Israël-Palestine
Chronique dune agression annoncée
Jean-Paul Chagnollaud
A la mi-décembre, en quelques jours de haine et de rage destructrices, Ariel Sharon a écrasé avec ses chars, ses F16 et ses hélicoptères tout ce que le processus dOslo avait apporté de constructif pour tenter de dépasser le lancinant conflit qui, depuis si longtemps, oppose les Israéliens aux Palestiniens. Il a ainsi voulu tuer tous les espoirs portés par la Déclaration de principes de 1993 où les deux parties affirmaient «quil est temps de mettre fin à des décennies de confrontation, de reconnaître leurs droits légitimes et politiques mutuels, de sefforcer de vivre dans la coexistence pacifique, la dignité et la sécurité et daboutir à un accord de paix juste, total et durable ainsi quà une réconciliation historique dans le cadre de ce processus politique.»
Ce tournant décisif dune agression entamée contre lAutorité
palestinienne et le peuple palestinien depuis plusieurs mois nest pas une surprise.
Elle était planifiée depuis longtemps et, dès son investiture, en mars 2001, Sharon
savait exactement où il voulait aller, non seulement pour détruire son adversaire de
toujours, Yasser Arafat quil navait pas réussi à assassiner lors du
siège de Beyrouth en 1982 , mais surtout pour éliminer lAutorité
palestinienne et tout ce qui pouvait apparaître comme lébauche dune
autonomie politique, doù notamment les destructions systématiques de
laéroport et du port de Gaza dont la reconstruction venait de commencer, de
bâtiments officiels, des antennes et des bureaux de la radio-télévision, des postes de
police palestinienne et aussi, il faut le souligner car cela est passé inaperçu, du seul
laboratoire dinvestigation scientifique de la police à laquelle on demande
dêtre plus performante contre les «terroristes»...
Son gouvernement dunion nationale faut-il le rappeler ? est formé en
majorité de responsables de droite et dextrême droite à côté desquels
Jean-Marie Le Pen ferait figure daimable radical-socialiste. Ils sont obnubilés par
la même obsession : réduire en cendres le processus dOslo quils jugent
mortel pour Israël. Cest notamment le cas de Rehavam Zeevi ( récemment assassiné
par le fplp), partisan du «transfert» cest-à-dire de lexpulsion des
Palestiniens, dAvigdor Lieberman qui, pendant la campagne électorale de Sharon,
menaçait lEgypte dun bombardement du barrage dAssouan ou, encore,
dOuzi Landau pour qui un Etat palestinien serait «une catastrophe». Le ministre de
la Défense, Benyamin Ben Eliezer, bien que travailliste, na rien à envier à ces
personnages en quête dapocalypse dans lacharnement anti-palestinien. Quant à
Shimon Pérès, égaré dans cette coalition dextrémistes, autant sans doute par
ambition personnelle que par conviction, il a jusquà maintenant servi surtout à
masquer au niveau international la véritable nature politique de ce gouvernement.
Pourtant les choses ont été très claires dès le début. A plusieurs reprises, Ariel
Sharon a lui-même rappelé ses objectifs, en particulier dans une importante déclaration
au journal israélien Haaretz (en avril 2001) où il disait notamment : «Notre
guerre dindépendance nest pas encore terminée. Dun point de vue
stratégique, il est possible que dans dix ou quinze ans, le monde arabe nait pas la
même capacité de sen prendre à Israël quaujourdhui. Parce
quIsraël sera un pays avec une économie florissante alors que le monde arabe sera
sur le déclin... La conclusion est que le temps ne travaille pas contre nous et
quil faut en profiter..».
Dans une telle perspective, il nest pas question de faire la moindre ouverture
envers les Palestiniens : le problème crucial des réfugiés nest même pas
évoqué parce que lidée même du retour de Palestiniens lui est insupportable ;
lévacuation des colonies nest «absolument pas envisagée» dautant
moins quil est, de très loin, le principal responsable de leur construction et de
leur développement depuis plus de vingt ans ; pour Jérusalem, il dit tranquillement que
«nous navons simplement pas le droit de faire la moindre concession» ; quant à un
Etat palestinien, sil faut sy rallier ce sera «le minimum nécessaire»
cest-à-dire à peu près les 42% que les Palestiniens sont supposés contrôler
aujourdhui... Mais, bien entendu, le mieux serait quil ny en ait pas.
