Confluences Méditerranée                                   N°28                    Hiver 1998-99

Multaqa à Agrigente

Federico Mayor

 

Le rôle très important que joue aujourd’hui la Méditerranée m’a conduit à lancer un programme qui groupe des activités ayant trait aux domaines de compétence de l’Unesco dans cette zone. Ses deux axes majeurs sont la culture de la paix et l’interculturalité. Le Programme méditerranée se caractérise d’une part par son approche globale de l’aire méditerranéenne, qui diffère des projets conçus dans une optique Nord-Sud et de l’autre par sa nature essentiellement pratique et opérationnelle. Il associe un vaste ensemble de réseaux actifs sur le terrain dans les secteurs de l’éducation, la science, la culture et la communication, reliant entre eux près de mille associations, communes, fondations, universités, centres, instituts, etc.

Le temps était venu de tenir les premières assises du Programme en réunissant les forces vives de réseaux autour de quelques grandes personnalités représentatives de la Méditerranée en vue d’engager des actions à réaliser en commun et de renforcer les synergies déjà existantes..
Nous avons appelé cette rencontre multaqa, mot arabe désignant à la fois un lieu de discussion et un carrefour à partir duquel ceux qui s’y retrouvent doivent choisir entre plusieurs chemins possibles.
Préparée en collaboration avec la provinci regionale di Agrigento, elle se tient en ce carrefour de toutes les civilisations de la Méditerranée, avec pour thème général: Des Cultures pour la Paix.
L’objectif du multaqa est de faire un premier bilan des activités des réseaux et d’être le point de départ de quelques actions concrètes et durables, dont certaines nous ont été déjà proposées par eux lors de réunions préparatoires.
C’est la raison pour laquelle la première journée a été entièrement consacrée au travail des réseaux réunis en cinq sessions thématiques et à leur contribution aux activités du Programme. Les journées du 18 au 20 septembre l’ont été à des tables rondes traitant de thèmes qui nous ont paru d’une particulière urgence et actualité: lutte contre la violence, développement durable, Droits de l’Homme dans un contexte multiculturel, visions prospectives de la globalité méditerranéenne, travail et emploi dans les domaines de la culture et du tourisme culturel.
Il ne s’agissait pas de discussions abstraites mais de débats appelés à enrichir l’activité future des réseaux dans leur travail quotidien. C’est aussi dans ce but très concret de mettre en œuvre des actions nécessaires que ces divers thèmes réclament, que nous avons demandé à des spécialistes de préparer des dossiers faisant le point sur l’acquis afin de nous inscrire dans la suite de ce qui a été fait jusqu’ici. Les dix volumes qui ont été distribués aux participants sont le résultat de ce travail.
Par ailleurs, destiné à renforcer l’action et la coopération des réseaux, le Multaqa se veut aussi le point de départ d’un certain nombre d’actions nouvelles et durables. Parmi celles-ci, je mentionnerai: la constitution du Conseil méditerranéen pour la Culture; la création d’un groupe informel de travail d’artistes, intellectuels et scientifiques contre la violence en Méditerranée; la constitution d’un groupe de travail pour la paix maritime en Méditerranée; le lancement de nouveaux et importants réseaux couvrant l’ensemble de l’aire méditerranéenne.
Le Multaqa n’était donc pas une conférence de plus sur la Méditerranée, mais à la fois une réunion de ceux qui travaillent pour donner corps à cette aire, le symbole vivant de l’engagement de l’Unesco en faveur de la paix, l’expression de notre volonté citoyenne commune et la manifestation de notre confiance en son avenir.

Fedérico Mayor est le directeur-général de l’Unesco.