Confluences Méditerranée                                       N°9              Hiver 1993-94

 


Repenser le Proche-Orient

Dossier préparé par Jean-Paul Chagnollaud

 

Editorial
(N°9, Hiver 1993-94,  5 pages)

Jean-Paul Chagnollaud

Il y a plus de trente ans, du temps de la guerre froide et de l'équilibre de la terreur, Raymond Aron pour dire l'état du monde, avait lancé sa formule, vite devenue classique, paix impossible, guerre improbable. Aujourd'hui, comme l'a montré Pierre Hassner, on doit la transformer en en inversant les termes : paix moins impossible, guerres moins improbables.

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Toute la terre aux deux peuples
(N°9, Hiver 1993-94,  11 pages)

Entretien avec Théo Klein
conduit par Régine Dhoquois-Cohen

En 1986, Théo Klein, alors président du Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF), avait engagé un dialogue avec Hamadi Essid à l'époque directeur de la Ligue des Etats arabes à Paris, qui ne devait plus s'arrèter jusqu'à la mort de Hamadi Essid en 1991. Un livre commun (Deux vérités en face, Hamadi Essid et Théo Klein, Editions Lieu Commun, 1988) est né de ce dialogue ainsi qu'une amitié profonde entre les deux hommes qui, peu à peu, ont appris chacun à mieux comprendre l'autre. Ils ont ainsi contribué à construire la paix israélo-arabe alors hésitante.
Afin de continuer ce dialogue auquel Confluences Méditerranée a toujours servi de support, nous voulions organiser une rencontre entre Leïla Shahid, représentante de l'OLP en France, et Théo Klein. Des questions d'emploi du temps de part et d'autre ont momentanément empêché cette rencontre. Ce n'est que partie remise. Il fallait cependant que la voix de Théo Klein qui a, depuis longtemps, alors même qu'il était président du CRIF, plaidé pour une paix négociée tout en rappelant haut et fort ses convictions sionistes, s'exprime dans ce numéro. Et pour que le dialogue ne soit pas complètement absent, nous avons utilisé certaines des interventions de Leïla Shahid lors d'un débat organisé le 18 octobre 1993 au Cercle Bernard Lazare à Paris, avec Avraham Rozenkier, représentant du MAPAM en Europe.

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Les Etats-Unis, force de stabilité sur la scène internationale
(N°9, Hiver 1993-94,  9 pages)

Entretien avec James Baker
conduit par Carole Dagher

Debout, dans son bureau au cinquième étage de ce complexe cossu où se trouve la célèbre étude Baker & Botts, il tend la main pour souhaiter la bienvenue, mince, droit, rigoureux dans son complet classique, mélange de distinction britannique, d'assurance WASP et d'intonation texane, secrétaire au Trésor, secrétaire d'Etat, ce familier des arcanes politiques internationales, est un ardent promoteur du leadership américain dans le monde et convaincu que seuls, les Etats-Unis sont aptes à défendre les principes de démocratie, de droits de l'Homme, de libéralisme économique, sans aucune arrière-pensée colonialiste. James Baker, c'est le porte-étendard d'une politique active et interventionniste américaine dans le monde. Sous le mandat de son ami le président George Bush, il a marqué de son sceau la carte géopolitique du Moyen-Orient et a supervisé les principales étapes qui ont forgé la destinée des Etats de la région : accord de Taëf, guerre du Golfe, conférence de Madrid... Contrairement à Henry Kissinger, pionnier de la politique des "petits pas" et des réglements bilatéraux, Baker a su mieux ménager les susceptibilités arabes et n'a pas hésité à user de pressions, tant sur Israël que sur les diverses parties arabes, pour mettre sur pied une conférence de paix globale où les Arabes sont censés faire bloc face à Israël, malgré la nette préférence des gouvernements israéliens successifs pour des négociations séparées.