Une semaine de «calme absolu» ou lhypocrisie érigée en principe politique
Dans ces conditions, il faut bien comprendre que son exigence d'une
semaine de calme absolu comme condition préalable pour revenir à une discussion avec les
Palestiniens est de la pure hypocrisie. Comme cette condition permet à n'importe quel
groupe d'empêcher toute reprise du dialogue en lançant nimporte quelle action
violente, cela revient à offrir au premier extrémiste venu la joie mortifère
dempêcher tout retour de la politique quand il le veut ; et si aucun attentat ne
venait troubler ce calme tant invoqué, il a été prouvé par Shimon Pérès lui-même
que larmée israélienne se chargerait des provocations nécessaires pour le
remettre en cause. Cette exigence est donc en fait un moyen pernicieux pour interdire
toute possibilité de négociations avec un adversaire quon cherche avant tout à
détruire. Cela est si vrai que ni Rabin ni Pérès, lorsquils étaient Premier
ministres, nont jamais remis en cause le processus dOslo malgré les
attentats. Arafat a eu la même attitude en février 1994 au lendemain du massacre par un
colon israélien fanatique de dizaines de Palestiniens à la mosquée dHébron.
Cette brutale agression a commencé le 13 décembre au lendemain dattentats
meurtriers contre des Israéliens. Elle naurait pas pu être déclenchée
demblée sans provoquer des réactions de la «communauté» internationale surtout
après tous les efforts et les multiples engagements pris par ladministration
Clinton. Il fallait donc procéder de manière progressive pour être en mesure ensuite
dopérer une accélération décisive lorsque la configuration le permettrait.
Dans cette stratégie, le succès dune communication politique destinée à
convaincre les responsables occidentaux et leurs opinions publiques a constitué un enjeu
majeur. Il fallait préparer les esprits, aux Etats-Unis dabord et dans une moindre
mesure en Europe, à des initiatives politiques et militaires qui allaient broyer tout ce
qui avait été patiemment ébauché ici ou là, doù la multiplicité mais aussi la
relative brièveté des coups de boutoir assénés aux Palestiniens ces derniers mois. Au
début, ces actes militaires ont suscité la réprobation des Etats-Unis et de
lUnion européenne comme par exemple avec les premiers raids des avions F16 ou les
premières incursions de chars dans les zones autonomes. A chaque fois le scénario
sest répété presque à lidentique : aussitôt après la réaction plus ou
moins ferme de la «communauté internationale», Sharon reculait mais pour mieux
recommencer un peu plus tard : un pas en arrière, deux pas en avant. Cette gesticulation
a fait croire à beaucoup quil existait des lignes rouges au-delà desquelles le
gouvernement Sharon ne pouvait pas aller. Cétait ne rien comprendre à sa
stratégie qui consistait à saper chaque fois un peu plus ces lignes imaginaires. Au fil
du temps et de la récurrence de ces actions militaires ciblées, les responsables
politiques, les médias et les opinions publiques occidentaux ont à chaque fois prêté
un peu moins dattention à lévénement, les reportages se sont faits plus
courts et les réactions plus molles comme si une routine ordinaire sinstallait dans
lindifférence presque générale. Et bientôt le retrait des chars dune zone
A, après quelques jours doccupation et de saccage, pouvait apparaître comme une
concession israélienne...
Le 11 septembre : une aubaine pour Sharon
Dans cette logique, les attentats du 11 septembre puis les initiatives
diplomatiques et militaires américaines ont constitué une véritable aubaine pour
Sharon.
Dès le lendemain, invoquant immédiatement la nécessaire croisade contre le terrorisme,
il a voulu profiter de ce dramatique contexte pour faire avancer ses soldats. Mais ce
jour-là il a été trop vite car les Américains avaient alors avant tout besoin de temps
pour réfléchir à leur riposte et pour convaincre et rassembler leurs alliés ; ils ne
voulaient donc pas quune détérioration du conflit israélo-palestinien puisse
polluer leur action notamment auprès des différents gouvernements arabes et musulmans.
Se souvenant sans doute de lamère expérience que lui avaient valu ses positions
ambiguës à légard de Saddam Hussein en 1990, Arafat avait alors mieux su jouer de
la conjoncture en se rangeant aussitôt du côté des Américains allant même
jusquà offrir de façon très spectaculaire son sang aux victimes des attentats...
