politiques et économiques.

 

 

Mort apparente d'une culture commune
(N°8, Automne 1993,  5 pages)

Linda Morisseau
(psychiatre et psychanalyste à l'Institut interdépartemental Théophile Roussel de Montesson)

De Zagreb où elle se rend régulièrement dans le cadre de l'association Partage avec les enfants du tiers-monde, pour assurer un travail de soutien à une équipe de psychiatres, psychologues et assistants sociaux croates, le docteur Linda Morisseau nous ramène une analyse sur l'état psychique des réfugiés de Bosnie-Herzégovine et de Croatie, enfants et adultes.

 

 

Les Balkans, boulevards de la drogue
(N°8, Automne 1993,  4 pages)

Cet article est extrait de l'ouvrage La drogue nouveau désordre mondial
publié par l'Observatoire Géopolitique des Drogues, sous la coordination d'Alain Wallon

(Paris, Hachette, collection Pluriel intervention, 1993, pp. 107-120)

Le démantèlement des structures étatiques dans les pays d'Europe centrale, le passage brutal à l'économie de marché, les conflits ethniques ont favorisé l'explosion des productions et du trafic des drogues destinées aux marchés solvables de l'Ouest. La liberté de circulation retrouvée entre les anciens pays communistes et l'arrivée de touristes ou de réfugiés sur le territoire de la Communauté européenne ont également été mises à profit par les organisations criminelles, turques en particulier, qui ont commencé à utiliser sur une large échelle des ressortissants des Balkans pour introduire de la drogue à l'Ouest.

 

 

Le processus de paix au Proche-Orient

 

Le jour se lève
(N°8, Automne 1993,  13 pages)

Jean-Paul Chagnollaud

A Jérusalem, à la fin du mois de juillet, le climat politique était particulièrement maussade. Personne ne semblait se faire d'illusions sur l'issue de la prochaine session des négociations qui devaient bientôt reprendre à Washington. Si quelqu'un s'était alors laissé aller à imaginer une rencontre entre Arafat et Rabin pour le mois de septembre, il aurait été accueilli avec ce sourire désabusé que l'on réserve parfois à ceux qui aiment rêver à voix haute. Une telle rencontre paraissait alors inconcevable.

Et pourtant, elle a bien eu lieu dans la capitale des Etats-Unis, le 13 septembre 1993, date désormais historique qui a vu d'irréductibles et presque séculaires ennemis signer un accord après avoir accepté de se reconnaître mutuellement.

 

 

Confluences culturelles

 

HOMMAGE A TAHAR DJAOUT

L'écriture en guise d'ailes
(N°8, Automne 1993,  2 pages)

Anissa Barrak

Le printemps dernier aura été particulièrement terrible pour l'Algérie qui porte, depuis plusieurs mois, le deuil, chaque jour plus lourd, de ses enfants assassinés. En ce printemps 1993, six intellectuels algériens sont tombés victimes de la violence politique. Il s'agit d'écrivains, journalistes, universitaires, médecins qui appartiennent à la jeune intelligentsia algérienne chez qui un sentiment patriotique fort conjugué à un attachement profond à la liberté - dans le sens individuel et civique du terme -, se sont révélés à travers leur courage dans l'expression et l'action. Quoique indirectement politiques, leurs activités intellectuelles et professionnelles exprimaient une liberté de conscience et de pensée qui suffisait en elle-même pour les charger d'une portée subversive et dérangeante. Hafidh Senhadri, Djilali Liabès, Laadi Flici, Tahar Djaout, Mahmoud Boucebci et Mhammed Boukhobza, ont été ciblés individuellement parce qu'ils étaient considérés comme faisant partie du lot des "laïco-assimilationnistes", qualificatif que l'ancien Premier ministre Belaïd Abdesselem avait trouvé pour dénoncer ceux dont le sens de la modernité était trop fortement marqué à son goût.