 

 

Gaza en liesse, Gaza inquiète...
(N°9, Hiver 1993-94,  6 pages)

Raba Husary
(journaliste à Jérusalem)

A l'entrée de la ville de Gaza, une phrase peinte en rouge sur le mur dit: "Oui au projet Gaza-Jéricho, oui à la liberté". C'était de la peinture fraîche comparée à celle des autres slogans déjà anciens. Elle marquait en ce jour de novembre, le nouvel épisode qui venait de commencer avec la signature, à Washington le 13 septembre, du premier accord entre Israël et l'OLP. Pour la plupart des habitants de Gaza, le "oui à la liberté" traduisait leur interprétation de cet accord qui porte leurs aspirations et leurs rêves mais parfois aussi leurs frustrations avec ces jours qui passent sans que rien ne change.

 

 

Quels enjeux pour l'OLP ?
(N°9, Hiver 1993-94,  11 pages)

Nadine Picaudou
(maître de conférences à l'INALCO)

L'enthousiasme avec lequel le monde a accueilli la réconciliation historique entre les frères ennemis, israéliens et palestiniens, contraste avec l'ampleur du débat qui traverse aujourd'hui le champ politique palestinien. Nadine Picaudou analyse les enjeux auxquels l'OLP se trouve confrontée et l'inquiétude qui envahit ses militants dorénavant condamnés à s'acclimater de la nouvelle situation en s'inventant de nouveaux rôles et un mode de fonctionnement adaptés aux exigences d'un Etat en devenir.

 

 

La question des réfugiés et l'émergence d'une diaspora palestinienne
(N°9, Hiver 1993-94,  8 pages)

Bassma Kodmani-Darwish
(directeur de recherche à l'Institut Français des Relations Internationales)

On ne le dit sans doute pas assez. La question des réfugiés palestiniens a été pendant 45 ans le principal obstacle à un accord entre Israël et ses voisins arabes. Malgré le rejet par ces derniers de l'existence même de l'Etat hébreu, de nombreuses tentatives de négociations pour parvenir à un accord, même limité, ont été faites mais la plupart d'entre elles ont achoppé sur la question des réfugiés. Celle-ci est aujourd'hui centrale dans la perspective d'un juste réglement de la question palestinienne.

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Yasser Arafat
Quelques jalons sur la route de Jérusalem

(N°9, Hiver 1993-94,  6 pages)

Nadia Benjelloun-Ollivier
(auteur de La Palestine, un enjeu, des stratégies, un destin, Paris, Presses FNSP, l984
et de Yasser Arafat, la question palestinienne, Paris, Fayard, 1991)

Qui est l'homme au Keffieh, pistolet à la ceinture qui galvanise les foules, donne l'accolade à Nelson Mandela et Saddam Hussein, pleure en direct à la télévision en apprenant la mort d'un proche, stigmatise l'ennemi, prend des positions politiques qu'il n'explique pas ? Qu'y a-t-il derrière ce regard pétillant ou triste, tendre ou dur, derrière ce sourire quasiment immuable qu'il présente aux caméras ? On l'aime ou on le déteste ; il attire ou révulse ; il suscite respect et admiration ou déclenche mépris et répulsion ; un jour au pinacle, l'autre décrié, Arafat ne laisse pas indifférent.

 

 

Le refus islamiste
(N°9, Hiver 1993-94,  10 pages)

Ali Jarbawi
(professeur de science politique à l'Université de Bir-Zeit en Cisjordanie,
auteur de : L'intifada et le leadership en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Beyrrouth, Dar Attaliaa, 1989)

Traduit de l'arabe par Anissa Barrak et Abderrahim Lamchichi

A côté du mouvement Hamas qui est très connu, il existe, en Palestine, trois autres mouvements islamistes: le parti de Libération islamique, le Jihad islamique et le Jihad islamique Baït Al Maqdess. Malgré leurs relations conflictuelles et concurren-tielles, ces quatre organisations ont adopté une position concertée en opposant un refus catégorique à l'accord du 13 septembre sur la base de l'illégitimité de principe de la conclusion d'une paix avec Israël et de l'interdiction de la cession d'une terre musulmane aux Juifs. Cette position commune n'exclut pas des divergences d'ordre tactique sur les modalités de ce refus en fonction des événements qui pourraient se produire dans les prochains mois.