Dans une première phase, qui correspond aux premières semaines de la guerre en
Afghanistan, on pouvait encore imaginer quun processus comparable à ce qui
sétait passé au lendemain de la guerre du Golfe allait se reproduire. On se
souvient en effet quil y a dix ans (en novembre 1991), les Etats-Unis avaient
décidé de convoquer une importante conférence internationale à Madrid où, pour la
première fois dans l'histoire de ce conflit, les représentants palestiniens au côté de
ceux des Etats arabes avaient entamé des discussions avec Israël gouverné alors par
Shamir. C'était, pour les Américains, une manière de répondre aux critiques qui
soulignaient lénorme différence de traitement entre lattaque de lIrak
pour sanctionner l'invasion du Koweït et leur immobilisme constant, depuis plus de vingt
ans, face à l'occupation israélienne des territoires palestiniens : le fameux «deux
poids, deux mesures». Après le 11 septembre, on aurait donc pu croire qu'une logique
analogue simposerait d'autant plus que les acteurs arabes et plus largement
musulmans réclamaient une telle initiative face à la pression de leurs opinions
publiques. Et, de fait, il y eut quelques signes en ce sens, en particulier lorsque le
président Bush évoqua la nécessité de négociations en se prononçant clairement pour
un Etat palestinien qui, selon Tony Blair, son porte-parole, devait être «viable». A
lévidence dictée surtout par des considérations tactiques, cette déclaration
semblait cependant marquer un infléchissement de la position de ladministration
vis-à-vis du conflit israélo-palestinien et ouvrir une perspective politique, aussi
floue fut-elle. Mais rapidement cette ouverture sest estompée dans le vacarme de
laccumulation des victoires successives contre les talibans en Afghanistan. On s'est
alors aperçu que le 11 septembre allait plutôt renforcer les positions les plus
intransigeantes à l'égard des Palestiniens et que lhypothèse dun Madrid II
nétait pas à lordre du jour.
La même logique sest imposée pour dévaloriser Arafat. Depuis son accession au
pouvoir, Sharon a multiplié les déclarations hostiles et haineuses à légard du
président de lAutorité palestinienne tout en refusant systématiquement de le
rencontrer. Le 31 mai dernier, devant la Knesset, il expliquait son intention de casser
limage du leader palestinien auprès de lopinion internationale en en faisant
un parangon du terrorisme. Cest peu dire que, sur ce sujet capital, les événements
du 11 septembre lont aussi remarquablement servi. Dans ce nouveau contexte, il a
aussitôt présenté Arafat comme le Ben Laden des Israéliens ou, au moins, comme le chef
du régime qui soutient les terroristes, ou encore comme les deux : Arafat serait à la
fois Ben Laden et le mollah Omar.
Cet aberrant parallèle soutenu aussi par les leaders de la droite et de l'extrême droite
israéliennes est apparu comme un moyen assez efficace pour consolider la stratégie de
délégitimation et donc de déstabilisation du pouvoir d'Arafat malgré les pathétiques
efforts de Shimon Pérès.
Tous les paramètres qui ont conduit à cette tragique détérioration de
la situation dans les territoires palestiniens ont été ainsi considérablement
renforcés au point qu'aujourd'hui les pires scénarios fondés sur une forme de
répétition de l'agression israélienne au Liban en 1982 sont plus que jamais plausibles.
A cette époque Sharon et Begin avait pour objectif de détruire complètement l'olp par
tous les moyens ; aujourd'hui c'est toujours le même objectif : éliminer Arafat et
l'Autorité palestinienne. En 2001 comme en 1982, la domination matérielle des
Israéliens étant tout aussi écrasante, tout dépend donc de l'action de la communauté
internationale et dabord de celle des Etats-Unis. En 1982, le secrétaire d'Etat
américain, Alexander Haig, avait donné son feu vert à l'agression israélienne ;
aujourd'hui tout semble montrer quune autre administration républicaine autorise
Sharon à attaquer les Palestiniens pour les conduire exténués à une table de
«négociations» où leur seraient en fait imposées les conditions de leur reddition...