 

Mon frère, le poète
(N°8, Automne 1993,  2 pages)

Nabile Farès
(écrivain algérien de langue française, auteur de nombreux romans publiés aux éditions Le Seuil, Actes Sud, L'Harmattan et Maspéro)

Triste privilège d'avoir à témoigner ici de l'absence, du crime et de la mort dont fut atteint en juin dernier l'écrivain algérien Tahar Djaout. Triste privilège car dans l'un de ses premiers recueils, Solstice barbelé, figurait un poème intitulé "Verbe" qui m'était dédicacé : "Mort à la guerre".

Edité en 1975, au Canada, loin des bords de la Méditerranée où il fut écrit, le recueil comporte 39 poèmes répartis en cinq tableaux dont les titres marquaient une envie folle, réelle, d'aller au-delà de la guerre, au-delà de la mort, dans la parole, l'écrit d'amitié et de solidarité avec les grands rêveurs de mondes vivants, proches, excluant l'altération du désastre : Bitumer les rosaires - Arachné - Il y a dans mon crâne du soleil qui fait la chamade - Aléatoires - Réminiscences d'un soleil. Le tout bordé des dessins fulgurants de Denis Martinez.

 

 

RENCONTRE AVEC LISA SEROR

Alchimie de la mémoire
(N°8, Automne 1993,  3 pages)

Chams Nadir
(écrivain et poète)

Avec son bouquet luminescent, ce personnage nimbé de brumes arrivera-t-il à dépasser le Seuil de la Porte devant laquelle ses pas balbutient ?

Nous sommes, face à la peinture de Lisa Séror, comme cette ombre éclairée par sa tentation, au seuil d'une vaste demeure très ancienne et pourtant toujours habitée, tatouée des signes de la mémoire.

A quelques mètres de sa Hafsia natale, beaucoup d'enfants des quartiers "arabes" contigus (rue du Pacha, Place du Tribunal, rue Sidi Mahrez, etc) ont enjambé les frontières factices d'une topographies figée pour communier dans les rêves éveillés de la sieste imposée, derrière les persiennes aveugles.

Les ombres dansantes, sur les murs badigeonnés à la chaux vive , étaient leurs alliés et leurs bouraqs ailés.

Dessin de Lisa Séror

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Lisa Séror, aux sources du soleil
(N°8, Automne 1993,  1 page)

Anissa Barrak

Dans l'atelier des bords de Seine de Lisa Séror, la grande elgia dorée à l'or fin, les meubles aux pieds d'argent ciselé couverts de tissu des ateliers du vieux Tunis, le qob-qab posé sur le pas de la porte semblant attendre le pied de la belle, et bien sûr les tableaux, partout, posés à même le sol, sur les sièges, accrochés aux murs... Ici, tout participe de ce décor de l'autre Méditerranée, au point qu'on serait tenté de prime abord, de le suspecter de superficialité, n'étaient les signes venant des profondeurs de la culture tunisienne qui confèrent à ces lieux - et à leur maîtresse - leur authenticité.

 

 

Arabisation et langue française
(N°8, Automne 1993,  9 pages)

Entretien avec Ahmad Moatassime
conduit par Abderrahman Belgourch

L'échange culturel et l'apprentissage des langues, qui demeurent des indicateurs incontournables pour l'intelligibilité des rapports entre les sociétés et de leur approche des questions de l'identité et de l'ouverture, sont parmi les thèmes que nous avons abordés avec Ahmed Moatissime, chercheur au CNRS et professeur à l'Institut de développement économique et social à l'Université de Paris I. Il est l'auteur de l'ouvrage Arabisation et langue française au Maghreb, un aspect sociolinguistique des dilemmes du développement. Il révèle les enjeux des choix et du débat linguistiques au Maghreb dont les échos retentissent au delà de la rive sud de la Méditerranée. La double formation de l'auteur (docteur en sciences de l'éducation et en sociologie politique) ainsi qu'une pratique de l'enseignement au Maghreb et en France sont mises à contribution pour nous offrir des analyses qui tranchent par leur pertinence avec "les sentiers battus" et les idées reçues qui finissent souvent par s'imposer comme des idées "vérités".

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