 

 

Les mouvements islamistes palestiniens et les collaborateurs
(N°9, Hiver 1993-94,  10 pages)

Saleh Abdeljawad
(professeur à l'Université de Bir-Zeit en Cisjordanie)

 Quels traitements les mouvements islamistes réservent-ils à ceux des Palestiniens qui collaborent avec Israël ? Se basant notamment sur l'analyse des communiqués politiques diffusés par ces mouvements et en particulier par Hamas, sur des documents à diffusion interne, des bulletins clandestins mais aussi des entretiens réalisés avec des membres de ces mouvements, Saleh Abdeljawad dégage certains aspects des modes de représentation politiques des islamistes palestiniens. Bien que réalisée avant la signature par Israël et l'OLP de la Déclaration de principes, son étude apporte bien des éclairages sur la position de ces mouvements.

 

 

Droits de l'homme dans les Territoires occupés :
préoccupations et espoirs

(N°9, Hiver 1993-94,  9 pages)

Sonia Dayan-Herzbrun, Paul Kessler et Joseph Parisi
(professeur de sociologie à l'Université de Paris-VII et physiciens au Collège de France)

 Pour tous ceux qui s'étaient préoccupés, au fil des années, de la situation des droits de l'homme dans les Territoires occupés, les accords israélo-palestiniens signés à Washington le 13 septembre dernier ont été le motif d'un soulagement d'autant plus profond que, jusque-là, cette situation n'avait cessé de se détériorer. Citant les rapports de deux experts, l'un palestinien et l'autre israélien, sur les violations des droits de l'homme dans les Territoires occupés, les auteurs se déclarent convaincus qu'un certain nombre de pratiques tendront à disparaître du fait du retrait prévu de l'armée israélienne, même si le texte de la Déclaration de principe ne contienne aucun engagement concernant le respect des droits de l'homme.

 

 

Les Israéliens aspirent à la paix
(N°9, Hiver 1993-94,  6 pages)

Elie Barnavi
(professeur d'Histoire à l'Université de Tel Aviv)

 Les faits d'abord : l'opinion publique israélienne a, dans l'ensemble, bien accueilli l'accord israélo-palestinien et la reconnaissance par l'Etat hébreu de l'Organisation de Libération de la Palestine, bien mieux, en fait, qu'il n'était raisonnable de l'espérer. Selon les premiers sondages, environ 55% des Israéliens se rangeaient derrière le gouvernement Rabin, près du double du pourcentage des opposants déclarés. Depuis, si le nombre de ces derniers est resté à peu près stable, une proportion significative du marais a rejoint les partisans de l'accord.

 

 

Les racines israéliennes de la paix
(N°9, Hiver 1993-94,  15 pages)

Dominique Vidal
(journaliste et auteur avec Alain Gresh notamment de Les Cent portes du Proche-Orient, Ed. Autrement ;
Palestine 47: un partage avorté, Ed. Complexe ; Golfe: clefs pour une guerre annoncée, Le Monde-Editions)

Que signifient, pour Israël, la signature de l'accord avec l'OLP et le soutien que lui a apporté, d'emblée, une large majorité de citoyens ? Comment s'inscrivent-ils dans l'évolution de la crise multidimensionnelle de la société israélienne ? Dominique Vidal, journaliste et chercheur, auteur avec Alain Gresh de plusieurs livres consacrés au conflit israélo-palestinien, propose quelques pistes de réflexion.

 

 

Pour une vraie réconciliation
(N°9, Hiver 1993-94,  4 pages)

Shlomo Elbaz
(professeur à l'Université de Jérusalem, écrivain et directeur de la revue israélienne Levant)

 La portée purement politique de la poignée de main historique entre Rabin et Arafat ne doit pas masquer la dimension humaine de ce geste. Shlomo Elbaz, écrivain israélien d'origine marocaine, explique en quoi cet élan pourra humaniser la relation entre les deux camps ennemis, mais aussi entre les millions d'hommes et de femmes parmi les Palestiniens, dans les pays arabes, au sein de la société israélienne, qui se regardaient à travers une masse de préjugés et de stéréotypes et qui doivent apprendre aujourd'hui à regarder l'Autre dans sa vérité et s'acclimater de ses différences.