Quand Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, déclare que Yasser
Arafat n'a rien apporté à son peuple et qu'il n'est pas un véritable leader, il faut
évidemment s'attendre à tout, comme si soudain on était revenu à lépoque, bien
avant Oslo, où Arafat était considéré comme un personnage infréquentable. Cela
signifie que les Américains n'ont rien appris du 11 septembre. On pouvait en effet penser
que le drame qu'ils venaient de subir les conduirait à réfléchir sur leur propre
politique pour en voir les lacunes, les déficits et les insuffisances, quau lieu de
sen tenir à une posture strictement militaire, ils allaient peut être tenter de
réfléchir sérieusement à daudacieuses initiatives diplomatiques susceptibles de
sattaquer aux causes profondes des flambées terroristes... Illusions que tout cela
! Il faut donc savoir que la victoire renforce larrogance et donc
quinéluctablement dautres drames sont déjà en gestation.
Cest parce quil constate que désormais il a les mains libres pour agir dans
les territoires palestiniens que déjà le gouvernement israélien autorise ses ministres
à dire tout haut ce quils fomentaient dans le secret des réunions
gouvernementales. Ouzi Landau, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, a
ainsi fait des déclarations particulièrement «nettes» au journal Le Monde, le 14
décembre 2001. Quon en juge: «En lançant ses avions contre les tours jumelles de
New York, Ben Laden indiquait quil voulait mettre à bas toute notre civilisaion
occidentale. De même ici, les terroristes veulent mettre fin à lexistence
dIsraël... Les accords dOslo ne sont pas la solution au problème. Ils sont
le problème... Nous devons prendre des mesures plus drastiques pour lutter contre
lAutorité palestinienne : tuer ses soldats, détruire ses bâtiments,
létrangler financièrement... Le prix sera lourd... Quant aux responsables
politiques, quils retournent à Tunis ! Pour les plans de paix, on verra plus tard.
Ce qui est sûr, cest que jamais nous naccepterons lexistence dun
Etat palestinien. Ce serait une catastrophe...»
Cette situation qui est la pire que les territoires palestiniens aient connue
depuis 1967 s'explique donc par la conjonction de facteurs que le 11 septembre a
renforcés, mais il ne faut pour autant pas négliger les facteurs locaux qui sont
essentiels.
La peur existentielle des Israéliens
Les Israéliens sont aujourd'hui plus que jamais dans une configuration
psychologique telle qu'ils ne peuvent pas sortir de l'enfermement dans lequel la révolte
palestiniennne les a plongés. Ils sont aujourd'hui obsédés pour leur sécurité en
raison de la répétition systématique des attentats suicides qui n'épargne aucune ville
du pays. Leurs angoisses existentielles sont plus vives que jamais et cette peur
insidieuse qui ne les a jamais quittés sauf peut-être à certains moments du
processus d'Oslo les envahit complètement au point de leur faire perdre toute
possibilité d'analyser rationnellement la situation politique dans laquelle ils se
trouvent. Cet aspect des choses est absolument fondamental. C'est en soi un facteur
politique majeur qui plonge très profondément dans la mémoire et l'histoire d'Israël.
C'est la raison fondamentale pour laquelle, le 6 février 2001, ils ont confié leur
destin à un vieux général en pensant quil allait leur apporter la sécurité. La
majorité dentre eux continue de le soutenir et na toujours pas compris
quen fait de sécurité, il les entraînait dans une escalade militaire absolument
sans issue tandis quau quotidien ils étaient menacés par une série de terribles
attentats comme jamais ils nen avaient connu. Ils ne voient pas que ce vieux
général se trompe d'époque et qu'il conduit son pays dans une aventure militaire comme
si nous étions dans les années 50, en oubliant complètement quil nest plus
seulement un chef de guerre mais aussi et surtout le Premier ministre dIsraël.
Comme la si bien écrit Théo Klein (Le Monde du 6 septembre 2001) en
sadressant à lui publiquement : «Ce ne sont ni les tanks ni les missiles qui
apporteront la solution à ce conflit mortifère gorgé de peurs et de haines. Vous
nêtes plus le général audacieux. Vous ne traversez pas une seconde fois le canal
de Suez ! Aujourdhui vous êtes en charge de lhistoire dIsraël ;
cest son honneur qui est en jeu.... Allez offrir au peuple palestinien, au nom du
peuple dIsraël, le pain et le sel de la paix et du bon voisinage... Souvenez-vous
des paroles de nos prophètes ; ce nest pas la force qui fait le vainqueur...»
