Salonique,ville carrefour, ville tragique
Pierre Grou
La présente rencontre voit la base du groupe consacré à la
littérature méditerranéenne s'élargir géographiquement. Ayant pris naissance à
l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, il étend aujourd'hui ses racines
à Paris X-Nanterre.
Nous remercions Corinne Alexandre Garner et la Bibliothèque Laurence Durrell pour leur
accueil et le renforcement de notre entreprise.
Rappelons le cheminement effectué lors des précédentes rencontres. On
avait au départ posé deux questions à des écrivains méditerranéens :
- La renaissance d'un humanisme pluriel propre à la Méditerranée est-elle envisageable
?
- Dans cette éventualité, cet humanisme pourrait-il servir de modèle à une société
mondiale en voie de constitution à la fin du XXe siècle et au début du XXIe ?
Aucune réponse définitive ne s'était dégagée de la première rencontre, mais la
qualité des interventions et le climat chaleureux qui s'était installé nous avaient
encouragés à renouveler l'expérience.
D'une seconde réunion consacrée à l'Algérie et à ses écrivains, on avait conclu
qu'un des remèdes à la tragédie algérienne résiderait dans l'épanouissement des
nombreuses influences et cultures vivantes présentes dans ce pays.
Une troisième rencontre nous a amené à Alexandrie, centre réel du monde antique et
modèle de pluriculturalité réussi pendant des siècles. Nous avons cru y trouver une
référence identitaire pour d'éventuels centres virtuels qui symboliseraient la
mondialisation économique entamée à la fin du XXe siècle.
Ainsi, il nous est apparu progressivement que la quête que nous
poursuivions pouvait déjà modestement se réaliser, à notre échelle, par l'alchimie de
rencontres avec des écrivains méditerranéens. Le plaisir a été tel qu'il nous a même
permis de nous confronter aux tragédies passées ou présentes de cette région.
C'est dans cette perspective que nous avons effectué le choix de la ville de Salonique,
la Thessalonique des Grecs.
Car nous y retrouvons les deux composantes qui viennent d'être évoquées : Salonique
ville-carrefour, symbole de pluriculture méditerranéenne, et Salonique, ville-tragédie
situation encore trop souvent propre aux rives de cette mer.Salonique ville-carrefour car
porte entre les Balkans et la Méditerranée.
Salonique, ville-tragédie, par l'extermination de sa principale communauté - la
communauté juive - en 1943, par l'assassinat du député Lambrakis en 1963 - premier acte
d'un enchaînement qui conduira au putsch de 1967 - et par les passages de réfugiés ou
d'armées lors de la guerre du Kosovo de 1999.
Les deux thèmes du carrefour et de la tragédie se retrouvent dans les textes réunis ici. Ville de mélanges et d'extermination chez Corinne Alexandre Garner, ville pivot entre la Grèce antique et byzantine pour Jean Guiloineau, ville du meurtre de Lambrakis pour Makis Kavouriaris, ville de pertes tragiques ou de repos chez Cécile Omhani, ville de création littéraire à travers les écrivains Pentzikis et Ioannou pour Henri Tonnet, enfin représentations cinématographiques exprimant différents regards chez Stéphane Sawas.