 

 

Les Arabes israéliens
Entre enthousiasme et amertume
(N°9, Hiver 1993-94,  6 pages)

Entretien avec Emile Habibi
conduit par Jean-Paul Chagnollaud et Régine Dhoquois-Cohen

 Emile Habibi, écrivain célèbre et respecté, a toujours été une des grandes voix s'exprimant au nom des Palestiniens qui, après 1948, se sont retrouvés comme étrangers sur leur propre terre dans l'Etat qui venait de naître et qui n'était pas le leur. Pendant de nombreuses années, ils ont été victimes de spoliations et de multiples discriminations qui, pour une part, subsistent encore aujourd'hui, même si leur situation actuelle n'est plus comparable à celle des années 50 ou 60. Proche du parti communiste et longtemps député à la Knesset, Emile Habibi a toujours défendu le principe d'une acceptation du plan de partage voté en 1947 par les Nations Unies. Ses positions lui ont valu de violentes critiques de nombreux intellectuels arabes et palestiniens. Il était donc important de connaître son point de vue au lendemain de l'accord du 13 septembre.

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Le judaïsme marocain,
une référence pour la coexistence judéo-arabe

(N°9, Hiver 1993-94,  8 pages)

Entretien avec Simon Lévy
conduit à Casablanca par Jamila Houfaïdi-Settar

Simon Lévy est professeur à le Faculté des Lettres de Rabat, membre de bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme, secrétaire du Comité de la communauté juive de Casablanca et membre du Comité exécutif du Rassemblement Mondial du Judaïsme Marocain.

 Depuis de nombreuses années, le Maroc a joué un rôle important pour promouvoir le dialogue entre Israël et le monde arabe. Cette position originale s'enracine dans les liens étroits que les juifs d'origine marocaine ont toujours conservé avec leur pays d'origine. C'est cette relation privilégiée qui est au coeur de l'entretien que Simon Lévy a accordé à Jamila Houfaïdi-Settar.

 

 

De bon augure
(N°9, Hiver 1993-94,  5 pages)

Entretien avec Jean Kahn
conduit par Régine Dhoquois-Cohen.

 La communauté juive de France a toujours été un acteur important du débat portant sur le conflit israélo-palestinien. Jean Kahn, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) donne son sentiment sur l'accord du 13 septembre et ses répercussions politiques en répondant aux questions de Régine Dhoquois-Cohen.

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Les Etats-Unis et l'accord du 13 septembre 1993
(N°9, Hiver 1993-94,  6 pages)

Roger Heacock
(professeur d'Histoire à l'Université de Beir Ziet en Cisjordanie)

 Le 13 septembre 1993, quand la Déclaration de principes fut signée par Mahmoud Abbas et Shimon Pérès respectivement pour l'OLP et Israël, en la présence de leurs président et premier ministre, le grand metteur en scène était Bill Clinton. Aux yeux du monde entier, il avait l'air d'avoir forcé un Yitzhak Rabin hésitant, à prendre la main de son ennemi juré. Ce jour-là, le message médiatique était clair : le président des Etats-Unis était encore et toujours le président de toutes les paix maintenant imaginables au Proche-Orient. Ceci en dépit du fait que les négociations secrètes qui ont précédé l'événement historique du 13 septembre, avaient eu lieu loin de Washington, loin de la formule de Madrid et loin des équipes américaine, israélienne et palestinienne désignées officiellement comme négociatrices.