Lécrasante responsabilité du Hamas
Dans cette analyse, il est indispensable de prendre en compte
lécrasante responsabilité du Hamas dont les attentats-suicides que chacun
doit condamner sans la moindre réserve ont contribué à donner à Sharon la
liberté daction quil souhaitait.
Toute lambiguité de la résistance à loccupation et donc de la lutte de
libération que les Palestiniens mènent, tient au fait quils nont pas de
stratégie commune claire. Le Fatah et avec lui dautres groupes politiques ont pour
objectif le retrait de Tsahal et des colons de Cisjordanie et de Gaza. Ils sont
déterminés à mener ce combat dans les territoires palestiniens mais ils se refusent à
conduire des attaques en Israël même. Cest ce que mexpliquait Marwan
Barghouti, le leader du Fatah en Cisjordanie, il y a quelques mois encore (cf. son
entretien dans Confluences, n°37). Son but
tient en une formule simple : quils partent !
Le Hamas, comme on le sait, se situe sur une tout autre ligne politique : comme il refuse
toute légitimité à lEtat dIsraël, il ne fait aucune différence entre la
Cisjordanie, Gaza et le territoire de lEtat juif. Puisque, selon les membres de
cette organisation islamiste, tous les Israéliens sont des agresseurs, il faut les
combattre par tous les moyens possibles où quils soient, doù cette vague
sans précédent dattentats-suicides partout en Israël, même dans des petites
villes qui jusque-là avaient été épargnées par le conflit, afin quaucun
Israélien ne puisse se sentir en sécurité.
Dans de telles conditions, les Israéliens nont aucune raison de faire une
quelconque différence entre les stratégies des uns et des autres. Ils ne constatent
quune chose : la mort rôde partout à cause des Palestiniens. Ce sont donc eux les
coupables, des coupables quil faut châtier par tous les moyens, et Sharon est le
mieux placé pensent-ils pour le faire. Et on en revient à cette peur
existentielle qui est le fondement actuel de la popularité de Sharon.
Bien entendu dans un tel contexte les déclarations de Yasser Arafat condamnant les actes
terroristes nont strictement aucun impact dans lopinion publique israélienne.
Personne ne le croit et tout le monde ou presque laccuse de pratiquer constamment un
double jeu et un double langage. Le problème est dautant plus complexe que sur le
terrain, en Cisjordanie et à Gaza, les militants palestiniens nationalistes, communistes
et islamistes combattent souvent ensemble dans des structures où il essaient de
coordonner leurs actions au niveau local. Marwan Barghouti me disait lui-même quil
supportait très mal lidée que les Israéliens puissent vivre tranquillement en
Israël alors que ses compatriotes vivaient lenfer au quotidien. Cest
dailleurs dans cet état desprit que se trouvent beaucoup de Palestiniens
puisquune majorité dentre eux approuve les actions du Hamas en Israël.
Au moment où ces lignes sont écrites, la situation est particulièrement
grave. Le gouvernement Sharon a décidé de rompre tout lien avec lAutorité
palestinienne et Arafat est bloqué à Ramallah tandis que les soldats de Tsahal
recherchent en Cisjordanie et à Gaza tous les responsables politiques comme Marwan
Barghouti dont la maison a été occupée par larmée. Ainsi Sharon récuse Arafat
et cherche à arrêter les cadres palestiniens les plus importants quand il ne les a pas
assassinés. En dautres termes, il est en train dessayer déliminer le
leadership palestinien pour ne pouvoir ensuite négocier avec personne, cest-à-dire
avec quelques notables isolés qui nexistent que dans son imagination (à
linstar des fantomatiques Ligues de villages des années 80), auxquels il pense
pouvoir imposer ses vues.
Tout ceci est absurde, tragiquement absurde. On ne choisit jamais son ennemi : le moment
venu, cest avec lui quil faut négocier comme lavaient parfaitement
compris Rabin et Arafat en faisant les gestes courageux qui simposaient pour sortir
du cycle tragique de la violence. Cest ce que ne veut pas comprendre Sharon qui a
donc préféré retourner dans ce terrible engrenage meurtrier et sans issue.