 

 

Syrie-Liban : les jeux ne sont pas encore faits
(N°9, Hiver 1993-94,  9 pages)

Carole Dagher

 La poignée de main historique entre les deux ennemis jurés, Yasser Arafat et Yitshak Rabin, en ce jour décisif du 13 septembre sur le perron de la Maison Blanche à Washington, n'a pas fini de faire couler de l'encre et d'alimenter les débats dans les différentes institutions des groupements américains arabes et juifs des Etats-Unis. S'il a surpris le monde entier et, en premier lieu, les observateurs et les parrains mêmes du processus de paix (les Etats-Unis et la Russie) quelque peu dépassés par la capacité de médiation du gouvernement norvégien, cet événement, incroyable encore lorsque l'on y songe de près, s'est aussi et surtout répercuté sur la position des parties arabes aux négociations, principalement la Syrie, le Liban et la Jordanie.

 

 

Le retour de la politique
(N°9, Hiver 1993-94,  9 pages)

Bernard Ravenel
(historien, auteur de La Méditerranée : le Nord contre le Sud ? Editions L'Harmattan, 1991)

"La guerre est dérobade. Ne combats point à l'extérieur des mots."
Mahmoud Darwisch (poète palestinien)

"Résister et combattre les axiomes d'héroïsme et de mort."
Yeshayahou Leibowitz (philosophe israélien)

La paix au Proche-Orient, aujourd'hui en chantier, toute à construire, c'est d'abord un souvenir personnel, très beau : celui de la grande chaîne humaine qui, en décembre 1989, à l'initiative du mouvement de paix européen - celui qui s'était mobilisé contre les euromissiles - réunit 30 000 personnes, Palestiniens, Israéliens et un millier d'Européens (dont 900 Italiens), la main dans la main, autour de la muraille de la vieille ville de Jérusalem. Le peuple de la paix, multicolore, multireligieux - nombreux étaient les membres des différents ordres religieux présents dans la ville Sainte - demandait la fin de l'occupation militaire, la reconnaissance de l'OLP et deux Etats pour deux peuples. Le soleil était avec nous comme pour illuminer ce qui se promettait d'être une fête silencieuse (on ne devait pas crier des mots d'ordre) grave, mais aussi joyeuse. De multiples ballons de couleurs différentes préparés par les militants de Shalom Arshav égayaient le ciel. Mais la répression de la police israélienne, très nerveuse, concentrée autour de la porte de Damas où affluaient les Palestiniens parfois en famille, transforma brusquement l'atmosphère. Elle ne fit que donner plus de relief médiatique - Le Monde y consacra un éditorial : "Le défi de la fraternité".

 

 

Croisements au large...

 

Peuple corse et Etat-nation
(N°9, Hiver 1993-94,  6 pages)

Charles Santoni
(Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Bastia)

Cette année s'achève, en Europe, avec la "séparation de velours" des Tchèques et des Slovaques, les sanglants nettoyages ethniques dans la défunte Yougoslavie, le questionnement de la Russie aux cent peuples, la perspective d'un divorce belge entre Flamands et Wallons. L'Etat-Nation n'en finit pas de manifester son travail de soi sur soi.

 

 

Confluences culturelles

 

Poèmes de l'exil
(N°9, Hiver 1993-94,  4 pages)

Husain Jamil Barghouti

Husain Jamil Barghouti est un poète palestinien. Les premiers poèmes publiés ci-après sont tirés de son recueil intitulé "Layla et Touba, poèmes de l'exil à Layla Al-Akhyaliyya", paru en 1992 aux éditions de l'Union des Ecrivains Palestiniens. Les trois autres poèmes "Ya halali ya mali", "Chanson pour l'enfance" et "Berceuse" ont été écrites pour le groupe musical Sabrin qui les a mis en musique. Il les a édités deux deux cassettes audio: "Fumée des Volcans" (1983) et "La mort du Prophète" (1989).

 

 

Petite suite levantine en sol (absolu)
Extrait de ARIEL, N° 85-86, 1992
(N°9, Hiver 1993-94,  2 pages)

Shlomo Elbaz

Comme le poète, la Méditerranée vit et parle dans l'équivoque et singulièrement sa face levantine, orientale et asiatique, à la croisée des continents, à califourchon sur deux mondes. Face "bisaiguë" où dialoguent et s'embrasent l'écriture du désert et la parole de la mer.
Ambiguïté du Levant qui, sans cesser d'être scandale à l'orée du désert, sait devenir levain et proférer son message de houle et de vent à l'oreille du temps.
Désert de l'âme, désir du corps - l'inverse aussi - s'excluant, s'épousant.
Le désert pense, l'homme désire. Brûler de désir dans le désert   fut le lot de ce vieux peuple hébreu. Entre esprit et raison, s'informe notre destin levantin, présidé par la Bien-Nommée et la Bien-Aimée Mer du Milieu. Méditation qui est déjà création.

 

 

Quatre poèmes pour la paix
Extraits de Poèmes de Jérusalem (Editions de l'Eclat, 1991)
(N°9, Hiver 1993-94,  2 pages)

Yehuda Amihaï

Traduits de l'hebreu par Michel Eckard-Elial)

Le moulin de Yemin Moshe

Ce moulin ne moud plus de farine.
Il moud de l'air saint et les oiseaux
nostalgiques de Bialik , il moud
des mots et du temps moulu, il moud
la pluie et même des bombes,
mais il ne moud plus de farine.

Depuis qu'il nous a découverts,
il moud chacun de nos jours
pour en faire une farine de paix
pour y cuire le pain de la paix
des générations futures.

Raciste de la paix

Je suis un raciste de la paix:
les yeux bleus tuent,
les yeux noirs massacrent,
les cheveux frisés égorgent,
les cheveux lisses bombardent,
les peaux mates dépècent ma peau,
et les peaux blanches versent mon sang.

Seuls ceux qui n'ont pas de couleur
seuls les transparents sont bons
qui me laissent dormir la nuit en paix
et apercevoir le ciel
à travers eux.

Mon fils a un parfum de paix

Mon fils a un parfum de paix
quand je me penche sur lui
ce n'est pas que l'odeur du savon

Chacun de nous a été un enfant au parfum de paix
(Et dans tout le pays il n'y a plus un
seul moulin à vent qui tourne).

O pays déchiré comme des vêtements
qui ne peuvent plus être rapiécés
et de durs et solitaires ancêtres dans les caveaux.
Silence mutilé d'enfants.

Mon fils a un parfum de paix
le ventre de sa mère
lui a promis ce
que Dieu ne peut nous promettre.

Un autre poème de paix

Mon aimée n'était pas à la guerre
elle apprend l'amour et l'histoire
de mon corps, et de ses guerres

Et la nuit quand mon corps transforme
la guerre en paix, elle est surprise.
Sa surprise est son amour et son apprentissage.
Ses guerres et sa paix. Son rêve.

Et je suis maintenant au milieu de ma vie.
C'est le moment où on commence
à assembler les connaissances et les détails et les carts exactes
d'un pays que nous n'occuperons jamais
et d'un ennemi et d'un amant
dont nous ne franchirons jamais les frontières.

 

 

Artistes de Méditerranée…et d'un monde sans frontières

Le voyage d'Elyssa
(N°9, Hiver 1993-94,  2 pages)

Anissa Barrak

"L'histoire de l'art mêle sa nature intime à celle des oeuvres des artistes de Méditerranée. Dans cet espace, depuis les premiers murmures de la civilisation, une identité unique est née de l'imbrication des diversités, contribuant à l'élaboration d'une culture basée sur la complémentarité : celle de l'homme universel. De Tyr, de Carthage, de Rome ou d'Athènes, les Dieux de l'Antiquité se sont rassemblés au-dessus de la Méditerranée, la sacrant lieu d'échanges, afin que s'élève la voix de la démocratie, que s'ouvre le chemin de Rome devant les pas de Cléopâtre, que se réalise la transition de la pensée grecque à travers ses dépositaires arabes, pour que perdure le beau idéal et qu'advienne enfin la renaissance de l'Europe..."

(Extrait de la charte du Mouvement pour une Chambre des Beaux Arts de Méditerranée).